BREAKING NEWS Lancement du nouveau site internet du Land S'abonner →
Feuilleton 4 min de lecture

Les bergers des abeilles

Au rucher-école de l’Union des apiculteurs du Canton d’Esch, à Berchem, on tente de rester stoïques au milieu des nuées d’ouvrières : il s’agit de rester concentrés, afin de suivre le cours dispensé par Andreas…

Article paru dans Édition juillet 2026
Partager l'article sur

Les bergers des abeilles

Au rucher-école de l’Union des apiculteurs du Canton d’Esch, à Berchem, on tente de rester stoïques au milieu des nuées d’ouvrières : il s’agit de rester concentrés, afin de suivre le cours dispensé par Andreas Reichart, conseiller apicole missionné par la Fédération des Unions d’Apiculteurs du Luxembourg (FUAL). L’abeille est un animal aussi fascinant que compréhensif : parmi la douzaine d’intrus en short présents ce jour-là, pas une seule piqûre ne sera à déplorer. Néanmoins, chez certains bipèdes la crainte subsiste. « On s’installe loin des agglomérations car les voisins se plaignent et ont peur, explique Paul Goedert, président de l’Union des apiculteurs du Canton d’Esch. Les gens ignorent beaucoup de choses à propos des abeilles, ils ne savent même pas les différencier des guêpes. Ce sont pourtant des animaux indispensables à l’homme, qui fabriquent des produits bénéfiques pour la santé et assurent la pollinisation : sans abeilles, pas ou peu de fruits ! ».

En cette chaude fin d’après-midi, plusieurs apiculteurs débutants ont fait le déplacement. Ils observent l’expert venu d’Allemagne marquer des reines avec un minuscule cercle numéroté. « L’important est de bien les tenir par le thorax » nous précise-t-il. La leçon du jour porte sur la création d’une « nucléi », une petite colonie servant à renouveler les ruches qui ne réussissent pas à passer l’hiver. Un sujet qui intéresse Sam et Thierry, deux éducateurs souhaitant relancer le rucher du Domaine de Limpach, un lieu de formation et de travail pour les personnes en situation de handicap mental, géré par l’APEMH. Nadine, qui a une ruche chez elle depuis quatre ans, aime « récolter un miel dont je connais la provenance et la qualité, qui n’est pas mélangé comme souvent celui de la grande distribution. Et puis j’ai déjà une vache et un verger : l’idée de favoriser un écosystème me paraît naturelle ».

Ces passionnés vendent parfois du miel, de la propolis ou de la gelée royale, mais les profits engrangés suffisent à peine à amortir les coûts liés à leurs ruches, nous explique-t-on. Une loi du ministère de l’Agriculture leur permet toutefois de se faire rembourser jusqu’à quarante pour cent de leurs dépenses : l’apiculteur amateur est un défenseur de la biodiversité. « Je le fais par humanisme et par amour de la nature, dont nous sommes un relais » déclare Ted, qui nous confie sa peine lorsque certaines de ses abeilles ont été décimées par le Varroa destructor ; cet acarien au nom de super-méchant Marvel est un véritable fléau pour l’abeille mellifère européenne.

Face à la menace, les apiculteurs luxembourgeois ont participé à un programme de sélection et d’insémination artificielle pratiqué sur les deux races locales (la Carnica et la Buckfast, un hybride créé par la main de l’homme) qui a permis d’obtenir des lignées plus résistantes au varroa. Roland Kremer, qui gère le rucher-école, aide parfois des confrères souhaitant s’approvisionner en nouvelles reines non issues de leurs propres colonies, comme Patrick : chez ce dernier, l’endogamie a fini par dégrader la santé de ses abeilles… et leur comportement. « Elles commençaient à devenir agressives et à faire des essaims partout, indique-t-il. Mais ça reste un plaisir : observer la vie d’une colonie est vraiment magique ».

Aujourd’hui, les pratiques sont amenées à changer. Avec l’arrivée précoce et brutale de températures élevées, les ruches au sud du Luxembourg ne donnent du miel qu’une seule fois par an, contre deux il y a encore vingt ans, nous explique-t-on. Un réchauffement qui pourrait nécessiter de se tourner vers des espèces plus adaptées à la chaleur. Certains installent des ruches sur d’autres territoires, où le printemps arrive plus tôt, pour effectuer une autre récolte en amont. Face au déclin des populations d’abeilles, dû aux maladies, au frelon asiatique ou au changement climatique, les apiculteurs amateurs luxembourgeois font rempart… parfois au sens propre : sur les ruchettes qui abritent les cellules royales renfermant une reine à naître, ceux-ci disposent des plaques en bois. Une solution de fortune pour protéger les abeilles de la vague de chaleur annoncée pour le lendemain. p