Au Kolléisch, ce lundi après-midi, le silence règne dans les couloirs. Puis la cloche de la récréation sonne, les élèves se précipitent dehors, fouillent dans leurs poches pour en sortir leur smartphone et voir ce qu’ils ont manqué pendant le cours. Claude Heiser, cravate bleue et lunettes rondes, reçoit dans sa salle de réunion. Le directeur de ce prestigieux établissement secondaire a travaillé ces derniers mois, en collaboration avec la communauté scolaire, à l’élaboration d’une stratégie concernant l’utilisation des téléphones portables à titre privé.
À l’occasion de la rentrée 2025, dans le cadre de sa campagne « Screen-Life-Balance », le ministre libéral de l’Éducation et de la Jeunesse, Claude Meisch, avait demandé à tous les lycées de présenter un nouveau concept d’ici la Pentecôte. Il faut y voir une sorte de frein national. Lundi, M. Meisch a présenté les résultats à la presse : six établissements sur 38 s’en tiennent à l’exigence minimale consistant à garder le téléphone portable hors de vue pendant les cours – il s’agit principalement d’établissements ne disposant pas de cycle inférieur, comme par exemple l’École de Commerce et de la Gestion, l’École hôtelière ou le LTPES. Cinq établissements secondaires (le Lycée Bel-Val, le Lycée de Schengen, l’Ermesinde, l’École internationale Gaston Thorn, l’École internationale Anne Beffort) ont instauré une interdiction totale : les élèves remettent leur smartphone le matin et le récupèrent à la fin des cours. 27 lycées adoptent une approche intermédiaire, déclarant parfois certaines zones, comme la cantine ou la bibliothèque, « sans téléphone portable ». Meisch plaide en faveur d’une « maturité numérique » qui débuterait à partir de 15 ans – jusqu’à cet âge, le réseau Wi-Fi eduroam leur reste inaccessible. L’accès à l’iPad sera réorganisé dès la rentrée, en particulier dans les classes inférieures ; les plus jeunes ne recevront plus leur propre iPad. Il s’agit de facto d’un retour en arrière par rapport à l’initiative « One-on-One », qui a mis des tablettes à la disposition des élèves pendant des années sans véritable stratégie. Des filtres de contenu et des restrictions d’âge sont prévus pour bloquer les contenus dangereux.
« Nous faisons une grande distinction entre les tranches d’âge », explique Claude Heiser. Les élèves âgés de 12 à 15 ans ne sont autorisés à utiliser leur téléphone portable que pendant les grandes pauses, c’est-à-dire à 10 heures et pendant la pause de midi. Le téléphone portable doit également rester interdit pendant les heures de surveillance. À cette fin, toute l’aile nord du bâtiment, qui accueille les élèves de la 7e à la 4e, sera déclarée zone sans téléphone portable. L’objectif est d’éviter ce qu’on appelle les « smombies ». Il s’agit de ces élèves de douze ans qui, dès avant 8 heures du matin, ont déjà regardé des dizaines de vidéos en rafale et qui traînent dans les couloirs, les yeux rivés sur leur portable, au lieu d’échanger avec les autres et de s’intégrer à la communauté scolaire lors de leur première année au lycée. « Nous avons besoin d’une cure de désintoxication. Mais un sevrage brutal, c’est trop », estime Claude Heiser.
La question de la faisabilité se pose. Une interdiction plus stricte des téléphones portables n’est pas envisageable en raison de l’infrastructure et des classes itinérantes. Où les élèves sont-ils censés ranger leur téléphone portable ? Il y a déjà deux ans, on avait opté pour des « hôtels à téléphones portables ». Les directives du ministère allant désormais plus loin, il faut trouver des solutions, comme des tissus ou autres, permettant de dissimuler les téléphones portables des élèves dans la salle de classe. Au Kolléisch, plus de 70 % du personnel enseignant s’est prononcé en faveur d’une stratégie « intermédiaire ». Le directeur ajoute que les règles pourront également être renforcées en fonction de l’évolution de la situation.
Claude Heiser fait remarquer que si l’on optait pour une interdiction totale, les élèves rattraperaient de manière excessive le temps passé devant les écrans à la maison. Cela pourrait être une réaction. Cependant, une utilisation réduite à l’école pourrait également déboucher sur de nouvelles habitudes qui se prolongeraient pendant le temps libre. Une fois que l’on s’est débarrassé de la surconsommation et de la dépendance, la modération peut devenir la norme.
Le ministre Claude Meisch avait pourtant laissé aux écoles le soin de choisir le niveau de difficulté vers lequel elles souhaitaient s’orienter. Le ministère a délibérément encouragé cette autonomie au cours des douze dernières années, justifiant sa nécessité par l’hétérogénéité des élèves. En effet, les profils que les établissements avaient déjà développés dans ce sens dans les années 80 et 90 se sont affinés. Les établissements communiquent de plus en plus sur leur offre ; certains élèves les visitent déjà dès le cycle 4.1 lors de journées portes ouvertes afin de trouver leur « parfaite » école secondaire. Les différentes politiques en matière d’utilisation des téléphones portables constitueront un autre critère que les jeunes prendront en compte et qu’ils invoqueront auprès de leurs parents pour justifier leur choix. À cet égard, rares sont ceux qui privilégieront les restrictions les plus strictes.
Le proviseur du lycée Michel-Rodange, Jean-Claude Hemmer, a opté pour une ligne plus stricte à deux pas du Kolléisch. Il va interdire l’utilisation des téléphones portables dans le bâtiment ; celle-ci ne sera autorisée que pour de brèves raisons liées à l’école, par exemple pour confirmer un changement d’emploi du temps. L’utilisation privée du portable devra se faire à l’extérieur du bâtiment. Si les jeunes se retrouvent alors dehors, par des températures négatives, à regarder des vidéos sur leur portable ou à traîner sur les réseaux sociaux, « les priorités finiront peut-être par changer, et le confort prendra le dessus », explique Jean-Claude Hemmer dans un entretien accordé au journal « Land ». Dès la rentrée, le projet « Silence On lit ! » sera lancé au LMRL. Il intégrera au quotidien dix minutes de lecture silencieuse sur papier – non pas des lectures obligatoires comme *Faust* ou *Rhinocéros*, mais des lectures personnelles.
La stratégie concernant les smartphones a été discutée avec le comité des élèves, mais pas avec les élèves eux-mêmes. Jean-Claude Hemmer ne se fait guère d’amis avec cela. Faisant preuve d’une grande habileté tactique, il a choisi un vendredi soir pour leur transmettre le message. Ils ne sont pas enthousiastes : la publication a recueilli 217 « j’aime pas » contre 29 « j’aime ».
Les adultes savent qu’après avoir utilisé leur smartphone, il faut parfois quelques minutes pour retrouver toute sa concentration. À cet égard, le fait de passer sans cesse du mode « sans portable » au mode « en ligne » peut être source de distraction pour les adolescents. La plupart des établissements scolaires ont néanmoins dû se poser la question de la responsabilité individuelle : qui est censé surveiller plus d’un millier de téléphones portables ? La réponse était souvent : personne – et c’est donc aux élèves qu’incombe cette responsabilité. « La plupart ont des iPhones. Au total, cela représente des téléphones d’une valeur de plusieurs centaines de milliers d’euros », explique Jean-Claude Hemmer. Certaines écoles, comme le LGL, investissent dans des pochettes magnétiques qui ne peuvent être déverrouillées qu’après les cours. Le lycée Vauban a déjà mis en place ce système pour tous ses élèves, de la sixième à la seconde.
Pourtant, une certaine dépendance au téléphone portable est presque omniprésente dans le quotidien scolaire. Les adolescents utilisent l’application de gestion des emplois du temps Untis, qui regroupe les changements et autres informations. Même si ces informations sont également affichées, les élèves se tournent principalement vers leur téléphone portable. Une fois le smartphone en main, il est très facile de cliquer pour accéder aux autres applications. On en demande beaucoup à un adolescent de 13 ans de réprimer lui-même cette montée de dopamine.
Un rapport publié l’année dernière par Beesecure a une nouvelle fois mis en évidence les activités des enfants et des adolescents sur leurs téléphones portables et autres appareils numériques. YouTube remporte un franc succès dans toutes les catégories. Mais alors que les plus jeunes (de 8 à 12 ans) jouent principalement sur YouTube, les 12-16 ans utilisent de plus en plus WhatsApp et Snapchat, ainsi que les services de streaming musical. Les adolescents âgés de 12 à 16 ans passent pas moins de 248 minutes devant leurs écrans un jour de semaine, soit plus de quatre heures. (Plusieurs organismes de santé recommandent un maximum de deux heures par jour.) Le personnel enseignant suit de près avec 222 minutes, tandis que les parents en passent 167. Cette « désintoxication » concerne tout le monde. Ces chiffres concordent avec ceux observés à l’étranger. Aux États-Unis, par exemple, une enquête menée par l’ONG Common Sense Media a révélé un temps d’écran quotidien de quatre heures et demie chez les élèves âgés de 11 à 17 ans. Ces données datent de 2023 ; il est probable que le temps d’écran ait plutôt augmenté depuis.
La même étude a révélé que les adolescents reçoivent en moyenne plus de 237 notifications par jour, dont un quart pendant les cours. Certains adolescents seraient toutefois conscients que ce flot de notifications les distrait et désactiveraient la plupart d’entre elles, expliquent les personnes interrogées. Paolo Ippolito, professeur de français au Kolléisch, le confirme. Dans une classe de septième, il a demandé à ses élèves d’allumer leurs téléphones portables en classe. Ceux-ci vibraient sans arrêt. Souvent, ce sont les parents qui écrivaient à leurs enfants pendant les heures de cours. Ils ne sont tout simplement plus habitués à ne pas avoir de nouvelles de leur enfant pendant plusieurs heures.
La dernière étude PISA, datant de 2022, a montré que les adolescents qui désactivaient leurs notifications obtenaient des résultats supérieurs de 19 points à ceux des autres. Plus les élèves passent de temps sur leur téléphone portable pour se divertir, plus leurs résultats s’en trouvent affectés. Le lien de causalité exact reste toutefois quelque peu flou : il est possible que des difficultés de concentration soient à l’origine à la fois du temps d’écran élevé et des mauvais résultats.
Le LTL d’Esch-sur-Alzette accueille un corps étudiant totalement différent de celui du Geesseknäppchen. La directrice, Cynthia Recht, a opté pour un modèle de discipline modérément stricte pour tous. Avec près de 1 700 élèves, dont certains issus de familles défavorisées, il n’aurait pas été possible de les répartir par tranche d’âge. Il arrive que des élèves de 17 ans soient en cinquième : « Il est alors difficile d’expliquer aux autres pourquoi cette personne a le droit de faire quelque chose et pas les autres. » Le portable doit rester en mode avion, même pendant la surveillance. L’école a fait l’acquisition de jeux de cartes, d’échecs et d’autres jeux de société pour occuper ce temps. Cette initiative est bien accueillie, rapporte Cynthia Recht. Comme au Kolléisch, le téléphone portable doit rester dans le sac à dos pendant les pauses de cinq minutes ; les élèves peuvent l’utiliser à 10 heures et pendant la pause de midi. L’utilisation du téléphone portable à la cantine ne pose toutefois aucun problème. De plus, un « mercredi sans téléphone » est mis en place au centre de jeunesse, un lieu de rencontre extrascolaire, et à partir de septembre, une journée entièrement sans téléphone portable sera instaurée chaque semestre.
Quoi qu’il en soit, après la Pentecôte, tout le monde devra apprendre à composer avec la « nomophobie », c’est-à-dire la peur qui s’installe lorsque le portable n’est pas à portée de main. L’Observatoire national de la qualité scolaire évaluera ce projet, notamment sous l’angle du bien-être.
Et que se passe-t-il si quelqu’un ne respecte pas cette règle ? Jean-Claude Hemmer, par exemple, explique à ses élèves que le smartphone sera confisqué jusqu’à la fin des cours le jour même. Si cela se produit plusieurs fois, l’appareil finira par être remis au directeur. Une autre conclusion de l’étude PISA était d’ailleurs que 34 % des élèves utilisent leur téléphone portable tous les jours ou plusieurs fois par jour malgré l’interdiction – un chiffre inférieur à celui observé en l’absence totale de restrictions. Seul environ un élève sur dix laisse son téléphone portable dans son sac à dos toute la journée sans aucune restriction extérieure.
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