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Scènes 5 min de lecture

Au cœur des forêts

Entre chasse au trésor et voyage dans l'univers de la science-fiction : la nouvelle création de la Volleksbühn De Bësch est une expérience théâtrale au cœur des forêts luxembourgeoises

Article paru dans Édition octobre 2021
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Plus encore qu’une simple sortie au théâtre, cette soirée est une expérience subjective ; la quatrième production de la troupe Volleksbühn sort en effet complètement des sentiers battus. En effet, « De Bësch » sera joué au cours des prochaines semaines dans trois forêts différentes, situées dans diverses régions du Luxembourg : dans la forêt de Kuelespaach à Niederanven, au sud du pays, sur le Gaalgebierg et dans l’Ösling, à Kierbëchel Wahl. Les chemins et les forêts sont différents partout, ce qui garantit que cette balade à travers les fourrés sera une véritable exploration sensorielle.

Le trajet pour s’y rendre est déjà hors du commun. Une navette emmène les spectateurs depuis le théâtre, par exemple le Kinneksbond à Mamer, jusqu’à la forêt de Niederanven. Dans le bus, on distribue des lampes de poche et on prépare les spectateurs à l’expérience : « Nous sommes tous assis dans la caverne de Platon », explique une femme olm, la rebelle Maria (Rosalie Maes), qui tente, en quatre langues, de plonger les passagers dans un univers de science-fiction.

« Imagine – il y a une fête qui ne s’arrête jamais… ! » Les gens seraient tombés dans le Millacrum : une illusion collective ! Nic, le Fugitif (Konstantin Rommelfangen), quant à lui, invoque la Matrice d’un air quelque peu découragé depuis le fond du bus. Le Missilium se bat pour un monde sans hiérarchies, crie Rosalie Maes à travers le bus. Des bribes de discours programmatiques nous assaillent : la liberté de choix ne serait qu’une illusion. L’objectif serait de réveiller les gens de leur sommeil ! La question de la vérité se pose d’ores et déjà. Les règles : on reste seul pendant le trip. Sinon, on risque d’entrer en contact avec des personnes qui surveillent le système… Les gardiens de la forêt seraient « bienveillants à notre égard », des compagnons qui nous guident. Puis on s’enfonce dans la forêt. Les spectateurs se dispersent – on tombe sur différentes installations sonores éclairées par des néons, qui nous attirent et nous repoussent à parts égales.

Un téléphone abandonné dans la forêt sonne. Nic, le Fugitif, tend le combiné en disant : « C’est pour toi ! » En errant dans les buissons, on tombe sans cesse sur des avis de recherche épinglés aux arbres : « Avez-vous vu cette personne ? Charles Rocard ! »

Une installation sonore agrémentée de miroirs au sol déstabilise tout autant que ces voix bourdonnantes qui attirent le visiteur de loin… Les personnages que l’on croise et que l’on peut suivre : un professeur errant, Nic, le fugitif ; Elisabeth, l’agent, ou encore Victor, le journaliste… Un effet disco se répète en boucle dans une installation sonore haute en couleur : « I don’t believe in reality. »

Un vieil homme errant, une lanterne à la main (Denis Jousselin), répète la phrase « Je ne lutte pas contre mon ombre, je lutte contre la transparence » comme une cassette rayée, puis frappe à une porte abandonnée au milieu de la forêt avant de s’asseoir à une table de forain éclairée et d’expliquer de manière énigmatique : « Nous étions à la recherche de la vérité. J’ai inventé l’immortalité et tué Dieu. » Le monde entier le recherche.

Un moment magique, lorsque le professeur commence à peindre à la table éclairée par des lampes colorées. Le journaliste Victor (Simon Pitt) surgira du fourré : « Vous êtes Charles, le professeur ? », avant de s’enfuir à toute vitesse. Plus tard, Charles s’installera à une table isolée et fêtera son anniversaire tout seul.

Un gâteau à la mousse orné d’une bougie. Une machine à écrire abandonnée, une installation lumineuse portant les traces de la vie humaine. Les différentes étapes dans la forêt offrent des moments à la fois sensuels et oppressants. Pour reprendre des forces, rendez-vous à la buvette, où des scouts servent un chili con ou sin carne. Les plus aguerris sont attirés une nouvelle fois dans la forêt, où les comédiens improvisent avec un humour de situation délicieux. Tom, le guide (Dominik Raneburger), reprend des mots-clés lancés par le public, sauve une princesse et un nain, puis déclame finalement des extraits d’une autre pièce de théâtre, tandis qu’un avion file en vrombissant au-dessus de la forêt : « Cargolux livre sans doute encore des bananes… » Même dans les bois, il est impossible d’échapper complètement à la réalité luxembourgeoise.

« De Bësch » est une initiation au théâtre exigeante : par son caractère multilingue, elle s’adresse à un public universitaire bi-luxembourgeois et, en raison de la marche sur des sentiers forestiers accidentés, exclut les personnes à mobilité réduite. Le scénario de science-fiction sert ici de fil conducteur et de cadre général. À l’instar de « Dans le fourré des villes » de Bert Brecht, il renonce à toute intrigue compréhensible et crée des images et des moments oppressants et surréalistes.

Ceux qui aiment flâner dans la nature, ne craignent aucune condition météorologique et sont ouverts à la nouveauté pourront profiter de « De Bësch » comme d’un voyage sensoriel. Au-delà des conventions, cette pièce est une aventure multisensorielle en plein air, qui prend tout son sens, notamment en cette période d’épidémie de Covid-19, en raison des mesures sanitaires et de l’expérience oppressante de ces prétendues « forces secrètes » qui infiltreraient le monde.

« De Bësch », un spectacle multilingue (LU, EN, FR, DE), est né d’une idée de Max Jacoby et Anne Simon (texte et mise en scène). Coproduction : Volleksbühn, Kinneksbond, Centre Culturel de Mamer, CAPE-Centre des Arts Pluriels d’Ettelbruck, KUFA Esch, Aalt Stadhaus, Differdange, Trifolion Echternach, Kulturhaus Niederanven, Prabbeli Wiltz, Artikuss Zolwer, Mierscher Kulturhaus.

Départ des différents lieux de représentation vers 18 h 30 ; ou, si vous venez en voiture, vers 19 h sur le lieu de la manifestation. Kuelespaacher Bësch, Niederanven (départ depuis : Echternach, Mamer, Niederanven) : les 24, 25 et 26 septembre. Gaalgebierg, Belvaux (départ de Soleuvre) : les 1er, 2 et
3 octobre. Kierbëchel Wahl (départ d’Ettelbruck, Mersch et Wiltz) : les 8, 9 et 10 octobre.