Alors que la génération fondatrice du Comité d’action 5/6 Pensioun, issue du mouvement syndical neutre, se retirait peu à peu de la scène politique, l’ADR s’était progressivement radicalisée : d’abord sous la direction de Fernand Kartheiser, puis sous celle de Fred Keup et Tom Weidig, et enfin sous celle des jeunes nationalistes Jang Modert et Maks Woroszylo. Dimanche, lors du congrès du parti qui s’est tenu à bord du bateau « Marie-Astrid » sur la Moselle, Alexandra « Lexi » Schoos, une conservatrice plus modérée, a été élue présidente du parti. Avec 73 % des voix, elle s’est imposée face à son adversaire, Laurent Gallinaro, employé de la Chambre, conseiller municipal de Weiswampach et passionné de Bitcoin
nado.
Auparavant, le président du groupe parlementaire Fred Keup, qui semblait de plus en plus cynique (il s’était fait accompagner jusqu’à la tribune par la musique du générique de la série télévisée des années 80 « Magnum »), avait débité le discours populiste de la nouvelle droite : Il a accusé la gauche politique de vouloir concrétiser, par « les interdictions, la contrainte et le socialisme », ses « rêves roses » d’un « monde woke », auxquels l’ADR oppose la liberté, la sécurité et la démocratie. Mais comme ces « valeurs » sont désormais défendues avec force par le CSV et le DP au sein du gouvernement, l’ADR doit se réinventer et se renouveler sur le plan des effectifs si elle veut continuer à être prise au sérieux en tant que parti d’opposition. Si Fernand Kartheiser, figure de longue date, venait effectivement à être élu au Parlement européen en juin, sa carrière politique nationale prendrait fin. Alors qu’Alex Penning rejoint le Conseil d’État, l’ancien reporter de RTL Dan Hardy, qui est depuis dimanche l’un des quatre vice-présidents de l’ADR, pourrait prendre la place de Kartheiser à la Chambre.
En octobre, dans l’Est, Alexandra Schoos a réussi, malgré une légère perte de voix, à remporter le seul siège supplémentaire pour son parti et à lui redonner ainsi la force d’un groupe parlementaire – un « exploit » que les « vieux hommes blancs » Kartheiser et Keup dans le Sud, Jeff Engelen et Michel Lemaire au nord, ainsi qu’à Tom Weidig et Alex Penning au centre. Dans son discours de dimanche, la fille du président d’honneur Jean Schoos a invoqué « les quatre valeurs fondamentales de l’ADR » : justice, solidarité, liberté et durabilité. Depuis des années, personne au sein du parti n’avait revendiqué la justice, la solidarité et la durabilité au nom de l’ADR ; ces valeurs étaient associées de manière négative aux Verts et aux sociaux-démocrates, tant détestés.
Le fait que le congrès ait élu Alexandra Schoos à la présidence pourrait également s’expliquer par le fait que l’ADR elle-même a succombé à l’esprit « woke » du moment. C’est là où elles sont représentées par des femmes que l’extrême droite remporte le plus de succès : Giorgia Meloni en Italie, Marine Le Pen en France, Alice Weidel en Allemagne. Schoos, qui s’est jusqu’à présent toujours distanciée des positions d’extrême droite, ne s’inscrit toutefois pas vraiment dans ce schéma. Interrogée par Land, elle souligne que l’ADR est plus qu’un simple parti qui s’en prend au « woke », aux Verts et au moteur à combustion. Sa devise à cet égard est « vivre et laisser vivre ». Elle ne sera en aucun cas une marionnette du président du groupe parlementaire Keup et ne tiendra jamais de propos qu’elle ne pourrait pas défendre elle-même, affirme la présidente de l’ADR. Après son élection lors du congrès de dimanche, elle avait déjà prévenu ses collègues du parti : « C’est aussi important pour moi de réaliser un peu mes visions et mes objectifs pour l’ADR, mais pas au point que vous vous retrouviez avec le chat dans le sac. Mais bon, il est déjà trop tard pour ça, n’est-ce pas ? »