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Dimanche, dans le Land allemand de Saxe-Anhalt, près de la moitié des électeurs ont voté pour un parti d’extrême droite. Certes, l’AfD a manqué de trois sièges la majorité absolue au parlement régional, ce qui l’empêche de gouverner seule. Toutefois, mercredi soir, la direction régionale de l’étrange « Alliance Sahra Wagenknecht » s’est déclarée prête, à l’unanimité, à entamer des discussions en vue d’une « coopération » – sans pour autant parler de coalition à ce stade.
Il va sans dire que ce résultat électoral marque un tournant historique pour l’Allemagne. Jamais, depuis la réunification de 1990, un parti n’avait obtenu un tel score en Saxe-Anhalt. Le taux de participation a été massif, atteignant 80 pour cent. Pour autant, la montée de l’AfD ne saurait être réduite à un phénomène propre à l’Allemagne de l’Est, même si elle y est particulièrement marquée : les sondages placent également le parti en tête en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, où des élections auront lieu dans deux semaines, avec 35 pour cent des intentions de vote. Il y a six mois, dans le riche Land du Bade-Wurttemberg (ouest de l’Allemagne), 18,8 pour des électeurs ont choisi l’AfD ; en Rhénanie-Palatinat, aux portes du Luxembourg, ce chiffre s’élevait à 19,5 pour cent. C’est presque autant que les 20 pour cent recueillis par l’AfD en Saxe-Anhalt il y a cinq ans.
Dès lors, il est surprenant de constater que la poussée de l’extrême droite n’a pas conduit à une remise en question des politiques menées, y compris en Allemagne de l’Ouest. Cela vaut notamment pour la ligne dure adoptée par le gouvernement du chancelier CDU Friedrich Merz à l’égard des réfugiés et des demandeurs d’asile – une orientation qui s’est également reflétée dans le « pacte européen sur l’asile ». Or, le résultat de dimanche démontre que l’original séduit davantage que la copie. L’AfD est en passe de détruire la CDU, ce qui constitue précisément son objectif. C’est ce que confirme un sondage réalisé à l’échelle nationale auprès des jeunes électeurs âgés de 18 à 24 ans : seuls sept pour cent d’entre eux voteraient pour la CDU, contre 25 pour cent pour l’AfD.
Le fait que la classe ouvrière – ou ce qu’il en reste – ne se sente plus représentée par les partis établis et cherche une issue à l’extrême droite n’a rien de nouveau. On le constate avec le succès du mouvement « MAGA » de Donald Trump ou celui de l’AfD, et il est possible que Marine Le Pen soit élue présidente en France l’année prochaine. En Saxe-Anhalt, des sondages à la sortie des urnes ont cherché à identifier les « préoccupations majeures » ayant influencé le choix des électeurs. Pour 91 pour cent des électeurs de l’AfD, la raison numéro un était le fait qu’« autant d’étrangers vivent désormais en Allemagne ». Venaient ensuite la crainte de « ne plus pouvoir payer ses factures » (89 %), le constat angoissé que « le mode de vie en Allemagne change trop radicalement » (85 %) et l’inquiétude de « ne plus pouvoir maintenir son niveau de vie » (80 %). Tout porte à croire qu’il s’agit là d’une peur du déclassement social et d’une exclusion culturelle du groupe de ceux qui peuvent prétendre être les capitaines du navire à bord duquel ils traversent la vie. Cette inquiétude ne touche pas uniquement les gens modestes. Mais la stratégie de l’AfD, qui projette ce malaise sur les « migrants » – désignés comme les « autres » responsables de la situation –, semble fonctionner.
C’est ce qui fait du succès croissant de ce parti un phénomène particulier, typiquement allemand. Dans son programme pour les élections en Saxe-Anhalt, les points d’exclamation ne se contentent pas de ponctuer chaque sous-titre. L’annonce de la mise en place d’une mesure rappelant la procédure française de « comparution immédiate » est intitulée « Procès expéditif ! ». Quant à la promesse d’une « prime de bienvenue » de 2 000 euros pour les deux premiers enfants et de 4 000 euros pour chaque enfant supplémentaire, elle est justifiée par l’argument selon lequel l’évolution démographique ne serait en réalité « rien d’autre que le vieillissement et l’extinction du peuple Allemand » (avec une A majuscule dans le texte). L’exigence selon laquelle au moins l’un des parents doit posséder la nationalité allemande pour bénéficier de l’allocation pour enfant contrevient probablement au droit de l’UE, mais cela importe peu à un parti qui souhaite, de toute façon, faire sortir l’Allemagne de l’Union européenne. La section de l’AfD en Saxe-Anhalt entend œuvrer pour l’abolition du droit fondamental d’asile, au profit d’une « mesure de grâce accordée par l’État ». En matière d’art, elle ne souhaite soutenir que les œuvres « contribuant à la définition de l’identité allemande ». La liste pourrait s’allonger. Qualifier de fasciste quiconque vote pour l’AfD serait peut-être excessif ; toutefois, l’idéologie et le programme de ce parti sont suffisamment empreints d’une conception ethnique de la nation pour rappeler des époques sombres.
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