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Cinéma 6 min de lecture

une lueur d’espoir

Films tournés au Luxembourg

Article paru dans Édition avril 2022
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« Peut-on encore nous sauver ? » : c’est ainsi que l’on pourrait formuler la question fondamentale qui se pose à la fin de la première saison de la série policière luxembourgeoise Capitani. Dans cette série, un policier menait l’enquête au sein d’une communauté villageoise particulièrement retorse, qui dévoilait peu à peu ses abîmes. Le fait qu’un meurtre ait été découvert semblait soudain accessoire. Cela n’a rien d’étonnant, puisque le genre policier dépeint une vision de la société et du monde extrêmement sombre et pessimiste. Le commissaire a semé la méfiance et mis au jour un réseau d’accusations et de soupçons réciproques ; un malaise s’est fait sentir, notamment après la résolution de l’affaire, d’autant plus que le sombre passé de l’enquêteur lui-même a été révélé, laissant planer une profonde incertitude.

Le créateur de la série, Thierry Faber, reprend le fil de l’histoire avec ce deuxième numéro de Capitani. L’intrigue est désormais entièrement centrée sur l’ancien enquêteur Luc Capitani (Luc Schiltz), dont le passé reste en partie mystérieux, ce qui permet de faire le lien avec le premier numéro. Cela fait désormais deux ans qu’il est de nouveau en liberté. Après sa libération anticipée, il s’est installé dans le quartier de la gare de Luxembourg-Ville. C’est là qu’il travaille pour la proxénète Valentina Draga (Edita Malovčić). Il est chargé de veiller au calme et à l’ordre, mais la mafia nigériane de la drogue semble semer le trouble dans le quartier. De même, l’influent proxénète Gibbes König (André Jung) et son fils Arthur (Tommy Schlesser) voient soudain leur existence menacée. La police, notamment l’enquêtrice idéaliste Elsa Ley (Sophie Mousel) et son partenaire bourru Toni (Philippe Thelen), surveille également les événements de près. Et puis il y a Lucky (Edson Anibal), un homme discret, qui part à la recherche de sa sœur Grace (Jennifer Heylen) : celle-ci, l’une des prostituées de Valentina Draga, a mystérieusement disparu…

Ce qui ressort avant tout dans « Capitani – Saison 2 », c’est une ville qui n’a rien à voir avec les clichés sympathiques que l’on se fait du Luxembourg. C’était déjà le cas dans *Doudege Wénkel* (2012) et *Péi-truss* (2019). Comme dans l’épisode précédent, c’est le lieu lui-même qui semble être à l’origine du malaise. Ce décor menaçant prive les personnages de leur véritable identité. Luc Capitani travaille sous couverture ; Lucky, qui vient d’arriver dans le pays, doit, à la recherche de sa sœur, accepter à contrecœur des missions qui ne correspondent pas à sa nature ; puis il y a ces fils soumis à l’autorité de leurs parents et qui ne peuvent pas être ce qu’ils voudraient être. Il en résulte un enchevêtrement d’identités factices et mensongères qui, de ce point de vue, s’inscrit dans la lignée de la première saison : devoir, d’une part, franchir les limites de sa propre personne et, d’autre part, ne pas pouvoir les franchir, conduit à des dangers mortels dans ce milieu de la drogue et de la prostitution. Ainsi, dans Capitani – Saison 2, les codes du thriller psychologique, avec ses identités inversées ou simulées, dominent davantage que dans la saison précédente, et la série mise sur un jeu subjectif avec les connaissances du public. Dans le même temps, il devient de plus en plus difficile de suivre l’histoire, car au final, plus personne ne fait confiance à personne, jusqu’à ce que chacun finisse par devenir pour l’autre la punition « juste ».

Dans ce genre qui, sous les apparences d’une affaire criminelle, traite avant tout des contradictions de la société, des races, des classes et des genres, la critique des inégalités sociales revient sans cesse sur le tapis. Le débat autour de la représentation sociologique et réaliste du milieu criminel est toutefois problématique en soi. Il en va d’ailleurs de même dans cette suite de la coproduction de Samsa et RTL, réalisée par Christophe Wagner et Thierry Faber : l’impression de réalité que crée la série est une construction cinématographique : elle est suscitée, d’une part, par des lieux de tournage authentiques et l’absence de conditions de studio, et, d’autre part, par une représentation d’un langage et de pratiques de violence propres à ce milieu. La description de ce milieu peut être authentique dans ses grandes lignes, mais l’objectif principal de Capitani n’est pas de brosser un tableau de la ville de Luxembourg qui serait particulièrement soumis à des impératifs sociologiques et documentaires ; c’est plutôt le fait qu’une histoire nécessite essentiellement des conflits propres au genre qui prévaut. Les personnages apparaissent, parlent et agissent ainsi parce qu’ils « doivent » avoir cette apparence, parler et agir ainsi, conformément au genre. Le succès international de la première saison de la série, grâce à sa diffusion sur Netflix, tient donc peut-être davantage à la lisibilité universelle des codes et des conventions du genre qu’à une spécificité luxembourgeoise. Ce qui devrait toutefois sauter aux yeux des spectateurs avertis, c’est le lien avec une mémoire visuelle cinématographique nationale très récente. Les intrigues et les décors urbains rappellent deux autres références luxembourgeoises ; ils donnent même l’impression d’être une fusion de deux films luxembourgeois antérieurs réalisés par Pol Cruchten : *Hochzäitsnuecht* (1992) et *Black Dju* (1996).

Alors que le premier volet se concentrait encore entièrement sur la déconstruction de l’enquêteur, la perte de ses valeurs et le poids de la culpabilité, la suite emprunte désormais la voie inverse : il est question de réhabilitation. Cette réhabilitation doit s’opérer à deux niveaux : dans la sphère privée et dans la sphère publique. D’une part, il y a la relation entre Luc Capitani et sa sœur Jeanne (Marie Jung), qui, après de nombreuses années de difficultés de communication, est en voie de s’améliorer ; d’autre part, si sa mission d’infiltration est couronnée de succès, l’enquêteur devrait pouvoir retrouver sa vie d’avant et laisser derrière lui un passé marqué par la culpabilité. Pour y parvenir, le parquet emprunte toutefois des voies qui lui sont propres et parfois discutables, n’hésitant pas à recourir à des méthodes déloyales telles que le chantage. L’enquêteur semble de plus en plus désespéré et instable, mais on ne lui laisse aucun répit, et il ne lui reste finalement plus qu’à constater que sa propre organisation, au service de l’État, n’est pas meilleure d’un iota que les groupes criminels de la pègre. Seule l’humanité inhérente à l’être humain compte ici. « Pouvons-nous encore être sauvés ? » La réponse que Thierry Faber suggère dans le deuxième numéro de Capitani pourrait bien être : « Il y a de l’espoir. »

Les douze épisodes de « Capitani – Saison 2 » sont disponibles dans leur intégralité sur rtl.lu jusqu’au 12 juin