L’association des médecins a besoin de communiquer. Lundi soir, son président, Chris Roller, était invité sur la chaîne RTL. Il s’agissait d’expliquer ce que l’AMMD entendait par son communiqué de presse du 31 octobre, publié au lendemain de la résiliation des conventions entre les médecins et les dentistes et la CNS. Mercredi, son conseil d’administration a envoyé une lettre d’information de neuf pages à ses membres afin de leur expliquer également le sens de tout cela. Hier, l’AMMD a encore tenu une conférence de presse.
Objectif de cette action : serrer les rangs. « L’heure est à l’unité », proclame la lettre d’information. « Notre représentativité et notre poids collectif sont essentiels. » Bien sûr, car ce qui se passe depuis quatre semaines est spectaculaire pour le corps médical luxembourgeois. L’AMMD a déjà mené de nombreuses batailles. Celles-ci ont rarement fait l’unanimité parmi les médecins. Citons par exemple la revendication visant à supprimer le conventionnement il y a 25 ans. Ou encore, en 2010, la lutte contre la réforme de la santé du ministre du LSAP Mars Di Bartolomeo, lors de laquelle l’AMMD avait mobilisé ses membres pour une grève perlée de plus de deux semaines, qui avait coûté beaucoup d’argent aux médecins libéraux. Ou encore, il y a quatre semaines, la dernière menace en date de résilier la convention. C’était en avril 2023 et cela visait également le LSAP. Le vice-président de l’époque, Philippe Wilmes, avait déclaré lors d’une assemblée générale extraordinaire de l’AMMD : « Nous sommes une profession libérale au service de patients libres. Finissons-en avec la convention ! »
L’esprit de corps et la pression du groupe ont toujours permis de maintenir la cohésion du corps médical face à l’extérieur. Cette fois-ci, c’est différent. Les conseils médicaux des hôpitaux craignent une concurrence déloyale de la part des centres médicaux gérés par des sociétés médicales et l’ont fait savoir dans une lettre ouverte. Le Collège médical, l’organe d’autocontrôle chargé de veiller au respect du Code de déontologie des médecins, voit poindre une financiarisation de la médecine et qualifie cette évolution de « perverse ». Quant à l’association MSH (Médecins salariés hospitaliers), elle devrait modifier ses statuts lundi prochain lors d’une assemblée générale, se rebaptiser « Médecins du secteur hospitalier » et recruter des membres provenant d’autres établissements que le CHL. La représentativité nationale de l’AMMD ne devrait sans doute pas être menacée lorsque, le 17 décembre, aura lieu la première réunion avec la CNS en vue de la renégociation des conventions. Mais peut-être que douze mois plus tard, si les négociations échouent, tout comme une tentative de conciliation, et que la ministre des Affaires sociales du CSV, Martine Deprez, doit instaurer des conventions par décret, car c’est ce que prévoit la loi. Une MSH renforcée pourrait alors dire : « Renégociez avec nous. » Car la loi stipule également qu’il doit y avoir des conventions et non une médecine d’État. Et l’accord de coalition du gouvernement précise : « La médecine conventionnée sera maintenue. »
Afin d’éviter que, parmi les quelque 1 400 membres de l’AMMD, 1 000 médecins hospitaliers – dans le pire des cas – ne rejoignent les MSH, l’AMMD a fait preuve de souplesse et a assoupli certaines des revendications qu’elle avait publiées le 31 octobre. Pour que cela ne se voie pas, elle parle d’un besoin d’explications et de « fausses informations » qui circuleraient dans l’opinion publique. Parmi celles-ci, « certaines tentent de nous diviser ».
Il y a quatre semaines, l’AMMD avait inscrit parmi les « axes prioritaires de négociation » le passage du « conventionnement obligatoire et automatique à un conventionnement sélectif », dans le cadre duquel la CNS « doit se limiter strictement aux aspects qui la concernent directement ». Associée à la revendication d’une « autonomie tarifaire des médecins et médecins-dentistes et d’une tarification faisant preuve de tact et de mesure », cette position ressemblait à un premier pas vers une médecine à deux vitesses. D’autant plus que l’AMMD envisageait que le CNS n’ait plus qu’à définir ce qu’il rembourse sur la base de ces tarifs, et qu’« un assureur privé doit être incité à prendre ses responsabilités pour compléter la prise en charge des patients ».
Dès lundi, à la télévision, Chris Roller avait tenté d’apaiser les esprits. La « conventionnalisation sélective » n’aurait rien à voir avec une médecine à deux vitesses, mais signifierait simplement la possibilité de retirer à un médecin son contrat avec la CNS. Il faisait allusion aux dentistes originaires d’Europe du Sud ou de pays hors UE qui, pendant un certain temps, louent à l’heure un fauteuil dentaire et bénéficient d’un soutien administratif dans des centres dentaires mis en place par des bailleurs de fonds. Ce modèle de location incitant à facturer des montants élevés, M. Roller s’était plaint il y a trois mois auprès du Land des factures excessives de ces dentistes. Quant à l’autonomie tarifaire, a-t-il expliqué à RTL-Télé, elle permet également de proposer des prestations pour lesquelles il n’existe pas encore de tarif dans les barèmes et qui ne sont donc pas remboursées par la CNS. Il faut bien comprendre : « pour l’instant ». L’ensemble de cette situation serait donc temporaire.
C’est également ce qu’indique la lettre d’information envoyée mercredi aux médecins. Mais ce n’était pas prévu ainsi au départ. Pour s’en rendre compte, il suffit de noter que le conseil d’administration de l’AMMD a eu besoin de trois réunions pour rédiger cette lettre d’information. Une première réunion a eu lieu mardi, il y a deux semaines, et a duré quatre heures. Une deuxième, d’une durée de trois heures, a eu lieu vendredi dernier. Ce mardi, le document de neuf pages a été finalisé.
Lors des réunions de rédaction, il semble également qu’on ait débattu de l’objectif réel de l’AMMD avec cette résiliation de la convention et de ce que cela signifie sur le plan politique. Le médecin généraliste Eric Sassel, de Kärjeng, membre du conseil d’administration de l’AMMD, s’est adressé à la presse dimanche. Il a préparé trois motions qu’il compte soumettre au vote lors de l’assemblée générale de l’AMMD le 17 décembre. L’une d’elles dit « NON au reconventionnement sélectif et aux tarifs libres » et réclame à la place une modernisation équitable, transparente et solidaire du barème des honoraires des médecins. La deuxième motion s’oppose à « toute entrée de capitaux financiers dans l’exercice médical » et plaide en faveur de « garanties légales empêchant la transformation des soins en objet de profit ». La troisième s’oppose à une « salarisation des médecins » qui ne serait pas réglementée et dans laquelle « un médecin serait subordonné à un autre médecin ou à une structure économique, de manière à compromettre son indépendance thérapeutique ».
Le fait que Sassel ait franchi ce pas est une nouvelle manifestation de la nouvelle rébellion au sein du corps médical, ici même au sein du CA de l’AMMD. Mais il semble que le Bureau de l’association des médecins – le noyau dur composé du président, du secrétaire général, du vice-président et du trésorier, qui agit traditionnellement comme un organe exécutif – ait provoqué une certaine crise au sein du conseil d’administration par sa conception de la démocratie associative. Sassel reste formel vis-à-vis du Land : l’assemblée générale extraordinaire de l’AMMD du 8 octobre n’aurait voté que sur le « principe » de la résiliation des conventions des médecins et dentistes, au motif qu’elles devaient être révisées. Les détails devaient être discutés lors de l’assemblée générale annuelle du 17 décembre, les membres de l’AMMD devant soumettre des propositions à ce sujet. Cette manière de procéder aurait fait l’objet d’un « large consensus ». Lui-même aurait appris la résiliation au 30 octobre par les médias. Et lors de la réunion du CA de la semaine dernière, qui a débattu pendant trois heures de la lettre d’information sans aboutir à un résultat, il souhaitait soumettre ses trois motions au vote. Ce que Chris Roller a empêché. Lundi, M. Roller a suggéré à M. Sassel de se retirer du conseil d’administration. Seul le président est habilité à s’exprimer auprès de la presse, a-t-il écrit dans un e-mail auquel *Le Land* a pu avoir accès.
Mais il semble que d’autres membres du conseil d’administration partagent le point de vue d’Eric Sassel. En effet, la lettre d’information adressée aux médecins ne se contente pas de réinterpréter la conventionnalisation sélective et l’autonomie tarifaire. On y annonce également, de manière alambiquée, la mise en place d’un salariat réglementé, afin d’éviter un « dirigisme purement financier de l’activité médicale, exercé par des médecins soumis à l’autorité d’une personne physique ou morale quelconque (et donc légalement à considérer comme des salariés) ».
L’AMMD-CA fait également comme si elle avait toujours été opposée à la participation de financiers dans les sociétés médicales : « Il convient de rappeler que le conseil d’administration de l’AMMD refuse toute intrusion d’investisseurs ou d’actionnaires non-médecins – que ce soit dans le financement ou dans la gestion – dans les sociétés médicales, afin de préserver l’indépendance et l’éthique de l’exercice médical. »
C’est ainsi que la question a été perçue avec tant de rigueur au cours de la législature précédente. En février 2021, par exemple, lorsque le président de l’AMMD de l’époque, Alain Schmit, s’en est pris à la Fondation Hôpitaux Robert Schuman, car celle-ci avait conclu un accord avec la commune de Junglister pour créer un « Centre de radiologie et de soins médicaux pluridisciplinaire ». Ou encore lorsque l’AMMD, en collaboration avec le Collège médical et les juristes du cabinet Arendt & Medernach, a rédigé pour l’ancienne ministre de la Santé du LSAP, Paulette Lenert, un avant-projet de loi sur les sociétés médicales : celui-ci stipulait que les associés ne pouvaient provenir que de la profession.
Chris Roller, quant à lui, a déclaré au journal *d’Land* il y a trois mois que les investisseurs devraient également pouvoir prendre des participations minoritaires dans des sociétés médicales, en raison de leur « savoir-faire ». Le fait que leur influence reste limitée pourrait être réglementé par la loi, comme c’est le cas pour les cabinets d’avocats (d’Land, 29 août 2025). Entre-temps, Alain Schmit a fondé, avec son ancien adjoint Philippe Wilmes, la société Phial s.a. afin d’exploiter un centre médical baptisé « Findel Clinic ». Les actionnaires minoritaires, détenant chacun 10 % du capital, sont pas moins de quatre grands noms du monde des affaires. Certes, Phial n’est pas une société médicale. Mais Wilmes et Schmit souhaitent louer, au Findel Business Centre de Félix Giorgetti, des locaux de consultation, du matériel et des services administratifs à des médecins exerçant à la journée au Luxembourg et provenant des pays voisins (d’Land, 31/10/2025). Ce modèle ressemble de manière frappante à celui des centres dentaires, dont Alain Schmit, alors président de l’AMMD, avait déclaré il y a trois ans qu’ils avaient fait venir trop de dentistes dans le pays, et contre lesquels Chris Roller souhaite désormais mettre en place un « conventionnement sélectif ». La newsletter a tout à fait raison : l’AMMD évolue dans un « tableau complexe des nombreux sujets en cause ».
Mais l’AMMD a perdu beaucoup de crédibilité, non seulement au sein du corps médical, mais aussi auprès du grand public. Le monde politique ne joue pas non plus le jeu. Si la revendication de l’AMMD en faveur d’une conventionnalisation sélective, de l’autonomie tarifaire et de la prise en charge par les assureurs privés de ce que la CNS ne couvre pas devait amener le CSV et le DP à tenir les positions qu’ils prétendaient défendre pendant la campagne électorale, cela n’a pas fonctionné. Cela n’a pas fonctionné non plus avec le DP, dont le ministre de la Santé et des Affaires sociales, Carlo Wagner, avait fait preuve, il y a 25 ans, de « compréhension » à l’égard des revendications de la direction de l’AMMD de l’époque, d’abord en faveur d’une suppression du conventionnement, puis d’un conventionnement partiel. Ni le CSV ni le DP ne peuvent se permettre, politiquement, de remettre en cause le système solidaire. Promettre l’IRM à gogo pendant la campagne électorale est une chose. Affirmer que la CNS ne doit pas tout prendre en charge en est une autre. Les assurés luxembourgeois sont habitués à une assurance maladie qui prend en charge une grande partie des coûts.
Lundi, à la télévision, le président de l’AMMD ne semblait pas en avoir conscience. Chris Roller s’est empêtré dans ses contradictions. Il a d’abord présenté les conventions collectives sélectives et l’autonomie tarifaire comme inoffensives, puis a déclaré peu après que les assurances privées pourraient constituer une « alternative » aux hausses de cotisations si le CNS venait à manquer d’argent. De telles déclarations ne font que se mettre à dos tout le monde. Y compris les responsables politiques, qui ont pris leur décision depuis longtemps. Les dernières indications en la matière ont été fournies par le communiqué commun de la direction du CSV et du groupe parlementaire du CSV, qui a réaffirmé son attachement à l’accord de coalition, y compris en matière de conventionnement, et la tribune libre du président du groupe parlementaire du CSV, Marc Spautz, publiée samedi dernier dans le *Tageblatt*, dans laquelle il réaffirmait son attachement au système solidaire, s’opposant à la « privatisation des profits » issus de la médecine et à la « socialisation des pertes ». M. Spautz a réitéré ces propos lundi.
L’intervention télévisée de Chris Roller a pu donner l’impression que la prise en charge au Luxembourg était médiocre, car il n’existe pas de barème pour chaque prestation que les médecins peuvent proposer. Ou encore une autonomie tarifaire temporaire, comme le souhaite désormais l’AMMD. Il resterait toutefois à prouver dans quelle mesure la prise en charge est réellement médiocre. Il y a deux semaines, l’OCDE a publié son rapport « Health at a Glance 2025 ». Selon ce rapport, en 2024, 86 % de la population luxembourgeoise (d’après l’enquête SILC de l’Statec pour Eurostat) se déclarait satisfaite de la « disponibilité de soins de santé de qualité ». Seule la Suisse affichait un pourcentage plus élevé, avec 89 %. En ce qui concerne les examens radiologiques par imagerie par résonance magnétique (IRM), tomodensitométrie (CT) et tomographie par émission de positons (PET), le Luxembourg occupait déjà en 2023, année électorale, la première place de l’OCDE en termes de nombre d’examens pour 1 000 habitants : 436. Et pour que les prestations médicales non tarifées puissent tout de même être prises en charge par la CNS, l’article 19, paragraphe 3, du Code de la sécurité sociale prévoit une procédure qui, via le Service de contrôle médical de la sécurité sociale, aboutit à un tarif dérogatoire. Interrogé par le journal « Le Land », Gérard Holbach, directeur du Contrôle médical, explique : « Nous n’avons plus reçu ce genre de demandes depuis longtemps. Seulement pour les traitements au laser des yeux et pour les traitements d’épilation pratiqués par des dermatologues. »
Au vu de tout cela, il sera intéressant de voir ce qui ressortira de l’assemblée générale annuelle de l’AMMD dans deux semaines et demie. Si la motion d’Éric Sassel, qui réclame une « modernisation équitable, transparente et solidaire de la nomenclature », y est soumise au vote, cela pourrait constituer un véritable test de résistance qui occupera longtemps l’association des médecins. Comme l’explique Éric Sassel au journal *Le Land*, il reste déterminé à présenter ces trois motions. La rémunération des médecins est au cœur des préoccupations de l’AMMD. Il en va de même pour les grandes injustices qui existent en la matière. Il est fort possible que, suite à la résiliation des conventions avec la CNS, le débat prenne des formes bien différentes de celles d’aujourd’hui.
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