La semaine prochaine, l’OGBL et le LCGB organisent un rassemblement de protestation dans la capitale. Leurs tracts lancent cet appel : « Contre cette politique gouvernementale ! »
Le front syndical avait annoncé cette manifestation il y a déjà cinq mois, avec pour slogan : « Empêchez-moi d’agir, sinon il y aura des conséquences ! » Le gouvernement ne l’a pas empêché. Le totem de la paix sociale, le dialogue social en tant que rituel d’apaisement, a fait son temps. Avant même la manifestation, le Premier ministre avait annoncé un relèvement de l’âge effectif de départ à la retraite. Le front syndical dispose désormais d’un slogan convaincant.
Le corporatisme de la CGFP et du LCGB entrave leur collaboration. À elle seule, la CGFP milite « pour un véritable dialogue social ». L’OGBL et le LCGB ont également invité des organisations de défense de l’environnement, des migrants et des femmes. Certaines hésitent.
« La croissance prodigieuse de ces 30 dernières années – avec des taux de croissance du PIB et de l’emploi dépassant les trois pour cent par an – appartient désormais au passé », déplore le président de l’Union des employeurs luxembourgeois (UEL) : « [L]’économie s’effondre sans faire de bruit » (Luxemburger Wort, 14 juin 2025).
Parce que les dirigeants sont dépassés ? Que les entrepreneurs sont incompétents ? Qu’ils prélèvent trop de dividendes au détriment des investissements ? Michel Reckinger reste muet sur ce sujet. Il appelle à la lutte des classes. Il ordonne aux membres du gouvernement : « [L]es réformes structurelles doivent notamment concerner le socle social des entreprises, avec le droit du travail et les régimes de protection sociale. »
Après la crise bancaire, la pandémie de Covid, l’invasion de l’Ukraine et la prise de pouvoir aux États-Unis, un nouveau régime d’accumulation prend forme à l’échelle internationale. Comme dans d’autres pays, ce régime menace ici aussi de devenir protectionniste, antidémocratique, néfaste pour le climat et belliqueux. L’UEL a mis fin au compromis social. L’objectif est de réduire les coûts et d’accroître la disponibilité de la main-d’œuvre. L’extensification du travail – parallèlement à son intensification par le travail intellectuel automatisé. Il reste à déterminer quels secteurs en profiteraient le plus : l’artisanat de Michel Reckinger, l’industrie, le commerce de détail, la restauration, les guichets bancaires, le secteur du bâtiment, l’industrie des fonds, l’évasion fiscale, l’agriculture ? Les bénéficiaires seraient faciles à prévoir.
Luc Frieden, PDG du gouvernement et président du CSV, veut remettre les choses en ordre. En collaboration avec le DP, le parti historique des entrepreneurs. Pour commencer, il s’agit de prolonger la durée de la vie active, de permettre le travail le dimanche et d’assouplir les horaires d’ouverture des magasins, sous prétexte de contourner le système des conventions collectives. Le tout accompagné d’une restriction préventive de la liberté de manifestation. La militarisation de la société vise un ennemi extérieur. Mais elle a toujours besoin d’un ennemi intérieur : les syndicats, les partis de gauche et, depuis peu, les militantes pour le climat.
Avant même l’effondrement écologique, le président de l’UEL prédit celui de l’économie. Peut-être a-t-il raison. Peut-être cherche-t-il à semer la panique. Les comptes nationaux gardent secrète, au titre de secret d’État, la part des bénéfices dans la valeur ajoutée nette.
Dans de nombreux endroits, on cherche à stabiliser les rapports de force et de propriété en vigueur par des moyens autoritaires. Les nationalistes conservateurs, les semi-fascistes et les fascistes y contribuent avec enthousiasme. Dans notre pays, grâce au paradis fiscal, la dette publique reste faible. Les partis et les institutions peuvent ainsi continuer à remplir leur mission.
Le gouvernement et les patrons s’engagent dans une épreuve de force. Luc Frieden a convoqué une réunion tripartite le 9 juillet. Une réunion qui ne doit pas porter ce nom. Le gouvernement mise sur l’échec de la manifestation. Pour que les syndicats se présentent humiliés et affaiblis. Le gouvernement et l’UEL pourront alors passer à la vitesse supérieure.
C’est le 28 juin que se jouera la situation économique et politique des prochaines années. Ce rassemblement marquera le moment décisif de la législature : « And I must face the man who hates me / […] Do not forsake me oh my darling. »