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Environnement 3 min de lecture

Le thermomaître

Les politiques se vantent volontiers d’être les maîtres de l’horloge. Mais ils feraient mieux aujourd’hui de se proclamer maîtres du temps afin de maîtriser peu ou prou les avatars du changement climatique. Avez-vous…

Article paru dans Édition juillet 2026
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Les politiques se vantent volontiers d’être les maîtres de l’horloge. Mais ils feraient mieux aujourd’hui de se proclamer maîtres du temps afin de maîtriser peu ou prou les avatars du changement climatique. Avez-vous remarqué d’ailleurs qu’on ne parle plus de l’urgence à ralentir le réchauffement planétaire, mais qu’on ne se soucie plus que de s’y adapter ? En investissant par exemple dans les climatisations qui, comme chacun sait, ne font qu’aggraver le problème. Un peu comme les canons de neige qui cachent sous un tapis de flocons artificiels la fonte de plus en plus accélérée des glaciers alpins.

Arrêtons donc de nous leurrer et admettons qu’après la canicule, c’est avant la fournaise. Les climatologues nous conseillent d’ailleurs de bien profiter de cet été caniculaire comme un des plus frais des prochaines décennies. Car mieux vaut caniculer que fournaiser. Et gardons-nous de voter pour les climatosceptiques, genre AfD ou RN, qui pensent résoudre la crise en renvoyant chez eux les Africains avec leurs températures tropicales, tout en refusant les postes de responsabilité aux Verts, accusés d’être le parti de l’interdit et du renoncement. Et relisons plutôt le philosophe Hans Jonas qui prônait dès les années 70 du dernier siècle le principe de la responsabilité vis-à-vis des générations futures. Ce disciple critique de Heidegger voyait la démocratie fort peu armée par rapport à cette nouvelle éthique de responsabilité. Car aujourd’hui, il ne suffit pas de blâmer les politiques qui caressent leurs électrices dans le sens du poil, mais il faut condamner les électeurs qui portent au pouvoir une caste qui refuse les sacrifices en adoptant, tout en l’adaptant, un présent, certes de plus en plus inconfortable, au détriment d’un futur qui s’annonce catastrophique. Ne dites plus après nous le déluge, mais après nous le brasier.

Car si la météo est désormais le problème des vieux, le climat sera bien celui des jeunes. Et Platon ferait bien de réécrire sa République en ajoutant un sixième régime politique à ses aristocratie, timocratie, oligarchie, démocratie et tyrannie, à savoir la thermocratie. Le philosophe Paul B. Préciado évoquait l’autre jour dans le journal Libération la nouvelle caste des thermocrates, cette classe aisée qui produit la chaleur tout en possédant les privilèges de la fuir. Dis-moi quelle est ton empreinte carbonique, et je te dirai par quels moyens tu échapperas à ses conséquences ! Les réfugiés climatiques de demain sont les bobos et autres riches et ultrariches d’aujourd’hui. Leur capacité de nuisance climatique est directement proportionnelle à leurs capacités de refroidir leur corps et leurs habitats (qui sont souvent au pluriel). Aujourd’hui, le capitalisme est thermique, les patrons sont devenus des thermomaîtres et le thermomètre a pris la place des indices de la bourse. Les laissés pour compte peuvent bien crever ou, pour les plus chanceux d’entre eux, consulter les nouveaux thérapeutes en écoanxiété qui commencent, et ce n’est pas une plaisanterie mais un scoop, à visser leur plaque sur les immeubles urbains en attente de végétalisation. p