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Institutions et démocratie 8 min de lecture

Un peu vert

Nico Pundel est maire de Strassen. Portrait d’un chrétien-social improbable

Article paru dans Édition novembre 2025
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Un peu vert
Nico Pundel dans son bureau © Photo : Sven Becker

Il ne se sent pas tout à fait à sa place au sein de son parti. Le 30 septembre, peu avant le soi-disant cessez-le-feu à Gaza, le bourgmestre du CSV, Nico Pundel, et son conseil communal ont décidé de hisser le drapeau palestinien devant la mairie. Il n’aurait pas pu prononcer un discours lors de la commémoration, répéter le slogan « Plus jamais ça », puis fermer les yeux face au génocide, explique Nico Pundel lors d’un après-midi de lundi glacial, dans son bureau à la mairie. Sur Facebook, on peut le voir aux côtés de sa première échevine, Betty Welter-Gaul (LSAP), lors de la manifestation en faveur de la Palestine. Une attitude inhabituelle pour un homme politique du CSV. Mais Nico Pundel se soucie peu de la ligne politique nationale de son parti : « Je me fiche de ce qu’ils disent et pensent. » La reconnaissance de la Palestine est arrivée trop tard à ses yeux ; il attribue cela, entre autres, au « complexe d’Israël » dont souffriraient de nombreux responsables politiques occidentaux.

C’est sa passion pour la technique qui l’a poussé à se lancer en politique. Le fait que son père fût lui aussi engagé politiquement au sein du CSV a également influencé son choix. (Armand Pundel, ingénieur, avait toutefois eu des difficultés à se faire élire, car il n’était pas originaire de Strassen.) Lorsque Nico Pundel lui a annoncé qu’il souhaitait s’engager auprès des Verts, son père a pris un air si maussade qu’il a changé d’avis et a suivi la tradition familiale. Ses deux frères et sœurs, Catherine et Michel Pundel, sont également actifs au sein du CSV, tout comme sa belle-sœur. Certains membres de la famille siègent au sein de commissions consultatives de la commune. Mais en matière d’environnement, il s’est toujours senti proche des Verts, explique M. Pundel. C’est également l’une des raisons pour lesquelles, à Strassen, le CSV a formé une coalition après les élections de 2023 non seulement avec le LSAP, mais aussi avec les Verts – d’un point de vue purement arithmétique, une coalition noir-rouge aurait disposé d’une majorité.

Né en 1966 à Bettembourg, il a passé toute sa vie à Strassen depuis lors – à l’exception de ses études d’ingénierie mécanique à Stuttgart. Après ses études, il a entamé une carrière d’ingénieur chez Paul Wurth, a beaucoup voyagé et était rarement chez lui. Il s’est marié, a eu trois enfants et a commencé à travailler à la mairie de la capitale, notamment en tant que directeur de la station de traitement des eaux. Il n’a pas de lien de parenté direct avec l’entreprise de vinaigre Pundel, qui constitue une « autre branche » de l’arbre généalogique originaire de Wormeldange (où le maire du CSV s’appelle Claude Pundel), précise-t-il. Marco Koeune, maire DP de la commune de l’Oberstausee, est un cousin du côté de son épouse, Marianne Lutgen.

Seule la ville de Luxembourg présente une plus grande diversité que Strassen. 59,44 % des habitants de Strassen sont originaires de l’étranger. Dans les rues, on entend beaucoup parler anglais, et dans la cour de récréation, toutes les langues imaginables. Il y a 175 ans, la commune de Bartringen a décidé de se séparer de sa commune voisine, et Strassen est devenue indépendante. Ce qui n’était alors qu’un petit village à la périphérie de la capitale, comptant quelques fermes, n’a cessé de croître depuis le XIXe siècle : dans les années 1960 et 1970, de nombreuses familles se sont installées dans cette banlieue de la capitale. La population a plus que doublé depuis 1980 ; aujourd’hui, environ 10 500 personnes y vivent. « Ce qu’était autrefois Bel-Air, c’est aujourd’hui Strassen », explique Nico Pundel à propos du déplacement de l’agglomération urbaine.

Au sein de sa commune, il a progressivement gravi les échelons. Il s’est présenté pour la première fois aux élections en 2005 et figure en tête de la liste du CSV depuis 2011. Le DP, historiquement le parti le plus puissant de la commune, a dû s’incliner en 2007 à la suite d’un vote de défiance de l’opposition (CSV, LSAP et Verts), au nom d’une « plus grande proximité avec les citoyens et d’une politique sociale, climatique et environnementale ». Les tensions qui auraient marqué le conseil communal à cette époque et par la suite n’existent plus aujourd’hui, affirme Nico Pundel. Après plusieurs années en tant qu’assesseur, un partage des fonctions a été convenu après les élections de 2017 avec le maire du LSAP, Gaston Greiveldinger ; en 2021, Nico Pundel a prêté serment en tant que maire. Il n’a guère manifesté d’ambitions au niveau national. En 2013 comme en 2018, il s’est présenté aux élections législatives dans la circonscription du Centre, améliorant son résultat au bout de cinq ans en passant de la 18e à la 13e place. Mais il n’a jamais fait partie de l’élite des notables de la ville.

Pour sa commune, il se rend au Monténégro avec le club de volley-ball et à Dundee avec le FC Una Strassen. (Le week-end dernier, il a inauguré le nouveau stade aux côtés du président de la FLF, Paul Philipp, et du ministre des Sports du CSV, Georges Mischo ; coût : 25 millions d’euros.) Ses compagnons de route politiques le décrivent comme quelqu’un d’engagé, capable de prendre des décisions et de les mener à bien. Il est à l’écoute, estime la majorité ; il pourrait toutefois écouter davantage, estime l’opposition du DP. Nico Pundel connaît déjà certains conseillers municipaux depuis l’association des parents d’élèves, à l’époque où leurs enfants fréquentaient la même école. À la fin de cette législature, il souhaite se retirer. La commune est « sur de solides bases », dit-il, et sa succession est assurée.

Au début de sa carrière, il ne s’intéressait guère à la politique sociale. Si la situation a changé aujourd’hui, cela tient notamment à sa collaboration avec sa première assesseure, Betty Welter-Gaul (LSAP). (Les deux autres membres du collège des assesseurs sont également des femmes – une rareté dans la politique communale.) Welter-Gaul se situe à l’aile gauche du LSAP. À propos de leur collaboration, le maire déclare : « Elle m’a donné du fil à retordre, mais je l’apprécie. » L’affaire Caritas lui reste encore en travers de la gorge. « Si l’on peut sauver des banques, on peut aussi sauver Caritas. Et en plus, nommer un dirigeant issu des Big Four ! », s’exclame Nico Pundel. Il avait placé ses espoirs dans les jeunes parlementaires du CSV, espérant qu’ils ne se laisseraient pas si vite entraîner par le « Main-
stream » – mais cela ne s’est pas vérifié.

Derrière lui est accrochée une photo de John Lennon. Un grand fan ? « Je viens de cette époque », dit-il en souriant. Strassen fait figure de pionnière dans plusieurs domaines : elle a été la première commune à construire une « tiny house » ; elle a mis en place le réseau de voisinage Hoplr et a embauché un intervenant de rue pour venir en aide aux jeunes qui semblent un peu perdus. De sa propre initiative, Nico Pundel évoque ses projets visant à remanier l’emploi du temps, ce Saint Graal de l’organisation scolaire. Il y a deux ans, il a proposé des cours quotidiens jusqu’à 14 h 30 afin de s’adapter aux « réalités sociales ». Les associations, la Maison Relais, tous pourraient modifier leur mode de fonctionnement et le décaler en après-midi. Il a constitué un groupe de travail, mais aucun membre du personnel enseignant ne s’y est présenté. Il ne comprend toujours pas pourquoi cette volonté faisait défaut.

Lorsque, l’année dernière, des débats sur le harcèlement sexuel ont éclaté à la piscine « Les Thermes » (35 millions), située dans la commune, et que le journal *Das Wort* a publié un article contenant des témoignages, Nico Pundel a déclaré que Strassen possédait le plus beau sauna du pays, ce qui attirait les voyeurs. Il était mécontent de la couverture médiatique. Dans un entretien accordé au journal « Land », il affirme ne pas être un habitué des saunas et ne pas avoir peut-être le « feeling » nécessaire pour appréhender ces problèmes. Et il ajoute : « Les gens ne peuvent-ils pas se contrôler ? »

En 2018, l’inimaginable lui est arrivé. Sa fille aînée s’est donné la mort après avoir lutté contre la dépression. Et cela dans ce petit pays qu’est le Luxembourg, où la souffrance psychique reste encore un sujet tabou dans de nombreux milieux. Nico Pundel en parle ouvertement. En tant que parent, on n’est absolument pas préparé à une telle situation ; c’est la pire chose qui lui soit arrivée dans sa vie. Sa fille, Vicky Pundel, s’engage désormais dans la prévention du suicide ; elle est notamment intervenue le week-end dernier dans l’émission « RTL-Background » afin de surmonter cette épreuve. Il ressort des témoignages de la famille que l’offre d’aide destinée aux jeunes en situation de crise psychologique est totalement insuffisante. « Pour une jeune femme, se retrouver en psychiatrie aux côtés d’alcooliques de 70 ans n’aide en rien. Il n’y avait pas de place pour elle », explique Nico Pundel. Il s’est rendu cette année pendant sept semaines dans une clinique spécialisée dans les traumatismes pour faire son deuil. « À un moment donné, il faut aller de l’avant. On a le droit de rire à nouveau. »