Nouveauté Lancement du nouveau site internet du Land Voir la boutique en ligne →
Société 5 min de lecture

Je ne comprends plus rien à ce monde !

La petite témoin de son époque

Article paru dans Édition avril 2022
Partager l'article sur

Les chroniqueurs* ne devraient pas écrire ce genre de choses, cela les discrédite ; ils devraient bien sûr comprendre le monde, mais pas Poutine – ça ne fait pas bonne impression –, mais à part ça… Ou alors, ils devraient dissimuler leur incompréhension avec brio, peut-être à l’aide de commentaires si éloquents que personne ne les comprend.

Eh bien. Malheureusement, j’ai le sentiment inquiétant de ne pas être la seule, même si « comprendre le monde » est bien sûr une noble ambition philosophique, depuis plusieurs siècles une tâche pour ainsi dire irréalisable : comment pourrait-on bien comprendre une chose telle que le monde ? Les plus brillants se contentent de comprendre, petit à petit et de mieux en mieux, une infime particule de ce monde. « Qu’est-ce qu’un monde ? », demande ma petite-fille de trois ans et demi.

Malheureusement, j’ai l’impression de ne pas être la seule à qui tout cela dépasse la tête, c’est vraiment trop pour moi. Beaucoup trop.

La guerre est trop vaste. C’est une vraie guerre, pas un simple coup rapide qu’on lance à la va-vite, après quoi les gens de l’Est se débrouillent tant bien que mal et c’est fini, du moins pour nous ici. Tout ce remue-ménage là-bas, dans des régions aux noms comme la Transnistrie ou l’Ossétie du Sud, des appellations qui ne tiennent pas la route sur le marché mondial, ça ne deviendra pas des marques mondiales.

Cette guerre est une vraie guerre, pas une de ces guerres « propres » avec quelques drones, où l’on retrouve ensuite des cortèges de mariage baignant dans leur sang, comme en Afghanistan. Les villes sont encerclées, isolées, affamées. Les pacifistes discutent technique de l’artillerie, des « Marder » et des « Léopards » ; sur Spiegel Online, on trouve des publicités pour des vestes militaires : « Military First ! » La ministre allemande des Affaires étrangères manie les armes lourdes avec ses paroles. « La grande bataille approche-t-elle ? », demandent les présentateurs de télévision ; tout cela prend de plus en plus des allures de guerre mondiale.

Est-ce ça, la guerre mondiale ? Est-ce ainsi qu’elle arrive ? Elle était pourtant passée de mode, un phénomène qui n’existait plus que dans les livres d’histoire, dont les pères des baby-boomers parlaient le dimanche après le dessert. La Ligne Maginot.

« Le Russe veut désormais détruire cette Europe de rêve », annonce-t-il. Au moins, il redevient ainsi le bon vieux Russe méchant, le Russe originel, le Russe de la peur originelle.

La guerre, c’est trop. Trop réel. Trop surréaliste. Elle est arrivée d’un coup, alors qu’on sortait à peine de la pandémie, et après deux ans passés en soins intensifs, c’est la guerre à la télé. S’il te plaît, on pourrait avoir un peu de répit, Poutine ? Pourquoi n’es-tu pas sur ton yacht, pourquoi ne te déhanches-tu pas comme autrefois au mariage de la ministre autrichienne des Affaires étrangères ? Quelle charmante petite danse vous aviez exécutée tous les deux, elle, blonde comme le blé dans son dirndl, et toi, avec ton charme de sphinx ? Lavrov, vieux loup cynique et rusé, tu es désormais un vrai grand méchant loup, est-ce bien ce que tu voulais ? Mais nous ne devons pas chercher à les comprendre, nous, l’Occident thérapeutique et mièvre, alors qu’ils mitraillent tout et – gloups ! – nous ont dans leur ligne de mire. L’Occident ! Tout cet Occident modéré, nous, les décadents. Ou plutôt nous, les nazis : tout devient de plus en plus confus, nous devenons de plus en plus confus.

Allez, Poutine, rentre chez toi, détends-toi un peu ! Le ministre autrichien des Affaires étrangères, le plus jeune fils de Müller, s’aventure avec audace dans la gueule du loup avant d’en ressortir. On peut toujours essayer, Xavier Bettel a lui aussi appelé, deux fois même. Ils essaient, ils cherchent, ils font de leur mieux, tout comme les virologues qui courent après un virus qui fait le carnaval sous leurs yeux. Où est le tueur de dragons, qu’il se manifeste, s’il vous plaît ?!

Les numéros qui défilent en ce moment sont trop grands, personne ne parvient plus à les situer. Les catégories sont nouvelles, tout le monde tâtonne dans l’obscurité de l’histoire qui est en train de naître, dans laquelle nous jouons tous un rôle, un tout petit rôle pour la plupart d’entre nous. Juste parce que nous sommes là, tout simplement. Pour l’instant.

Et pour couronner le tout, ces Français(es)* votent même pour les nazis, que Poutine apprécie tant et soutient. Ce petit homme-araignée venimeux recueille même 10 % des voix parmi les Franzo(e)s* qui votent au Luxembourg. Ce que les Luxembourgeois* ne comprennent vraiment pas, c’est : est-ce donc là leur remerciement ? Des larmes d’émotion coulent des yeux innocents du petit homme-araignée venimeux. Bientôt. Bientôt.

Ah oui, le climat… Il y a aussi le climat. Et voilà que ça bascule, justement maintenant. Alors qu’on est déjà tellement stressés ! Tout arrive toujours en même temps, comme le disent les vieilles femmes pleines de sagesse.