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Feuilleton 3 min de lecture

La transformation de l'université en une scène événementielle

« La recherche menée au C²DH est de grande qualité, ambitieuse et tournée vers l’avenir » : ce n’est là qu’une des nombreuses phrases génériques et vides de sens tirées du rapport d’évaluation récemment publié sur les…

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« La recherche menée au C²DH est de grande qualité, ambitieuse et tournée vers l’avenir » : ce n’est là qu’une des nombreuses phrases génériques et vides de sens tirées du rapport d’évaluation récemment publié sur les travaux du Centre luxembourgeois d’histoire contemporaine et numérique. Ce rapport, rédigé par le groupe Technopolis, soulève davantage de questions qu’il n’apporte de réponses. Interrogé à ce sujet, le ministère de l’Enseignement supérieur, dirigé par le DP, n’a pas souhaité préciser le montant alloué à cette évaluation. Des professeurs des universités d’Utrecht, d’Essex et de Francfort-sur-l’Oder ont participé à cette évaluation.

Le fait que l’évaluation n’ait pas été menée de manière systématique afin de recenser et d’apprécier le travail au sein de l’institut ressort particulièrement clairement des dernières pages du rapport : Il y est recommandé de définir à l’avenir la notion de « réussite » des projets de recherche – c’est-à-dire de proposer une définition qui permettrait d’établir un indicateur d’évaluation de l’impact de la recherche. Quelques lignes plus loin, on affirme toutefois qu’il existe des « preuves impressionnantes d’un impact sociétal ». À aucun moment la méthode d’évaluation n’est divulguée – à l’exception d’une visite des professeurs chargés de l’évaluation à Belval, d’une table ronde ainsi que d’une « auto-évaluation » transmise aux pairs évaluateurs par le C²DH. Le rapport tombe dans l’absurde lorsqu’il indique que la recherche au C²DH « comporte des risques élevés » : les chercheurs risquent-ils réellement leur intégrité physique, ou s’agit-il d’une gestion financière risquée ? Les auteurs n’apportent aucune réponse à cette question. « Pour donner un aperçu de l’ampleur des travaux de recherche de l’institut, on aurait pu indiquer le nombre de publications (articles évalués par des pairs, monographies) ; pour illustrer l’impact sociétal, on aurait pu mentionner le nombre d’enseignants et d’élèves avec lesquels des contacts ont été établis (par exemple lors d’ateliers). » On peut néanmoins déduire ici et là du rapport que des projets remarquables ont été lancés au sein du centre – tels que le Journal of Digital History ainsi que le développement de logiciels et de supports pédagogiques (Ranke.2 et Impresso)

L’évaluation porte sur les années 2018 à 2023 (le centre a été fondé en 2017). Vers la fin de cette période, l’institut employait 46 personnes, dont cinq professeurs titulaires, deux professeurs associés, six professeurs assistants, 27 post-doctorants et six collaborateurs de recherche. Pour l’année 2023, le centre a reçu près de sept millions d’euros de la part de l’État ; en 2018, ce montant était nettement inférieur, à savoir 4,3 millions. Une fraction de ces fonds provient de l’« industrie » et d’« associations ». À cet égard, il aurait été utile de préciser s’il s’agissait de travaux réalisés sur commande et quelles mesures avaient été prises pour ne pas restreindre la recherche universitaire. Il ressort du rapport qu’aucun des chercheurs n’a réussi à obtenir une bourse de recherche Marie-Skłodowska-Curie de l’UE, généralement très bien rémunérée. Il semble également que l’institut n’ait jusqu’à présent pas participé au programme de financement Horizon UE.

D’une certaine manière, ce rapport est irrespectueux envers les chercheuses et chercheurs du C²DH, car il en ressort que l’on ne s’est pas sérieusement penché sur les travaux de l’institut. Au lieu de cela, le document se termine par quelques phrases d’encouragement qui s’inscrivent davantage dans une logique de « spectacle » du débat public que dans une objectivité académique : le centre serait bientôt « à la pointe mondiale » dans son domaine, et l’université devrait en être « fière ».