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Des couches pour lutter contre la crise du sable

Au fait, as-tu déjà dit « merci » ?! Pour tout ce que le sable fait pour toi ? Ça commence dès le matin : le dentifrice est composé pour un bon tiers de poussière de sable. Le lavabo est en céramique, donc notamment en…

Article paru dans Édition juin 2025
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Au fait, as-tu déjà dit « merci » ?! Pour tout ce que le sable fait pour toi ? Ça commence dès le matin : le dentifrice est composé pour un bon tiers de poussière de sable. Le lavabo est en céramique, donc notamment en sable de quartz. L’eau – probablement filtrée et purifiée à l’aide de sable. Le robinet – peut-être fabriqué par moulage au sable et sablage. Le plastique est souvent rempli de sable. Et si la première chose que tu saisis n’est pas ta brosse à dents, mais ton smartphone : sans sable, pas de verre ni de puce électronique. Sans sable, pratiquement rien ne fonctionne dans ce monde. Ce matériau omniprésent devient alors rapidement une denrée rare : les grains minéraux utilisables, d’une taille comprise entre 0,06 et 2 millimètres, se font de plus en plus rares.

Peut-être est-ce une erreur de laisser les enfants jouer dans le bac à sable ? Quoi qu’il en soit, l’exploitation du sable devient une véritable obsession : aujourd’hui, les hommes déplacent deux fois plus de sédiments que tous les fleuves du monde réunis. L’industrie est relativement modérée en la matière, puisqu’elle consomme environ 400 millions de tonnes de sable industriel par an. Mais le secteur du bâtiment en consomme énormément : environ 200 tonnes de sable pour une maison individuelle, et pas moins de 30 000 tonnes pour un kilomètre d’autoroute. À titre d’estimation approximative, les deux tiers de toutes les constructions sont aujourd’hui en béton armé, qui est lui-même composé à deux tiers de sable. Chaque année, le béton, le mortier, les briques ou encore l’asphalte absorbent environ 50 milliards de tonnes de sable de construction. La Chine en consomme à elle seule environ 25 milliards, l’Inde environ 3,3 milliards. Un Luxembourgeois consomme en moyenne environ 7,5 tonnes de sable et de gravier : du bébé au vieillard, chacun l’équivalent d’un camion entier. En un an !

Le sable du désert est présent en abondance, sur 10 % de la surface terrestre. Mais les grains de sable du désert sont trop polis par le vent et trop uniformes : on ne peut pas en faire du béton. Le sable marin doit d’abord être débarrassé de son sel à l’aide de grandes quantités d’eau douce si l’on veut éviter que l’acier d’armature ne rouille. Mais cela reste tout de même bien moins coûteux que de devoir composer, à terre, avec les riverains, les contraintes environnementales et les défenseurs de la nature. La majeure partie du sable de construction est donc désormais extraite des fonds marins par aspiration. Le Luxembourg joue discrètement un rôle en coulisses : le groupe Jan De Nul, l’un des plus grands exploitants de dragues suceuses, a son siège fiscal à Capellen et compte parmi les membres de son conseil d’administration les anciens ministres de l’Économie du LSAP, Étienne Schneider et Jeannot Krecké. Le groupe, qui compte 95 dragues, plus de 8 000 employés et réalise un chiffre d’affaires de 4 milliards d’euros, s’appelle désormais « World Builders ». Cela peut paraître présomptueux, mais c’est vrai : les îles artificielles du golfe Persique et d’autres chantiers géants transforment notre planète.

Les gisements naturels appropriés au large de Dubaï étant épuisés, des milliers d’Australiens vivent désormais de la vente de sable aux Arabes. Les négociants en sable écossais profitent de la frénésie du béton en Arabie saoudite. Le prix de l’or fluctue, mais celui du sable ne cesse d’augmenter. L’indice des prix à la production américain « Construction Sand and Gravel » de la FED de Saint-Louis a plus que quintuplé depuis juin 1982, passant de 100 à 574 aujourd’hui. Les travaux de remblayage à Singapour ont fait grimper le prix du sable dans les pays voisins de 3 dollars à 190 dollars la tonne en l’espace de quelques années. (Avertissement : investir dans le sable ou dans d’autres banques peut entraîner une perte totale.)

L’organisation environnementale de l’ONU tente depuis déjà dix ans de faire comprendre que le sable n’est ni une ressource renouvelable, ni une ressource inépuisable. Des chercheurs, notamment à Genève et dans des universités belges, travaillent actuellement à l’élaboration d’un nouveau rapport de l’ONU intitulé « Sand and Sustainability ». Ce rapport ne sera certainement pas flatteur : la surexploitation du sable détruit des régions entières. Les amoncellements de gravats sur les plages sont néfastes pour les tortues marines, mais aussi pour la protection du littoral. La mafia indienne du sable n’hésite pas à marcher sur des cadavres. Lorsque des îles entières sont excavées, les frontières changent – et les États s’empiètent encore davantage les uns sur les autres qu’ils ne le font déjà.

On cherche tout de même des solutions. Le Danemark a instauré une taxe sur le sable marin. Une possibilité, d’un point de vue purement théorique, serait de construire moins, mais de manière plus raisonnable et plus durable. Il est plus réaliste de chercher des alternatives au sable : du béton avec des éclats de verre, des cendres issues de l’incinération des déchets, des scories ou du charbon végétal ? Des inventeurs japonais souhaitent remplacer une partie du sable de construction par de vieilles couches déchiquetées. En Namibie, un projet pilote consiste à agglomérer du sable du désert avec de la résine polyester pour former des blocs qui ressemblent à de grandes briques Lego. Cela accentue toutefois la concurrence pour le PET recyclé. Ce dernier deviendra alors la prochaine matière première rare : les déchets plastiques réutilisables.