Esprit Saint, viens en moi, inspire-moi, comble-moi de joie, enflamme-moi et fais en sorte que cette chronique s’écrive toute seule, car je ne m’y connais malheureusement pas encore très bien en IA ! Elle s’écrit comme guidée par une main invisible. Comme par magie. C’est ainsi que se sont écrites les Saintes Écritures : les apôtres se sont assis, l’Esprit est descendu sur eux et les paroles jaillissaient d’eux comme un torrent. Auparavant, c’était Dieu qui avait parlé à travers eux, dans de multiples langues même, et tout était merveilleusement clair pour tous ceux qui les écoutaient. Cela venait de Dieu. C’était à propos de Dieu. Ce miracle de la Pentecôte leur est apparu. À ceux qui étaient proches et à ceux qui étaient lointains. Un grand mystère, disait le curé pendant le cours de religion, si empreint de mystère. Ces simples pêcheurs ont écrit un best-seller mondial. Dans lequel figurent des phrases prodigieuses telles que « L’Esprit de Dieu planait au-dessus des eaux », des phrases qui font battre le cœur, devant lesquelles on ne peut que se taire et s’incliner. Les pêcheurs. En collaboration avec le Saint-Esprit. Celui avec la colombe ? Dans la colombe ?
Et voilà, c’est le week-end de la Pentecôte et tout le monde part en voyage, à cause de fêtes que plus personne ne connaît, sauf quelques excentriques, mais ce n’est pas grave, ces généreuses fêtes chrétiennes méconnues sont quand même sympas, tout le monde en profite. Et ce serait bien si on pouvait aussi profiter de toutes les autres fêtes religieuses, y compris les fêtes athées, sur un pied d’égalité. Mais de toute façon, on les célèbre tout le temps.
C’est le week-end de la Pentecôte, la plus belle période de l’année, quand les pivoines éclatent, ces vraies pivoines luxuriantes des jardins paysans, avec leur parfum profond et sombre, et que les « fesses de grand-mère » flottent comme des ballons juteux au-dessus de la verdure. Mais ces fesses de grand-mères n’existent plus du tout, ces grand-mères penchées sur la Terre Mère n’existent plus du tout, ces grand-mères qui, entre la cuisine et l’église, ratissaient et désherbaient n’existent plus du tout, elles ne sont que des souvenirs ; ces grands-mères trônent bien sûr dans les avions, comme tous ceux qui ne rampent pas dans la poussière à la sueur de leur front, ni ne sont cloués à un lit, ni ne collent à l’asphalte par idéalisme. Au-dessus desquelles filent ces engins volants, plus personne n’éprouve la moindre honte de prendre l’avion, les sermons enflammés de Greta se sont évanouis et, de toute façon, tout le monde trouve qu’il fait froid.
Et dans les magazines, on trouve des mini-rubriques d’information sur ces fêtes, voire une page entière, accompagnées d’une image aux couleurs chatoyantes des vitraux d’église. Avec une colombe et des petites flammes au-dessus de bouches et d’yeux grands ouverts d’extase. Mais qu’est-ce que c’est donc, cette Pentecôte ? Un Noël, avec l’Enfant Jésus et la crèche, ça, on peut encore le représenter, c’est encore imaginable : l’Enfant dans la paille, la mère éternelle, le bon père qui n’est pas le vrai, comme dans la vraie vie. Une Pâques comme ça, avec les paumes transpercées, le dos des pieds nobles transpercés, c’est plastique et saisissant, on peut s’en servir. Mais l’Esprit. Qui y croit encore ? L’intelligence, oui, l’intellect, oui. Mais l’Esprit ?
En 2021, dans un sondage réalisé par le journal luxembourgeois « Le Wort », un cinquième des participants déclarait encore célébrer la Pentecôte de manière religieuse. Avec des enfants, selon les conseils d’un site web catholique, on peut bricoler des colombes en papier pour rendre tangible la notion du Saint-Esprit. « Force divine invisible » : le magazine *Der Spiegel* s’efforce de l’apprivoiser. Et, à maintes reprises, nous rencontrons à la télévision un homme de Dieu qui s’efforce sincèrement de nous expliquer la Pentecôte : des messages de Dieu en langage simple.
« C’est le Saint-Esprit ! », tentent d’expliquer les derniers « étranges » aux rares personnes qui ont encore l’idée de demander d’où viennent ces jours merveilleux qui leur tombent du ciel tout droit dans les bras. Puis ils se taisent, désemparés. « Regarde ça ! », disent-ils à leurs descendants curieux, à qui ils voulaient épargner tout cela : l’Immaculée, la couronne d’épines, le feu et la damnation. Certes, ceux-ci ont un faible pour les thrillers d’horreur et l’apocalypse, et de temps à autre, ils rêvent de se faire baptiser. Mais il y a toujours autre chose à faire. Tiens, oh, ma chronique est terminée. Eh bien, ça alors !