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Société 4 min de lecture

mesquinerie

CONVERSATION FORTUITE AVEC L'HOMME DANS LE TRAIN

Article paru dans Édition janvier 2025
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« Pourquoi, depuis des semaines, ces cris d’angoisse face au fascisme ? Et pourquoi ces avertissements prophétiques ? […] Et d’ailleurs, malheureusement, aurait-on envie de dire, où trouve-t-on chez nous le moindre signe d’un danger fasciste ? » (Luxemburger Wort, 22 avril 1933).

La semaine dernière, huit jeunes responsables politiques du CSV, du DP, du LSAP et des Verts ont rédigé une lettre ouverte. Ils ont ainsi attiré l’attention sur eux-mêmes et sur leurs préoccupations : « Les démocraties occidentales sont de plus en plus menacées, les partis populistes et d’extrême droite gagnant du terrain dans le monde entier. »

Ils ont écrit au président de la Chambre et au Premier ministre. Il est nécessaire de résister à cette menace, de protéger et de renforcer les libertés : « Un aspect important est la réglementation des réseaux sociaux et des autres plateformes en ligne. » Il est également recommandé de mettre en place une éducation aux médias et de renforcer la participation citoyenne.

Alex Bodry, ancien homme politique et conseiller d’État du LSAP, partage ces mêmes préoccupations. Il conseille : « Protéger durablement l’indépendance (sic) de la justice et préserver le pluralisme des médias, voilà deux priorités absolues dans la lutte contre l’illibéralisme ambiant en Europe » (Le Luxembourg, son régime politique et ses institutions, Luxembourg, 2024, p. 325).

Leur inquiétude face à Trump, Milei, Meloni, Orbán, Le Pen, Weidel et Kickl est compréhensible. Vous avez le courage de dénoncer les symptômes : les mensonges sur Facebook, X, TikTok. Mais seul le fait de s’attaquer aux causes permettrait de lutter efficacement contre cette fascisation qui s’accélère.

Parmi celles-ci figurent la libéralisation mondiale des forces du marché, la compétitivité, la privatisation, la financiarisation, le dumping fiscal et le démantèlement de l’État-providence. Une minorité aisée en a profité. Elle a fait croire à ses victimes : « Il n’y en a pas assez pour tout le monde. » Il n’y a pas assez d’emplois, d’allocations familiales, de logements, ni de compassion pour tout le monde. Le bateau est plein. Certains, dépourvus de pouvoir, répercutent la pression venant d’en haut vers le bas. Sur ceux qui sont encore plus démunis, encore plus pauvres, ceux qui sont arrivés plus tard.

« De telles conditions semblent loin de nous », écrivent ces jeunes responsables politiques. « [L]e Luxembourg semblait à l’abri de la tentation du populisme », estime Alex Bodry. Cette particularité locale semble paradoxale : les causes du succès économique local sont aussi celles de la montée du fascisme à l’échelle mondiale.

La valeur ajoutée générée par les paradis fiscaux évite le démantèlement de l’État-providence. Sa pérennité empêche la faillite de la social-démocratie en tant que parti de la classe ouvrière. Beaucoup de ceux qui sont les plus aigris n’ont pas le droit de vote aux élections locales. Au lieu de voter pour l’ADR, ils votent pour Le Pen, l’AfD – chez eux. Luxembourg exporte l’extrémisme de droite comme les gaz d’échappement des moteurs diesel et les jambes de fumeurs.

La politique de la bassesse n’est pas étrangère à ce pays. Elle ne défile pas en bottes militaires. Elle se pavane dans la Groussgaass, vêtue d’un manteau en cachemire. Elle n’est pas le contraire de la politique d’extrême droite. Elle en est la « drogue d’initiation », le moindre mal : la criminalisation des mendiantes et des sans-abri, le harcèlement des demandeurs d’asile, l’exploitation des frontalières, la ségrégation sociale dans les écoles, l’affaiblissement des syndicats, la politique climatique laxiste, la militarisation galopante.

La mesquinerie bourgeoise alimente les ressentiments. Elle trouve toujours un écho. Lorsque la prochaine crise menace. Lorsque l’Union européenne continue de glisser vers la droite. Lorsque les États-Unis imposent des droits de douane punitifs. Lorsque les lobbies patronaux déclarent que la démocratie nuit aux affaires.

« Les peuples finissent par réagir par la violence face à un mal que sont, par nature, le libéralisme et le socialisme. Et il n’y a là aucun mal. […] Un peu de fascisme – bien compris – ne serait absolument pas un mal » (Luxemburger Wort, 22 avril 1933).