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Société 4 min de lecture

Mummenschanz

CONVERSATION FORTUITE AVEC L'HOMME DANS LE TRAIN

Article paru dans Édition octobre 2024
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L’année prochaine, l’État, les communes et la sécurité sociale percevront 42,6 milliards d’euros. Leurs dépenses s’élèveront à 43,2 milliards (budget pluriannuel 2025-2028, p. 17). Cela représente la moitié du produit intérieur brut, qui s’élève à 87,7 milliards. Dans les pays voisins, la part des dépenses publiques est plus élevée.

L’économie de marché est à moitié nationalisée : un euro sur deux généré transite par les caisses publiques, afin d’assurer la reproduction sociale et économique. Personne ne remet sérieusement cela en cause. Ni les partis au pouvoir, ni ceux de l’opposition, ni les lobbies patronaux, ni les syndicats.

Seule la redistribution fait l’objet d’une lutte sans fin : qui paie, qui reçoit ? Le néolibéralisme diabolise les déficits publics et leur financement par l’émission d’obligations. Il impose des contraintes brutales. Comme la dévaluation de 1982, les critères de Maastricht de 1992, le pacte budgétaire européen de 2012. Ces contraintes visent à répercuter les richesses du bas vers le haut.

Luc Frieden a été ministre du Budget pendant 15 ans. Il était censé incarner le « faucon du déficit » néolibéral. Au lieu de cela, la dette publique est passée, pendant son mandat, de 692 à 9 543 millions. En 2012, Moody’s a abaissé sa note à « Aaa avec perspective négative ».

Gilles Roth a tiré les leçons de l’échec de Luc Frieden. Il se moque de l’équilibre budgétaire. Il prévoit délibérément des déficits publics et un endettement – jusqu’à la fin de la législature. De toute façon, la marge d’erreur est importante : le budget pluriannuel estimait le déficit budgétaire de cette année à 1 910 millions en mars (p. 20), puis à 1 421 millions en octobre (p. 11). Exploiter les assiettes fiscales d’autres pays permet de se créer une marge de manœuvre.

Le mot magique du ministre des Finances, c’est « l’effet de ciseaux ». Il y a un an, la ministre des Finances du DP, Yuriko Backes, ne laissait entrevoir « aucune perspective encourageante ». Or, il y aurait désormais « un revirement de tendance clair » – un « effet de ciseaux positif ». C’est ce qu’il a expliqué au Parlement dans son discours sur le budget (9 octobre).

Cette expression maladroite veut dire : si le budget était une paire de ciseaux, l’angle entre ses lames serait plus aigu. Lorsque les recettes augmentent plus vite que les dépenses. La disparition du déficit n’est pas à l’ordre du jour. Malgré une croissance plus forte, des taux d’intérêt plus bas et une inflation plus faible. Que l’opposition appelle donc à l’austérité ! L’électorat lui fera bien payer. Comme en 2014 avec le « Zukunftspak ».

Le gouvernement préfère promettre un « paquet d’allègements ». Il n’appelle personne à se serrer la ceinture. Au contraire, il invite tout le monde à la desserrer : il réduit les recettes fiscales de 421 millions. Le prix de l’électricité continuera d’être subventionné à hauteur de 171 millions d’euros (projet de loi n° 8428). Ces deux mesures soulagent les électeurs et freinent les coûts salariaux des entrepreneurs. Le déficit s’élève ainsi à 1 288 millions d’euros.

La redistribution du bas vers le haut fonctionne mieux lorsqu’elle passe inaperçue. La dotation du Fonds d’équipement militaire coûte 130 millions de plus. L’augmentation des accises sur les cigarettes rapporte 126,5 millions de plus. Les frontaliers et les voyageurs de passage fument pour l’industrie de l’armement.

Le ministre des Finances présente cette redistribution notable comme équilibrée. Il vante les mérites d’une « politique financière sociale rigoureuse et durable du centre ». Il souhaite minimiser les débats autour de la redistribution. Il promet à son électorat : « Le principe “plus de net sur le brut” reste d’actualité. Surtout pour la classe moyenne dans son ensemble. » Les classes aisées devraient se réjouir d’un « budget pour une économie compétitive et une place financière saine ». Aux classes défavorisées, il promet, grâce à l’allocation de vie chère et à la prime énergétique, « un Luxembourg inclusif offrant des chances équitables à tous » (9 octobre).

Le budget prévoit que l’État emprunte 1 250 millions. Un tiers de cette somme servira à financer des baisses d’impôts. L’orthodoxie budgétaire n’était qu’une mascarade.