Centres de tables lors d’un élégant mariage, compositions sculpturales pour renforcer l’image d’une marque ou encore bouquets d’un genre nouveau pour une occasion particulière ou tout simplement pour soi : les créations Infiiorata ont fait de Kathlyn Claire Wohl la coqueluche contemporaine des amateurs de belles fleurs au Luxembourg. Loin d’être une jeune bouture en la matière, elle a au contraire relevé de nombreux défis pour faire de cet art éphémère une passion immuable, rentable et durable.
C’est peu dire que le parcours de Kathlyn a été semé d'embûches. Avec, en première instance, et comme c’est souvent le cas avec les esprits créatifs, l’école. Une bête noire, clairement. À sa table de l’École Européenne, son imagination se laisse porter au gré des fleurs des jardins de ses parents et grands-parents, d’origines allemande et italienne, une famille à la main verte. Elle découvre un véritable amour pour le règne végétal. Elle puise aussi l’inspiration pour le nom qu’elle choisira plus tard, en hommage à l’Infiorata di Noto sicilienne, célébration des fleurs sur l’île chère à son aïeule.
« Mauvaise élève » assumée et « pas vraiment encouragée par le corps professoral », la jeune femme passe par un cursus classique et une paire de redoublements, avant qu’une enseignante finisse par remarquer le pétale qui brille dans ses yeux : « La première fois qu’on me parlait d’une filière professionnalisante à l’étranger par rapport à mon approche particulière du métier de fleuriste et d’artiste floral ». Ses parents l’encouragent à d’abord assurer ses arrières avec une formation plus « sûre » : ce sera le management hôtelier à Amsterdam, avec l’idée « d’ouvrir un boutique hôtel doté de son propre fleuriste. » Les opportunités professionnelles ne seront pas au rendez-vous, faute de parler la langue couramment. Mais elle y trouve une approche plus en accord avec la sienne, comparée au côté très conservateur et commerçant du fleuriste à la luxembourgeoise d’alors. Après un stage très formateur, retour dans son Grand-Duché natal où Kathlyn décide de retourner sur les bancs de l’école afin d’obtenir un diplôme adéquat au lycée technique agricole. Une fois le sésame en poche et un business plan bien ficelé, elle se lance, en 2021, toujours en faisant confiance à sa vision et à son instinct, dans une dynamique « trust the process » évidemment rigoureuse et anxiogène…
Kathlyn Wohl a de la volonté à revendre et un réseau local solide. Elle commence à créer des bouquets originaux « for family and friends », sur mesure, avec l’idée qu’il n’est pas forcément nécessaire de posséder une surface commerciale coûteuse pour débuter. Une fois le nom d’Infiiorata un peu plus installé, elle persiste avec cet argument en créant des ventes éphémères, comme au Graace Hotel de Bonnevoie lorsqu’il accueillait encore du public, ou des corners de vente dans des boutiques alliées, comme chez Genaveh. Elle crée depuis la cabane de jardin familiale pour économiser au maximum, puis intègre le Design Hub à Hollerich. Rapidement, les sociétés luxembourgeoises la contactent également pour « l’activation de messages et de marques notamment dans le secteur automobile avec des premiers clients prestigieux comme Mercedes et Bentley », mais aussi pour différencier leurs vitrines, comme chez Uniqlo.
Quand on la questionne sur les sentiments qu’elle souhaite transmettre par sa créativité, Kathlyn n’hésite pas une seconde : « Avec l’art floral et les fleurs en général, on apporte avant tout du positif et de la beauté dans la vie des gens, dans leur paysage quotidien ou dans leur expérience professionnelle. Surtout quand on propose des variétés et des structures uniques, ce qui est ma spécialité. » Pour ce faire, elle travaille avec trois fournisseurs aux Pays-Bas avec lesquels elle a conclu un accord d’exclusivité et qui l’aident aussi à respecter la durabilité et la saisonnalité de son activité. Un exemple parfait : la Saint Valentin, naturellement génératrice de chiffre d'affaires mais pas forcément de respect de la nature : La saion des roses n’est pas en février, mais plutôt de mai à octobre. Elle préfère « les magnifiques tulipes de Nice qui, combinées au mimosa, font une bouquet saisonnier parfait ».
En matière d’inspiration, l’esprit artistique de la jeune entrepreneuse ressort : des grands marchés aux fleurs comme l’Alsmeer (le Rungis hollandais de la fleur) aux expériences jusqu’au-boutistes d’artistes incontournables comme le Japonais Azuma Makoto, qui s’est fait connaître après avoir immortalisé la chute d’un de ses bouquets depuis l’espace en 2014. Mais également via la musique d’Ethel Cain, autrice-compositrice-interprète américaine très en vue, qui se produisait en juin dernier à l’Atelier et qui a fait appel aux services d’Infiiorata pour habiller la scène de la manière la plus naturelle possible, « le temps de trois heures, avec quelques jours seulement de préparation », un vrai coup de boost au moral et à la confiance pour Kathlyn qui compte bien ajouter le stage design à son portefeuille de savoir-faire. « Puis le lendemain, la BIL me fait confiance pour un dîner important ou une nouvelle exposition ». Un signe positif qu’un certain recentrage des grands acteurs économiques vers les talents locaux est en marche ? « Oui, mais il reste encore du travail, je ne pense pas que c’est déjà une évidence. »
L’avenir proche se joue d’abord dans de nouveaux locaux, puisque le Design Hub de la Ville de Luxembourg déménage de manière temporaire à Clausen avant une future mouture définitive annoncée, à Dommeldange-Gare. Puis il passera, si possible, par encore plus de corners Infiiorino, mais aussi par un grand projet : celui de « réinventer le bouquet basique et chimique de la station d’essence » Sans oublier, elle l’espère, les catwalks de la fashion week de Paris ou de Londres, où la créatrice verrait bien ses sculptures florales habiller de luxueux podiums… Et, enfin, quoi qu’il en soit, jamais ô grand jamais au service de grosses sociétés sans vision « qui ont le budget mais qui persistent à ne vouloir payer qu’en échange de visibilité. » p