Treize ans après la sortie d’Avatar (2009), il semble désormais clair que le film qui reste à ce jour le plus grand succès commercial de l’histoire aurait en réalité dû s’intituler Pandora. Pandora, c’est cet univers fictif dans lequel le réalisateur James Cameron nous invite aujourd’hui pour la deuxième fois. Avec *Avatar : La Voie de l’eau*, la suite de ce succès mondial d’antan est sortie en salles, et une chose reste vraie : la science-fiction est, au même titre que la fantasy, le genre par excellence des créateurs d’univers. Contrairement à la fantasy (Le Seigneur des Anneaux, Game of Thrones), où la magie sert à expliquer les événements miraculeux, la science-fiction repose sur l’hypothèse que le surnaturel est rendu possible par le progrès scientifique – quelque part, un jour. Dans *Avatar*, on voyait encore apparaître la chercheuse en blouse blanche (Grace Augustin, incarnée par Sigourney Weaver), qui tentait d’expliquer chaque phénomène, aussi incroyable soit-il. C’est dans cette tension entre l’impossible, voire l’inimaginable, et la faisabilité scientifique supposée que réside tout l’attrait de la science-fiction, mais aussi le nœud du problème des tentatives d’explication et de justification du genre, souvent extrêmement chargées en dialogues. Contrairement au film précédent, *The Way of Water* peut désormais se libérer de ce fardeau. À première vue, il n’est plus question ici de l’Avatar (une raison de plus pour laquelle le titre du film semble inapproprié), mais des aventures sur une planète lointaine et merveilleuse. Ce qui est remarquable, c’est la manière dont James Cameron tente d’insuffler un nouvel élan au genre de la science-fiction : Ce n’est plus l’effet de distanciation provoqué par l’autre monde qui est ici mis en avant – les visions dystopiques du futur que le genre produit si souvent en sont un exemple parfait et avaient atteint un nouveau sommet à la fin des années 90 avec la série Matrix –, mais l’identification. C’est ce que le film suscite avant tout par sa puissance envoûtante. L’immersion, et uniquement l’immersion, doit ici occuper le devant de la scène ; le déplacement du centre de gravité narratif est clairement perceptible. Il s’agit moins du changement d’identité enivrant du premier film que de l’aspect aventureux et spectaculaire des éléments, voire de l’élargissement d’un monde qui nous est inconnu : À la fin d’Avatar, l’ancien marine Jake Sully (Sam Worthington) s’est entièrement fondu dans son corps de Na’vi, les habitants de Pandora. Avec sa femme Neytiri (Zoé Saldana) et ses enfants, il est à la tête de sa tribu. Mais un danger que l’on croyait oublié menace de détruire ce bonheur retrouvé. Pour se mettre en sécurité, la famille se réfugie auprès du clan Metkayina, qui vit au bord de l’eau, mais Jake doit bientôt se rendre compte que la fuite ne peut pas être la solution.
Depuis les débuts de sa carrière de réalisateur – notamment avec des films comme Terminator 2 : Le Jugement dernier (1991) ou Titanic (1997), qu’il intègre avec désinvolture à travers des auto-références ludiques –, très attaché aux stratégies immersives et époustouflantes du cinéma numérique. C’est quelqu’un qui s’efforce sans cesse de repousser les limites des images numériques. Ce sont d’ailleurs ces dernières qui rendent possible l’identification à l’autre monde à laquelle aspire Cameron. Lorsque Peter Jackson a inauguré, au début des années 2000, la technique de la capture de mouvement avec le personnage de Gollum dans *Le Seigneur des anneaux*, qui consistait à transposer le jeu d’un acteur classique sur un personnage animé par ordinateur, cela a marqué un tournant qui a changé le cinéma à jamais. Cameron a perfectionné cette technique en la transformant en « performance capture » ; les frontières entre film d’animation et film en prises de vues réelles ont ainsi été définitivement abolies. Avec *Avatar : La Voie de l’eau*, il ne s’est pas contenté d’améliorer la capture des expressions faciales, il a également fait développer un nouveau système de caméra permettant de réaliser des prises de vue sous-marines en 3D grâce à la « performance capture ». James Cameron a récemment qualifié son « esprit créatif », qui lui permet de rêver, de « service de streaming » personnel, en réponse à l’évolution actuelle de la perception des médias.
Malgré toute la célébration du progrès technique que le film met en avant, on ne peut ignorer ce qui importe avant tout à ce cinéaste hors pair : De la pollution environnementale à la préservation des ressources naturelles en passant par la maltraitance animale, le film aborde des thèmes qui invitent à une lecture très urgente et ancrée dans l’actualité, même si ces pistes ne sont bien sûr jamais approfondies. Il est également frappant de constater à quel point Cameron concentre la conscience environnementale, et donc la préservation de la planète, sur la jeune génération : Jake Sully apparaît parfois désormais comme un personnage secondaire, alors qu’on lui attribuait auparavant manifestement le statut de héros. Ce sont bien plutôt ses enfants qui font ici l’objet de cette attention héroïque. Cela mis à part, l’histoire de *The Way of Water* n’apporte guère de nouveauté notable sur le plan dramaturgique par rapport à son prédécesseur et sert avant tout de prétexte à une immersion totale – au sens littéral du terme. Le monde sous-marin que présente Cameron est une véritable merveille ; les formes, les couleurs s’associent pour former un spectacle captivant, une célébration des sensations au cinéma. Ceux qui, à l’époque, ont réduit à tort *Avatar* à son intrigue archétypale – une variante de *Danse avec les loups* (des autochtones en harmonie avec la nature luttant contre de méchants impérialistes) – ont négligé de voir à quel point le cinéaste, malgré tout le déploiement technique qu’il proposait, est resté, au fond, fidèle à la science-fiction. Lorsque le pionnier du cinéma George Méliès invitait déjà à un voyage dans l’espace en 1902 dans *Voyage dans la Lune*, son objectif était moins de raconter une histoire que d’impressionner le public avec des images jamais vues auparavant. C’est exactement ce dont il est question dans ce film : émerveiller toujours davantage le public, car l’inimaginable prend vie à l’écran. Ce film révèle, dans chaque plan finement composé et baigné de couleurs chaudes, l’amour de la narration fantastique et du cinéma – ce monde où il est réellement possible de se plonger ensemble dans les rêves.