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Société 4 min de lecture

pouvoir public

CONVERSATION FORTUITE AVEC L'HOMME DANS LE TRAIN

Article paru dans Édition novembre 2024
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Il y a 40 ans a commencé la redistribution brutale du bas vers le haut, la bataille finale de la Guerre froide. Cela a nécessité une autorité étatique résolue. Des campagnes de terreur ont eu lieu en Italie, en Allemagne, en France et en Belgique. Elles ont intimidé des sociétés qui, depuis 1968, étaient devenues plus permissives. Parfois, les appareils de sécurité de l’État ont été démasqués comme étant les véritables manipulateurs.

Dans ce pays, vingt attentats à la bombe ont été perpétrés entre 1984 et 1986. Dans le pays de la Tripartite, la lutte des classes était plus modérée : les attentats à la bombe faisaient moins de victimes. Ils visaient des biens immobiliers, l’État. On ne devait pas les qualifier de terrorisme. L’enquête a été sabotée pendant vingt ans. Par la gendarmerie, la police, les services secrets, la justice… et les ministres de la Justice.

La justice n’est pas élue. Elle repose sur la confiance. Pour que ses jugements soient acceptés. Elle s’est retrouvée en conflit avec la raison d’État. Elle craignait pour sa crédibilité. « Commencez par les excès de vitesse ! », hurlaient les automobilistes lors des contrôles de police.

Au bout de 30 ans, un procès s’est enfin ouvert. La justice a inculpé deux gendarmes de la brigade mobile. Elle comptait appâter les gros poissons avec des petits. Elle a « pêché » pendant 175 audiences. Puis le procès a tourné en rond et a été suspendu. Afin de poursuivre l’enquête. Pour attendre le décès des suspects.

Le 24 juillet 2019 était un mercredi. C’était le jour où la justice s’est rapprochée de la vérité comme jamais auparavant. Comme peut-être jamais plus. Le parquet s’est appuyé sur 103 nouveaux rapports d’enquête. Il a annoncé : « Cinq anciens dirigeants de la Gendarmerie grand-ducale ont été mis en cause en tant que coauteurs ou complices des attentats. » La campagne terroriste « n’a été rendue possible que grâce à leur protection, leurs conseils et leur direction ». Le parquet a déclaré sans détour : l’appareil de sécurité de l’État était à l’origine de la vague terroriste des années 80.

Mais le code de procédure pénale exige que la responsabilité soit attribuée à des personnes spécifiques. Depuis 40 ans, tout le monde garde le silence. Le parquet voulait inculper l’ancien commandant de la brigade mobile. Le juge d’instruction s’y est opposé dès le début. Personne n’attrape Arsène Lupin.

La vérité s’éloigne à nouveau. Première instance : la chambre du conseil du tribunal d’arrondissement rejette l’accusation de « co-auteur/complice » portée contre l’ancienne responsable de la gendarmerie (21 février 2024). Elle ne lui reproche plus que l’entrave à la justice et le faux témoignage.

Deuxième instance : la semaine dernière, la chambre du conseil de la cour d’appel a également rejeté le chef d’accusation d’entrave à la justice (28 octobre 2024). Le reste est un trou de mémoire.

La justice a fait preuve d’indépendance. La raison d’État reprend le dessus. Peut-être que le procès reprendra à zéro avec de nouvelles juges et de nouveaux avocats. Peut-être que cela n’a plus d’importance.

La redistribution brutale se poursuit. La Guerre froide a repris de plus belle. Le 11 septembre, le changement climatique et la Covid ont intimidé les sociétés européennes. Le pouvoir d’État n’a plus besoin de soutien clandestin. Les veaux les plus stupides choisissent eux-mêmes leur boucher : ils votent à 10 %, voire 20 %, pour des partis autoritaires, voire fascistes. Le nationalisme et le racisme remplacent les pièges et les Luxite.

Dans les pays voisins et au Parlement européen, de nouvelles alliances voient le jour : les conservateurs s’allient aux extrémistes de droite. Afin de garantir la compétitivité des rendements, malgré la guerre en Ukraine, les guerres commerciales et le réchauffement climatique. Contre les syndicats, les immigrés, les plus démunis.

Les extrémistes de droite ne sont pas au pouvoir partout. Dans ce cas, ils participent au gouvernement en coulisses. L’ADR n’a pas besoin d’un ministre de la Police. Le CSV lui en met un à disposition. C’est pourquoi le ministre de la Police n’a pas besoin d’un poseur de bombes.