La semaine dernière, l’Inspection générale de la sécurité sociale (IGSS) a évalué l’impact positif à long terme qu’aurait, sur le régime de retraite, une prolongation de la durée de cotisation, telle que proposée par le gouvernement. Ce lundi, l’IGSS a publié sur son site Internet un nouvel aperçu (n° 30). Il s’intitule « Survie des nouveaux retraités du régime général d’assurance pension sur la période 2010-2024 ». On peut y voir une réponse à la question de savoir quelles seraient les conséquences sociales si une retraite anticipée était possible à un âge plus avancé que ne le prévoient les règles actuelles.
Sur les 5 264 personnes ayant pris une retraite anticipée entre 2010 et 2012, entre 57 et 62 ans, 606 sont décédées au cours des années qui ont suivi, jusqu’en 2024. Cependant, ni le lieu de résidence, ni la nationalité, ni l’âge de départ à la retraite, ni la durée de la carrière professionnelle au Luxembourg, ni une estimation du revenu sur lequel repose la retraite n’auraient eu un « impact statistiquement significatif » sur la probabilité d’être décédé au cours des 13 années jusqu’en 2024, écrit l’IGSS. Le secteur économique dans lequel les personnes concernées exerçaient leur dernière activité n’aurait pas non plus eu d’influence. La seule différence constatée par l’IGSS concernait le sexe : pour les hommes étudiés, la probabilité de décès était en moyenne plus de deux fois supérieure à celle des femmes.
Peut-on en conclure que l’« orientation » du gouvernement en matière de réforme des retraites, annoncée par le Premier ministre lors du discours sur l’état de la nation, ne pose pas de problème social ? Que tout le monde vieillit ensemble, qu’il s’agisse des travailleurs pauvres ou des personnes à hauts revenus, de ceux qui exercent un travail physiquement pénible ou de ceux qui exercent principalement une activité intellectuelle ? Et qu’il pourrait peut-être être intéressant d’envisager de repousser l’âge de la retraite des femmes ?
L’étude de l’IGSS ne fournit pas cette information. Dans l’échantillon, les femmes étaient représentées moins de deux fois moins souvent que les hommes. Mais surtout, l’IGSS a pris en compte des personnes qui étaient en bonne santé au moment où elles ont pris leur retraite anticipée. Les bénéficiaires d’une pension d’invalidité ont été exclus, tout comme les personnes qui n’exerçaient pas d’activité professionnelle avant leur départ à la retraite, peut-être pour des raisons de santé. La probabilité d’être encore en vie 13 ans après le départ à la retraite – c’est-à-dire entre 70 et 75 ans – a été calculée. Intuitivement, on peut considérer que cela est assez probable. Ce que confirme l’IGSS : elle estime cette probabilité à 89,4 % %.
Une autre approche aurait pu consister à ne pas s’intéresser aux personnes en bonne santé au moment de leur départ à la retraite, mais plutôt aux décès survenus au sein d’une cohorte d’âge donnée. Il s’agirait alors de déterminer à quelle tranche de revenus elles appartenaient pendant leur vie active, dans quel secteur et quel type d’activité elles exerçaient.
L’IGSS n’a mené qu’une seule étude de ce type, en 1988. Elle a révélé que l’espérance de vie des personnes âgées de 65 ans ayant le statut d’ouvrier était, avec une moyenne de 10,6 ans, inférieure de quatre mois à celle des fonctionnaires du secteur privé du même âge. Mais à l’époque, seul le statut était pris en compte comme critère, et non les risques pour la santé sur l’ancien lieu de travail, ni le niveau d’éducation, ni le montant des revenus. Ce qui limitait la pertinence de cette différence de quatre mois.
En 2009, l’IGSS a recommandé, dans un rapport adressé à la Commission tripartite, d’étudier l’espérance de vie globale ainsi que l’espérance de vie en bonne santé au Luxembourg en fonction du statut social des assurés. Cette étude n’a jamais vu le jour, soi-disant en raison de problèmes méthodologiques. Il serait utile de s’y atteler aujourd’hui.