Bien que le ministère de la Santé ait investi l’année dernière plus de 18,3 millions d’euros dans des programmes de prévention et dans l’accompagnement psychosocial des adultes toxicomanes, la mise en œuvre au niveau local reste difficile, comme le montre le débat autour d’une troisième salle de consommation. La « Jugend- an Drogenhëllef » (JDH) propose actuellement trois centres d’accueil pour les personnes dépendantes dans le pays, à Luxembourg-ville, à Esch-sur-Alzette et à Ettelbruck. À Luxembourg et à Esch, il existe une « salle de consommation » où les personnes dépendantes peuvent consommer leurs drogues dans un espace surveillé et avec du matériel stérile. Du point de vue de la politique de santé, une salle de consommation supplémentaire dans le nord serait un atout, estime Ute Heinz, directrice de la JDH. Actuellement, le « Contact Nord » est ouvert quatre jours par semaine, et le sera bientôt cinq, grâce à l’augmentation des effectifs. On y trouve déjà du matériel d’injection stérile et des services de conseil.
Bob Steichen, maire d’Ettelbrück (LSAP), exclut pour l’instant catégoriquement la création d’un troisième « Fixerstuff », comme il en existe dans les deux autres villes. Il a justifié cette position mardi matin sur Radio 100,7 en invoquant la taille de la ville, dont la population est actuellement encore inférieure à 10 000 habitants. Le maire d’Ettelbrück est toutefois favorable à la mise en place d’un bus circulant dans le nord de la ville et intervenant de manière ciblée dans les zones sensibles. Il a répété à plusieurs reprises qu’il était maire d’Ettelbrück et qu’il devait veiller au bon fonctionnement de la ville. Il a également exprimé la crainte qu’un tel espace puisse attirer davantage de criminalité liée à la drogue. La fusion prévue de la « Nordstad », qui devrait avoir lieu avant les prochaines élections communales de 2029, réunirait les communes de Bettendorf, Diekirch, Erpeldingen/Sauer, Schieren et Ettelbrück – et les transformerait ainsi en une commune de plus de 25 000 habitants. Après Esch-sur-Alzette, ce serait la quatrième plus grande « ville ». Bob Steichen est favorable à cette fusion.
La décentralisation de l’aide aux toxicomanes est une entreprise souhaitable, mais ardue. Pourtant, la consommation a lieu partout dans le pays, explique Ute Heinz. « Les gens s’imaginent souvent qu’un espace de consommation est une structure du type de l’Abrigado. Notre expérience à Esch-sur-Alzette montre qu’elle peut aussi être plus discrète et qu’elle n’entraîne pas automatiquement d’autres problèmes, comme une augmentation de la criminalité liée à la drogue. » Sans l’implication des communes, aucun travail de prévention efficace n’est possible. Mais il règne généralement une grande méconnaissance des addictions au sein de la société. « Personne ne se lève le matin en décidant de devenir toxicomane. » Le fait que personne ne veuille pour autant voir cette misère à sa porte n’est pas nouveau. Les craintes liées à l’ouverture d’une structure de consommation sécurisée ne le sont pas non plus. Lorsque le « Fixerstuff » devait s’implanter il y a vingt ans dans la rue de Hollerich, à l’époque sous le mandat du maire du DP Paul Helminger, on craignait que ce lieu n’attire davantage de toxicomanes « venus de tout le pays ». Il a fallu attendre encore quatorze ans avant que la deuxième salle de consommation ne soit ouverte à Esch-sur-Alzette en 2019. Le conseil des échevins DP-CSV de la capitale a inscrit dans sa déclaration d’entrée en fonction que l’Abrigado devait être repensé « dans l’optique d’une décentralisation nationale ». Le papier est patient.