Nouveauté Lancement du nouveau site internet du Land Voir la boutique en ligne →
Institutions et démocratie 4 min de lecture

La facture

CONVERSATION FORTUITE AVEC L'HOMME DANS LE TRAIN

Article paru dans Édition avril 2026
Partager l'article sur

La semaine dernière, le président américain Donald Trump a menacé l’Iran : « Nous allons les ramener à l’âge de pierre, là où est leur place. » Deux jours plus tard, le ministère de l’Économie a annoncé de nouvelles hausses des prix du carburant. Dans cet ancien paradis du diesel, un prix record de 2,186 euros a été enregistré. « Les prix de l’énergie resteront élevés pendant très longtemps », a prédit le commissaire européen Dan Jørgensen au Financial Times (4 avril 2026).

La destruction de l’Iran et du Liban par les États-Unis et Israël tombe mal dans notre pays. L’opinion publique considère que le président américain est fou. Le gouvernement et les partis politiques se montrent embarrassés. Mais les Iraniens ne sont pas des Ukrainiens : en Iran, les agresseurs se battent pour nos valeurs.

Un petit État se fait discret. Il est pris dans un réseau de concurrence et de coopération politiques et économiques. Il défend sa place au sommet de la division du travail, de la hiérarchie des États et de la richesse. Le Luxembourg est membre fondateur de l’OTAN, le bras armé des États-Unis en Europe. « [L]es États membres de l’OTAN ont toujours été et sont toujours déterminés à exacerber les inégalités de pouvoir et de richesse dans le monde, à anéantir toute contestation de leur puissance militaire et économique écrasante » (Peter Gowan, New Left Review, I/234, p. 103).

Grâce à ses bases réparties dans le monde entier, l’armée américaine garantit le libre accès aux matières premières, aux marchés et à la main-d’œuvre des pays étrangers. Pendant des décennies, elle a imposé la mondialisation et le néolibéralisme. Les classes dirigeantes de notre pays en tirent profit. Les cercles dirigeants veillent à la mise en place des conditions-cadres. Une majorité de la société luxembourgeoise adhère à ces objectifs, que ce soit par intérêt direct, indirect ou supposé.

Aujourd’hui, les droits de douane punitifs, le chantage, les insultes et les guerres font naître des doutes quant au leadership de Washington. Les rapports de force internationaux évoluent. Cette évolution entraîne des redistributions au niveau local.

La question se pose à nouveau avec acuité : qui doit supporter les coûts de la guerre, de la crise, de l’inflation et du réarmement ? L’Union des entrepreneurs (UEL) connaît la réponse : ce ne sont pas les propriétaires de banques, d’usines ou de commerces. Ils veulent répercuter la facture sur le personnel. Le PDG de la Chambre de commerce, Carlo Thelen, ne veut pas perdre de temps. Il souhaite « discuter dès maintenant des questions économiques centrales dans le cadre d’une table ronde tripartite » (Revue, 1er avril 26).

Le différend concernant le coût des conséquences de la guerre n’est pas nouveau. Il a commencé en 2022 avec l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Une invasion que l’Union européenne a transformée en sa propre guerre. Avec l’invasion de l’Iran par les États-Unis et Israël, le différend s’intensifie. Les responsables politiques et les éditorialistes qualifient de « dialogue social » ce débat sur la question de savoir qui paie la facture.

La guerre dans le Golfe fait grimper les prix des carburants, des matières premières et des engrais. Elle renchérit les coûts de la conduite automobile, du transport de marchandises et des produits eux-mêmes. Un choc pétrolier et un choc gazier menacent de freiner la croissance économique. L’inflation augmente. Après une première hausse de l’indice avant l’été, une deuxième pourrait intervenir d’ici la fin de l’année.

Dans ce cas de figure, le CSV et le DP ont convenu dans l’accord de coalition : « [U]ne tripartite sera convoquée » (p. 174). Afin de décider, après la manipulation du salaire minimum, d’une manipulation de l’indice. Le barème fiscal ne sera pas ajusté à l’inflation pendant trois ans. Lorsque les tranches d’imposition seront supprimées, la progressivité fiscale s’accentuera pour les petits salariés.

Lorsque l’inflation augmente, la Banque centrale européenne relève les taux d’intérêt. Elle protège ainsi les actifs financiers et accroît les revenus d’intérêts des banques. Elle rend ainsi plus coûteux l’endettement des propriétaires immobiliers et le service de la dette publique. Le chaos qui règne dans la région du Golfe pourrait entraîner, à l’échelle mondiale, le défaut de paiement de crédits non réglementés, l’éclatement de la bulle de l’IA et assombrir les perspectives de bénéfices sur les marchés financiers.

La frénésie de l’armement détourne les dépenses publiques. La militarisation de la société vise à masquer les contradictions sociales, à permettre un manque de considération envers les plus faibles et à renforcer le contrôle social. Et ce, même en l’absence de dialogue social.