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Société 4 min de lecture

La mission

CONVERSATION FORTUITE AVEC L'HOMME DANS LE TRAIN

Article paru dans Édition février 2024
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La note « triple A » atteste à quel point un gouvernement satisfait les plus fortunés. Cela limite la marge de manœuvre des dirigeants. Le charisme, le sens politique et la compétence deviennent superflus. L’équipe gouvernementale du CSV se compose simplement des premiers élus de chaque circonscription.

Le Premier ministre Luc Frieden souhaite gouverner « comme le patron d’une entreprise » (RTL, 1er janvier 2024). Il n’a pourtant jamais été à la tête d’une entreprise. Il a siégé dans des conseils d’administration. Pendant la campagne électorale, Elisabeth Margue devait paraître jeune à ses côtés. Ses efforts ont été récompensés par le ministère de la Justice. À la table du gouvernement, elle a en face d’elle la ministre de l’Agriculture, Martine Hansen. C’est elle qui avait livré Margue à la justice pour renverser le président du parti. Le ministre des Finances, Gilles Roth, l’avait aidée dans cette démarche. Il occupe ce poste depuis 2013. Le ministre de l’Environnement est censé faire une pause. Serge Wilmes en est passé maître. Le ministre de l’Intérieur, Léon Gloden, a le flair politique d’un Luc Frieden. Le ministre du Travail, Georges Mischo, dispose d’une voiture de fonction avec chauffeur.

La ministre des Affaires sociales, Martine Deprez, fait exception. Elle n’a pas été élue pour la première fois. Elle ne s’est pas présentée aux élections. Elle a néanmoins intégré le gouvernement. Parce qu’elle a une mission à accomplir.

Cette mission vise à garantir des finances publiques, des retraites et une protection sociale durables pour toutes les générations. La brochure électorale de la Chambre de commerce a été publiée en février 2023. En février 2023, le président de la Chambre de commerce, M. Frieden, est devenu le candidat tête de liste du CSV.

« Une réforme du système de retraite devra être mise en œuvre dès le début de la législature, soit en 2024 », a exigé la Chambre de commerce (p. 30). « Les discussions débuteront au printemps », a annoncé Martine Deprez (Land, 5 janvier 2024). Le programme électoral du CSV avait pourtant rassuré : « Il y a ici un besoin d’action à long terme » (p. 15).

La Chambre de commerce a demandé : « Favoriser la constitution de pensions complémentaires pour les salariés qui le souhaitent en relevant les plafonds de cotisation des 2e et 3e piliers » (p. 31). L’accord de coalition annonce (p. 101) : « [U]ne promotion accrue des deuxième et troisième piliers de prévoyance vieillesse sera étudiée, notamment par une amélioration des allègements fiscaux. »

Les « talents » les mieux rémunérés bénéficient, en plus de leur voiture de fonction, d’une retraite complémentaire d’entreprise. Depuis des années, les épargnants placent leur argent excédentaire dans des régimes de retraite complémentaires privés. Les fonctionnaires, les cadres intermédiaires et les indépendants peuvent se livrer à de l’« ingénierie fiscale » chez eux, à l’instar des GAFAM. Grâce à des assurances-vie fiscalement avantageuses, des contrats d’épargne-logement et des régimes de retraite complémentaires privés. Aux dépens des autres contribuables.

La plupart des gens ont peur des mathématiques. Ils considèrent la ministre des Affaires sociales comme compétente. Parce qu’elle est mathématicienne. En matière de retraites, les mathématiques consistent en des calculs actuariels. Dans le cadre de l’assurance obligatoire, ces calculs actuariels reposent sur des prévisions démographiques. Celles-ci s’apparentent davantage à l’astrologie qu’à l’astronomie. Le Premier ministre du CSV, Jean-Claude Juncker, avait prédit le 7 mai 1997 l’arrivée d’un « mur des retraites » : « Ce mur nous attend le 1er janvier 2015. »

L’assurance retraite obligatoire perçoit chaque année sept milliards d’euros de cotisations. Si les banques et les compagnies d’assurance pouvaient en détourner quelques milliards, elles pourraient faire de belles affaires. La crainte d’un nouveau « mur des retraites » contribue à accélérer la réduction des prestations de l’assurance retraite obligatoire. Et permet ainsi d’attirer de nouveaux clients vers les banques et les compagnies d’assurance pour des retraites complémentaires.

En 1999, le DP voulait aller plus loin. Avec la « mise en place d’un système par capitalisation » (cf. Allianz mam Bierger, p. 53). L’aboutissement aurait été le rêve américain des fonds de pension commerciaux. La retraite légale offerte en cadeau au secteur des fonds d’investissement.

Le CSV et le DP s’aventurent désormais à faire de petits pas. Martine Deprez est censée incarner une nouvelle Marie-Josée Jacobs : âge indéterminé, coupe de cheveux indéterminée, terre-à-terre, dynamique, « bien dans la vie ». Une vaillante chrétienne-sociale doit inspirer confiance dans la mission de la Chambre de commerce.