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Société 4 min de lecture

Politique des prix

CONVERSATION FORTUITE AVEC L'HOMME DANS LE TRAIN

Article paru dans Édition octobre 2024
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Il y a un an, des élections à la Chambre ont eu lieu. La petite bourgeoisie habituelle, composée d’avocats et de hautes fonctionnaires, a continué à gérer les affaires de l’État. Désormais, ce sont des élus locaux, allant des chrétiens-sociaux aux libéraux, qui occupent ces fonctions.

Dans ce pays, la gestion des affaires publiques ne requiert pas beaucoup d’habileté. Les propriétaires de banques, de fonds d’investissement et de sociétés écrans versent suffisamment d’impôt sur les sociétés, de redevance audiovisuelle et de TVA. Ils s’assurent ainsi la tranquillité dans leur paradis fiscal.

Dans les années 80, les possédants ont lancé une contre-offensive à l’échelle internationale. Les gouvernements et les parlements leur ont donné satisfaction en menant une politique axée sur l’offre : le déchaînement de l’appropriation de la plus-value. Au détriment des salariés et des clients. Dans notre pays, la politique économique est axée sur l’offre dans les domaines prioritaires. Dans les domaines secondaires, elle est également axée sur la demande, en tenant compte de l’électorat.

Les baisses d’impôts sont axées sur l’offre : « Notre modèle repose donc sur le principe selon lequel une baisse des impôts stimule l’activité » (Luc Frieden, Radio 100,7, 20 juin 2023). La déréglementation est axée sur l’offre : « La charge administrative pesant sur les entreprises doit être allégée » (déclaration du gouvernement, 22 novembre 2023). La privatisation s’inscrit dans une logique axée sur l’offre : la « promotion accrue des deuxième et troisième piliers de la prévoyance vieillesse » (accord de coalition, p. 101).

La gestion de crise du CSV et du DP est elle aussi axée sur l’offre. Ils s’y sont essayés à deux reprises : après l’éclatement de la bulle immobilière, puis après la faillite de Caritas.

Lorsque la Banque centrale européenne a relevé ses taux d’intérêt, la demande et les prix des logements ont baissé. Le gouvernement disposait de plusieurs options : il aurait pu laisser les lois du marché rétablir un nouvel équilibre entre l’offre et la demande. Il aurait pu, comme pendant la pandémie de coronavirus, suspendre les lois du marché. Il aurait pu partir du point de vue des personnes à la recherche d’un logement, c’est-à-dire de la demande.

Elle privilégiait l’économie de l’offre. Elle souhaitait subventionner les offres de prix excessives afin d’éviter une dépréciation des garanties hypothécaires des banques, ainsi que celle du patrimoine immobilier des grands promoteurs immobiliers et des économies investies dans des immeubles de rapport.

Le gouvernement a justifié cette politique par la protection des entreprises de construction et des ouvriers du bâtiment. La semaine dernière, la Chambre de commerce a déclaré à ce sujet : « [L]’impulsion publique […] ne semble pas avoir été une réponse à même de débloquer la situation » (Idea, Décryptages n° 37).

Peu après, un membre de la direction a vidé les comptes de Caritas, engendreant des dettes se chiffrant en millions. Aujourd’hui, l’organisation caritative catholique est en faillite. Le gouvernement est intervenu. Il a bloqué certaines options : les employés et les bénéficiaires auraient pu poursuivre l’activité de Caritas de leur propre initiative. Les ministères de la Famille et de l’Éducation auraient pu reprendre les activités de Caritas. Ce sont eux qui les financent de toute façon. D’autres organisations caritatives étaient intéressées.

Le tarif journalier de Price Waterhouse Coopers dépasse le produit national brut d’un village soudanais. Le Premier ministre Luc Frieden a commandé une nouvelle Caritas à ces consultants en gestion. Ceux-ci lui ont livré un deuxième Cercle Munster.

L’action sociale chrétienne est désormais entre les mains de la grande bourgeoisie conservatrice. Elle contribue davantage à créer la pauvreté qu’à l’éradiquer : Arbed, Lalux, Foyer, Brasserie Nationale, Arendt & Medernach. Dans un premier temps, elle a cherché à mettre au pas les assistantes sociales, les soignants et les éducateurs de Caritas. En s’appuyant sur le concept de « greater People centricity » de Price Waterhouse Coopers, « afin de garantir la mise en œuvre du changement et l’exécution de la stratégie » (pwc.lu).

L’orientation vers l’offre n’est pas une théorie économique. C’est un rapport de force.