« Glissement vers la droite » pour la coalition noir-vert ou « virage à droite » : tels étaient les titres des journaux après les élections communales de 2017, lorsque, avec 30,4 % des voix, le CSV a dépassé le LSAP (24 %) pour devenir le premier parti dans les communes. Alors que le CSV est passé de 168 à 209 sièges, le LSAP est passé de 167 à 155. Comme le CSV a perdu 16 sièges et 4,4 % dimanche, tandis que le nombre de sièges du LSAP est resté inchangé malgré une baisse de 2,7 %, les deux partis se rapprochent à nouveau quelque peu, mais le CSV reste le premier parti au niveau communal.
Il y a six ans, la quasi-totalité des commentateurs et commentatrices avaient interprété la progression du CSV aux élections communales comme un signe annonciateur de la nomination de Claude Wiseler au poste de Premier ministre du Luxembourg un an plus tard. Les résultats des sondages leur avaient donné raison. Trois mois après les élections communales, les chrétiens-sociaux se rapprochaient, selon le Sonndesfro, de la majorité absolue au Parlement avec 27 mandats, tandis que TNS-Ilres (pour le compte de Wort et RTL) prévoyait des pertes de trois sièges chacun pour le LSAP et le DP. Selon les prévisions, l’ADR et Die Linke devaient chacun gagner un siège et atteindre respectivement quatre et trois mandats. À l’époque, le Parti pirate ne figurait pas encore parmi les choix proposés aux personnes interrogées. Les Verts restaient stables à six sièges dans les sondages et étaient déjà présentés par le journal « Wort » comme le prochain partenaire de coalition du CSV. Lors d’un autre sondage réalisé six mois plus tard, un tiers des personnes interrogées estimait que la prochaine coalition après les élections législatives de 2018 serait formée par le CSV et les Verts.
Cette tendance a également été influencée par les élections communales de 2017. À l’époque, les Verts avaient obtenu leur meilleur résultat à ce jour lors d’élections communales, avec 16,3 %, et le CSV avait contribué, notamment dans le sud, à évincer le LSAP du pouvoir : à Esch-sur-Alzette (avec le DP), à Differdange et à Schifflange, mais aussi à Walferdange. À Käerjeng, à Bettembourg (avec le DP) et à Grevenmacher, des coalitions noir-vert s’étaient déjà formées avant 2017 et ont été maintenues. C’est surtout dans l’ancienne ville ouvrière d’Esch que cette collaboration avait suscité des dissensions. Muck Huss, député et échevin de longue date, a quitté les Verts ; Felix Braz aurait été l’artisan des coalitions avec le CSV, cherchant à préparer le terrain pour les élections nationales. Comme on le sait, son calcul n’a pas fonctionné, car bien que les Verts aient gagné 5 % des voix et trois mandats en 2018, cela n’a pas suffi pour former une alliance avec le CSV, qui a perdu deux sièges.
Cinq ans plus tard, les Verts et le CSV sont les grands perdants. Les uns ont dû céder dimanche 13 sièges à d’autres partis, les autres même 16, mais comme le CSV dispose d’un nombre de sièges bien plus important, ces pertes sont moins douloureuses pour lui. À eux seuls, les Verts ont perdu onze sièges dans le sud, dont quatre à Differdange, où ils ne feront plus partie de la majorité à l’avenir, tout comme à Käerjeng, Kayl (depuis 2021) et Schifflingen. Il était d’autant plus important pour eux de sauver la coalition tripartite avec le CSV et le DP à Esch, où leur coprésident Meris Sehovic peut se présenter comme futur assesseur aux élections à la Chambre. Le fait qu’il se présente en octobre aux côtés de la ministre de l’Environnement, Joëlle Welfring, en tant que co-tête de liste dans le district Sud était déjà acquis avant les élections communales. Ensemble, ils doivent combler le vide laissé par Felix Braz et Roberto Traversini. En raison de ces pertes, les Verts n’ont toutefois pas réussi dimanche à positionner d’autres espoirs dans le district Sud. À Differdange, Manon Schütz, co-tête de liste de Paulo Aguiar, a certes été élue aux côtés de Laura Pregno et de Paulo Aguiar ; à Bettembourg, Nicolas Hirsch a fait son entrée au conseil communal ; à Sanem, c’est Serge Faber qui a été élu, et à Dudelange, Yves Steffen, mais aucun d’entre eux ne siégera au conseil des assesseurs.
Pouvoir : Alors que les Verts, après les pics de 2011, 2017 (et 2018), sont retombés au niveau de 2005, le CSV reste la première force politique dans les communes. Malgré ses pertes, elle a réussi à forger des coalitions stratégiquement importantes avec le DP ou le LSAP. Dans 13 des 14 plus grandes communes, elle entre ou reste (selon toute vraisemblance) au conseil échevinal : à Luxembourg-Ville, Hesperange et Mersch avec le DP, à Esch-sur-Alzette et Bettembourg avec le DP et les Verts, à Differdange, Pétange, Sanem, Schifflingen, Kayl et Käerjeng avec le LSAP, à Strassen avec le LSAP et les Verts. Dans huit de ces communes, elle fournit le bourgmestre (à Schifflingen, la fonction est partagée), ainsi que dans les communes de la banlieue aisée de Mamer et Niederanven. C’est notamment dans le nord que le CSV a pu renforcer sa position dominante : à Ettelbruck, malgré des pertes, il reste dans la majorité en tant que partenaire junior du LSAP ; à Wiltz et à Diekirch, il entend mettre fin, avec le DP, à la domination exclusive du LSAP. À l’Est, elle reste au pouvoir malgré des pertes à Grevenmacher, Junglinster et Remich. Néanmoins, le CSV n’a lui aussi réussi à présenter que peu de nouveaux candidats aux élections communales – du moins en ce qui concerne les maires et les échevins.
Il en va de même pour le LSAP qui, là où il conserve le pouvoir ou revient au pouvoir, doit avant tout s’appuyer sur un personnel qui a fait ses preuves. Font exception à cette règle Thierry Wagner à Differdange, Elvedin Muhovic et Jimmy Skenderovic à Rumelange, Rizo Agovic à Schifflingen et Christian Steffen à Ettelbruck, qui devraient devenir assesseurs, tout comme Bettina Ballmann et Angelo Lourenco Martins à Roeser.
Il en va de même pour le DP, vainqueur des élections. Certes, le parti a gagné 26 sièges au total, mais à l’exception de la députée Carole Hartmann à Echternach, de Ben Ries à Junglinster ainsi que de Serge Eicher et Andrew Kiser à Schüttringen, pratiquement aucun nouveau maire ou assesseur n’a réussi à se démarquer.
Peut-on en déduire des tendances pour les élections à la Chambre d’octobre ? À première vue, oui. Si les Verts sont globalement sur le déclin, la poursuite de la coalition tripartite avec le DP et le LSAP semble de plus en plus improbable. En revanche, le CSV pourrait fêter son retour au gouvernement. Son chef de file, Luc Frieden, lui a permis de réaliser de légers gains dans les derniers sondages. Certes, avec 17 sièges, le parti en détient encore nettement moins qu’après les élections législatives de 2018 (21), mais en termes de pourcentage des voix, il n’est qu’à un peu moins de deux pour cent du résultat obtenu à l’époque. Cela ne suffirait pas – pour l’instant – à former une coalition à deux avec le LSAP ou le DP.
La situation pourrait encore évoluer d’ici octobre. La présence du CSV au sein des conseils des échevins des grandes communes pourrait également lui apporter une visibilité et un nouvel élan au niveau national. Cela vaut dans une moindre mesure pour le LSAP. Il a certes défendu sa majorité absolue à Dudelange et à Mertert et l’a remportée dans les petites communes de Rumelange et Roeser ; elle fournit également à nouveau le bourgmestre à Differdange, Ettelbruck et Schifflingen (à partir de 2026) et retrouve la majorité à Käerjeng ; à Sanem, elle reste au pouvoir. Mais dans les villes stratégiquement importantes que sont Luxembourg et Esch-sur-Alzette, le LSAP se retrouve à nouveau dans l’opposition. Le DP marque des points notamment dans la capitale, dans la banlieue aisée et dans ses bastions de Mersch, Mondorf et Remich, et est désormais également le premier parti à Echternach, Sandweiler et Junglinster. Les Verts ne sont le premier parti nulle part, pas même à Differdange.
Jeunesse : Si le DP a remporté les élections municipales, c’est avant tout parce qu’il a su reconnaître leur importance pour les élections nationales. À l’exception des Pirates, qui ont accroché d’énormes affiches de leurs députés dans plusieurs communes, aucun parti n’a mieux su tirer parti de la proximité temporelle entre ces deux rendez-vous que le DP. Sa campagne « Premier no bei dir » a sillonné les circonscriptions électorales afin d’établir des liens entre la politique communale et la politique nationale. Aucun autre candidat de premier plan au niveau national ne s’est autant impliqué dans la campagne électorale communale. Non seulement le DP disposait du plus grand nombre de listes, mais il a également tiré parti de l’engouement suscité par la popularité de Bettel pour présenter une armada de jeunes candidats et candidates qui se sont affrontés lors des élections municipales afin de décrocher une place pour les élections législatives. Dimanche, le « bon grain s’est séparé de l’ivraie ». À Esch-sur-Alzette, la jeune libérale Amela Skenderovic a manqué de très peu son entrée au conseil communal, tandis que le président de la JDL, Michael Agostini, a obtenu, avec la sixième place, un résultat décevant au regard de ses ambitions. À Leudelingen, le vice-président de la JDL, Lou Linster, a recueilli le plus grand nombre de voix, tandis que Nathalie Entringer s’est classée quatrième. Hugo Da Costa fait son entrée au conseil communal de Betzdorf, et Michel Goethals, avec un peu de chance, à celui de Feulen. Dans la capitale, aucun des dynamiques jeunes libéraux – Nicolas Wurth, Loris Meyer, Pitt Sietzen, Joe Polfer, Luis Oliveira Duraes, Joel Rodrigues Lavinas ou Daniel Ruiz Viejobueno – n’a réussi à entrer au conseil communal. Tom Strauch est arrivé dernier à Kopstal. Jeffrey Drui a remporté un succès honorable à Schifflingen. À Petingen, le DP a réussi à décrocher un deuxième siège grâce à Barbara Agostino, qui n’est plus toute jeune. Tous deux devraient être assurés d’une place sur la liste du Sud en octobre.
Tout comme le DP à Bettel, le LSAP a profité de « l’effet Paulette Lenert » : à Esch-sur-Alzette, Liz Braz, Enesa Agovic et Sascha Pulli ; à Bettembourg, Izabela Golinska ; à Dippach, Ken de Sousa ; à Kayl, Brian Halsdorf ; à Käerjeng, Jil Feipel ; et à Habscht, Luca Colling ont été élus au conseil communal. Aldin Avdic a failli y parvenir à Esch, tout comme Catia Perreira et Caroline Huberty à Differdange, Tim Holbach à Schifflingen et Diogo Costa à Dudelange. Les élections se sont avérées décevantes pour les anciens présidents des JSL : Amir Vesali à Wiltz et Georges Sold à Esch, Benjamin Kinn à Sanem, Gledis Kryeziu à Dudelange, ainsi que Veronica Matos et Jana Weydert à Diekirch.
Le CSV avait également présenté des candidats issus de son organisation de jeunesse aux élections communales. Vincent Reding reste maire de Weiler-la-Tour, Myriam Binck devient maire de Rambruch et Alex Donnersbach est élu échevin à Walferdange. Ont été élus directement au conseil communal, entre autres, Joy Weyrich à Esch, Anne Steichen à Grosbous, Bob Morbach à Steinsel, Pit Zahlen à Hesperange, Christophe Anthon à Bettembourg, Jimmy Carelli à Habscht, Christophe Heymes à Rambruch, Tom Kerschenmeyer à Mamer, Vincent Koks et Tom Peiffer à Ettelbruck, ainsi que Ricardo Marques et Tania Rocha à Echternach. Sarah Moreira à Esch, Marc Ury à Grevenmacher et Lynn Zovilé à Betzdorf ont échoué de peu, tandis que Basile Dell (ville de Luxembourg) et Gabriel Jordanov (Schifflingen) s’attendaient certainement à obtenir davantage de voix.
Chez les Jonk Gréng, il a manqué un peu plus de 300 voix aux co-porte-parole Fabricio Costa (Luxembourg) et Amy Winandy (Junglinster) pour entrer au conseil communal. Il en va de même pour Denis Barthelmy à Dudelange. Lea Vogel et Moritz Schaaf à Mamer, ainsi qu’Amra Sabotic à Esch, ont également failli y parvenir. Georges Biever a été élu dans la commune de Goesdorf, où le scrutin est à la majorité relative, tandis que Kris Hansen à Bous, Fränk Prim et Bob Kieffer à Käerjeng, Lynn Faber et Yann Wintersdorf à Sanem ainsi que Maxime Pantaleoni à Differdange se sont classés en milieu de tableau, tout comme Celia Seil et Iness Chakir à Dudelange. Si moins de jeunes candidat·e·s verts ont été élus cette année, cela s’explique sans doute, outre la diminution du nombre de sièges, surtout par le fait que le parti a déjà procédé à un renouvellement interne ces dernières années. Les co-porte-parole Djuna Bernard et Meris Sehovic, qui ont été élues dès leur première candidature aux élections communales à Mamer et à Esch, sont déjà considérées comme des habituées, bien qu’elles n’aient que 30 ans. Il en va de même pour la députée et assesseure Jessie Thill à Walferdange. La différence entre ces trois localités : alors que les Verts ont gagné 2,8 % à Walferdange, ils ont perdu 4,4 % à Esch et même 7,2 % à Mamer.
Parti(s) populaire(s) Les raisons des pertes subies par les Verts ces derniers mois sont sans doute multiples. Peut-être que le scandale autour de Roberto Traversini, qui a également coûté son poste de ministre à Carole Dieschbourg, ou encore des destins individuels comme ceux de Camille Gira et Felix Braz jouent effectivement un rôle important. Peut-être aussi les mauvais résultats dans les sondages du parti frère allemand, qui parvient trop rarement à s’imposer face à ses partenaires de coalition, le SPD et le FDP. Mais peut-être aussi que Déi Gréng ont simplement revendiqué trop tôt leur statut de « parti populaire écolibéral », couvrant tous les thèmes, s’adressant à l’ensemble des électeurs et plaçant le maintien au pouvoir au cœur de leurs efforts. Peut-être devraient-ils, dans un contexte de sécheresse, de canicule, d’extinction des espèces et de forte pollution environnementale, se recentrer davantage sur leurs thèmes phares lors de la prochaine campagne électorale. Et peut-être ne devraient-ils pas chercher à tout prix à former des coalitions avec des adversaires politiques qui les qualifient de « parti de l’interdiction » et leur reprochent à chaque occasion d’agir pour des motifs purement « idéologiques », dans le seul but de les discréditer auprès de leur propre électorat.
Pourtant, les Verts sont en train de répéter exactement les mêmes erreurs qui les ont conduits à la situation actuelle – du moins là où une coalition est encore mathématiquement possible. Ils ne peuvent désormais plus rejeter la faute sur Felix Braz. À Esch-sur-Alzette et à Bettembourg, Meris Sehovic et la présidente du groupe parlementaire Josée Lorsché poursuivent l’alliance avec le CSV et le DP, car ils espèrent ainsi être (à nouveau) élus à la Chambre en octobre. À Walferdange et à Niederanven, ils forment (à nouveau) une coalition avec le CSV pour les mêmes raisons, et à Strassen, avec le CSV et le LSAP. Ce sont surtout leurs partenaires de coalition qui tirent profit de ces alliances, gagnant ainsi en crédibilité en matière de politique climatique et environnementale, tandis que les Verts perdent la leur.
C’est en novembre 2019 que les Verts ont atteint pour la dernière fois, dans les sondages, leur score électoral de 15 %. Désormais, ils ne devancent plus les Pirates que de deux pour cent et demi et de deux sièges ; or, tout comme les Verts, ces derniers sont (ou veulent être) capables de s’entendre avec presque tout le monde, bien qu’aucun des grands partis ne souhaite avoir Marc Goergen comme partenaire (p. 12). Comme les Pirates, politiquement éclectiques, ont remporté la victoire partout où ils se sont présentés, les observateurs politiques parlent d’une fragmentation du paysage politique. En effet, le succès des Pirates et la conception que se font les Verts d’eux-mêmes en tant que « parti populaire écolibéral » ont conduit à un affaiblissement de l’ensemble de la gauche politique au profit du camp bourgeois et de la droite, voire de l’extrême droite. Alors que le LSAP a marqué le pas dimanche et que Déi Lénk a perdu des sièges dans ses trois « bastions » que sont Luxembourg, Esch et Sanem, c’est le DP qui a remporté le plus grand nombre de sièges supplémentaires (26). Le CSV a certes légèrement reculé en pourcentage, mais contrairement au LSAP, il a consolidé son pouvoir dans les deux plus grandes communes. Quant à l’ADR, elle a plus que doublé le nombre de ses sièges. À l’instar de Déi Lénk, elle dispose désormais d’un siège dans six des dix plus grandes communes.