Les ministres et les groupes de pression patronaux aiment bien calculer combien l’État verse aux familles, aux chômeurs et aux pauvres. Ils ne calculent jamais combien il verse aux entrepreneurs. Cela pourrait attiser la jalousie des classes défavorisées et susciter des doutes quant à l’économie de marché et à l’esprit d’entreprise.
L’année prochaine, l’État devrait verser directement aux entreprises des subventions d’un montant de 2 224 343 008 euros. Cela représente une augmentation de 338 millions d’euros, soit 18 %, par rapport à 2025. Un doublement depuis 2019. Il s’agit du deuxième montant le plus élevé de l’histoire, sans qu’une crise aiguë n’ait nécessité une intervention de l’État.
Dans le projet de budget pour 2026, le « regroupement comptable des dépenses » classe le budget de l’État par catégories de dépenses (art. 656). Quatre d’entre elles regroupent les subventions directes aux entreprises : 31. Subventions de fonctionnement (1 456 millions), 32. Autres subventions directes (360 millions), 51. Transferts en capital (211 millions), 81. Prêts et participations (197 millions).
Au cours des 25 dernières années, les subventions directes accordées aux entreprises ont augmenté au même rythme que les dépenses publiques totales. Elles représentaient environ 7 %. Une exception s’est produite en 2021, lorsque ces subventions ont atteint 8,64 % dans le contexte de la crise du Covid. C’est surtout en 2008 que l’État a sauvé la BGL et la BIL à hauteur de 2,4 milliards d’euros. À l’époque, les subventions accordées aux entreprises représentaient plus d’un quart (26,23 %) de l’ensemble des dépenses publiques. C’était plus que pendant la crise de la sidérurgie (1983 : 22,36 %).
Les subventions publiques augmentent les bénéfices et réduisent le risque lié à l’investissement. Les entreprises qui promettent une diversification économique recevront 895,7 millions d’euros l’année prochaine. Les entreprises du secteur des technologies de l’information et de la communication bénéficieront d’une subvention de quatre millions. Certaines n’en recevront pas du tout.
L’État prend en charge les coûts salariaux des entreprises. Le ministère du Travail verse 13,7 millions pour les congés spéciaux prévus par la loi. L’emploi des personnes handicapées est subventionné à hauteur de 66,5 millions. Le ministère de l’Éducation prend en charge les coûts liés à la qualification de la main-d’œuvre : il finance l’apprentissage et la formation professionnelle en entreprise à hauteur respectivement de 44,3 et 29 millions d’euros.
Au lieu de créer des crèches publiques, le ministère de l’Éducation subventionne les crèches privées à hauteur de 294,8 millions, soit 31 millions de plus qu’en 2025. Les écoles privées reçoivent quant à elles 165,2 millions.
L’année prochaine, l’État prévoit de racheter 40 millions de quotas de CO₂, de reprendre 58 millions de dettes du Fonds Belval et de prendre une participation de 50 millions dans le capital d’entreprises. Il subventionne le fonds pour la construction de logements à hauteur de 55 millions et les bailleurs sociaux à hauteur de 33,8 millions. Le ministère de la Santé verse 61,7 millions aux médecins pour les gardes dans les hôpitaux.
L’État subventionne les secteurs qui, selon les critères de l’économie de marché, ne sont pas en mesure de répondre efficacement à la demande. C’est la CFL qui bénéficie des subventions directes les plus élevées pour le transport de passagers et de marchandises : 396,8 millions pour le réseau ferroviaire et 61,7 millions pour le réseau d’autobus, soit 33 millions de plus qu’en 2025. À cela s’ajoutent 208 millions au titre de la prise en charge des retraites des cheminots. Les compagnies d’autobus privées reçoivent 275,4 millions pour le transport régulier et 62,9 millions pour le transport scolaire. L’État ne finance pas le transport gratuit de passagers en tant que prestation de service. Il le comptabilise comme une subvention aux frais d’exploitation.
La société aéroportuaire bénéficie d’une subvention de 49,9 millions. Le gestionnaire du réseau électrique Creos reçoit pour la première fois 150 millions, tandis que les éditeurs de journaux et les sites web se voient attribuer 12,3 millions. Le groupe Bertelsmann reçoit 16,5 millions pour la chaîne de télévision locale et sa participation au Concours Eurovision de la chanson.
Mais les aides les plus généreuses sont les allègements fiscaux. En 1986, le taux de l’impôt sur les sociétés s’élevait à 40 %. Aujourd’hui, il est de 16 %. Les plafonds de revenus donnant droit à des taux d’imposition réduits ont été relevés, les possibilités d’amortissement élargies et l’assiette fiscale réduite. Les pertes fiscales ainsi engendrées sont redistribuées du bas vers le haut. Elles n’apparaissent pas dans les statistiques.