Il se passe actuellement des choses étonnantes au Grand-Duché. Une coalition néolibérale de centre-droit s’apprête, semble-t-il, à approuver l’inscription dans la Constitution de la « liberté » d’interrompre une grossesse, suite à une proposition formulée par un député de gauche. Si une majorité des deux tiers se dégage au Parlement, et tout porte à le croire, le Luxembourg sera, après la France, le deuxième pays au monde à faire la une des journaux du monde entier pour ses avancées en la matière, alors que l’avortement reste en principe punissable dans le pays voisin, l’Allemagne.
Dans notre pays, le débat s’est rapidement détourné de l’avortement en soi, régi par la loi de 2014, pour se concentrer sur des questions constitutionnelles. En effet, accepter sans autre la proposition de Marc Baum (Die Linke) aurait signifié une nouvelle perte de prestige pour le Premier ministre du CSV, Luc Frieden. Lorsque Frieden a donc préféré le terme « liberté » à celui de « droit », cela s’inscrivait dans le jeu politique que Marc Baum avait initié. « Je laisse volontiers passer ça si ça passe mieux comme ça. Ce qui m’importe, c’est le fond », a déclaré M. Baum dans l’émission « Kloertext » sur RTL-Télé la semaine dernière.
Après que la présidente du DP, Carole Hartmann, eut déclaré que les libéraux étaient favorables à un texte reformulé, la balle était dans le camp du CSV. Le parti s’est penché sur la question lundi lors de son Conseil national et est parvenu à un consensus : une « large majorité » pourrait se rallier à la nouvelle formulation, a déclaré Françoise Kemp, co-secrétaire générale. Il y a eu des divergences d’opinion, mais celles-ci n’étaient « pas liées au genre ».
La députée du CSV, Nancy Kemp-Arendt, indique qu’elle soutiendra la nouvelle formulation, même si cela lui « fait un peu mal » et qu’elle a dû « y réfléchir un peu ». Jean-Paul Schaaf est lui aussi d’accord, mais a du mal à accepter cette « surévaluation » : « Il ne faut pas céder à la panique. Il n’y a pas d’urgence, aucun parti à droite de l’ADR ne remet en cause la rupture. » Jeff Boonen, quant à lui, qui souhaite également soutenir la proposition, s’est demandé combien de détails il fallait inscrire dans la Constitution. Il trouve regrettable que l’on s’en prenne de manière aussi personnelle à ceux qui expriment des critiques. Il se peut que cette décision coûte des voix au Parti populaire en 2028, autrefois conservateur sur des questions sociopolitiques telles que l’avortement. Mais : « Le monde change, les partis aussi », déclare Françoise Kemp.
Les députés restent discrets. Jusqu’à présent, personne ne sort du rang. Le seul à s’être ouvertement prononcé contre l’inscription à ce jour est Gérard Schockmel, du DP. Cela lui a valu la rancœur des jeunes féministes, mais aussi de femmes de son propre parti, comme Barbara Agostino. Il explique sa position devant l’Assemblée nationale. Il n’est pas contre les droits des femmes, mais pour le droit à la vie, qui, en tant que partie intégrante de la Convention des droits de l’homme, prime sur tout le reste. Pour la jeune génération, les droits des femmes seraient « le Saint Graal ». Quiconque les remettrait en question ou voudrait en débattre serait assimilé à un hérétique. Ce réflexe n’est « pas normal ». Nous existons tous aujourd’hui « parce que quelqu’un nous a laissés en vie ». Schockmel utilise souvent le terme de « responsabilité » et exprime son « profond respect pour l’ordre de l’univers et la vie ». Il se dit non pas croyant, mais agnostique.
Une pétition contre cette inscription avait recueilli 1 005 signatures mercredi soir. Plus des trois quarts des signatures sont anonymes. Lundi prochain, la commission parlementaire des institutions débattra de la « formulation » d’un texte définitif.