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Société 4 min de lecture

Saignement de nez

CONVERSATION FORTUITE AVEC L'HOMME DANS LE TRAIN

Article paru dans Édition février 2025
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Le gouvernement cherche à obtenir un soutien pour les réformes du régime de retraite. Il a promis de « faire largement participer la population ». C’est ce qu’a déclaré la ministre des Affaires sociales, Martine Deprez, le 4 octobre. Sur Internet, elle a invité les personnes intéressées à « nous faire part de vos propositions pour un système de retraite durable ». En effet, « [c]e type de démarche participative est essentiel pour garantir que les décisions prises reflètent au mieux les besoins et les attentes des citoyens ».

Le concours d’idées « Schwätz mat » s’est achevé il y a deux mois. Les résultats sont désormais connus. Mais le gouvernement n’en fait pas grand cas. Peut-être le succès a-t-il été en deçà des attentes. Au total, 2 022 contributions ont été reçues. Sur 650 000 assurés, cela représente un taux de participation de 0,31 %. Dix mois avant les élections, la Chambre de commerce avait semé la panique au sujet des retraites. Les gens semblent trouver cela exagéré.

Selon Reporter.lu, le concours d’idées a coûté 138 400 euros. En effet, à partir de 140 810 euros, des appels d’offres publics deviennent obligatoires. Cela représente 68 euros par contribution. Avec un maximum de 500 caractères, le tarif à la ligne s’élève à pas moins de dix euros. Cet argent n’a toutefois pas été versé aux autrices, mais à Snakke, la filiale locale de la société de conseil allemande Zebralog.

Cette entreprise privée a analysé les données pour le compte du gouvernement. Ses connaissances en matière de sécurité sociale s’avèrent limitées. Elle a confié cette lecture à l’intelligence artificielle Claude 3.5 Sonnet, développée par la société Anthropic, filiale d’Amazon.

Le rapport d’analyse répertorie 34 types de propositions (p. 13). Cinq types de propositions reviennent dans 66,9 % des contributions : en tête figure une « augmentation de la retraite minimale », citée dans 20,3 % des propositions. Vient ensuite le maintien de l’« indexation/réajustement des retraites » (19,8 %). 
Et « rechercher des sources de financement alternatives » (19,1 %), telles que « les impôts, les prélèvements sur le patrimoine ou les investissements innovants » (p. 17).

Vient ensuite, loin derrière, le « plafonnement des retraites élevées » (4,0 %) « comprises entre 5 000 et 8 000 euros par mois » ou correspondant à « 3 à 5 fois le salaire minimum » (p. 16). 3,7 % des propositions portent sur un « ajustement des taux de cotisation », « par exemple de 8 % à 9 % ou 10 % » (p. 24).

Les sondages en ligne sapent la solidarité. En misant sur la participation citoyenne, le gouvernement souhaitait mettre les syndicats sur la touche. Or, un tiers des participants s’est appuyé sur un texte préparé à l’avance. Ils « se rallient à la prise de position de l’OGBL et du LCGB ».

Dans aucune contribution, on ne trouve les termes « mur des retraites » ou « État de 700 000 habitants ». Une « augmentation de l’âge légal de départ à la retraite » n’a pas rencontré un écho significatif (1,9 %). Même la jalousie à l’égard des retraites de la fonction publique, que l’on s’est efforcé d’attiser, n’a pas porté ses fruits. Bien qu’elles aient été présentées comme une « harmonisation systématique » (1,8 %), « harmonisation des bases de calcul des prestations » (1,1 %), « harmonisation de la base de cotisation » (1,1 %) ou « égalité de traitement entre les catégories professionnelles » (0,8 %).

Presque personne ne souhaite les mesures prévues dans l’accord de coalition (p. 101). Par exemple, la « fiscalité favorable à l’épargne-retraite individuelle » (1,5 %) ou la « retraite d’entreprise » (0,6 %).

Le rapport s’efforce sincèrement de transformer le résultat « quantitatif » du concours d’idées en un résultat « qualitatif » (p. 7). Afin de faire oublier la fréquence des propositions les plus plébiscitées. Car celles-ci vont à l’encontre des intentions du gouvernement et des lobbies patronaux : l’augmentation de la retraite minimale, réclamée à maintes reprises, le maintien des revalorisations des retraites et de l’allocation de fin d’année. Il en va de même pour le financement par un impôt sur la fortune ou une hausse des taux de cotisation. Le gouvernement a essuyé un cuisant échec en matière de participation citoyenne.