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Société 4 min de lecture

impôt de guerre

CONVERSATION FORTUITE AVEC L'HOMME DANS LE TRAIN

Article paru dans Édition octobre 2025
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2026 sera une année record. C’est ce que promet le projet de budget du gouvernement : pour la première fois, l’État consacrera plus d’un milliard à l’armement militaire. 1 099 871 000 euros sont prévus à cet effet. C’est autant que pour le fonds pour l’emploi ou la fonction publique. Deux fois plus que pour la construction de logements ou l’environnement. Trois fois plus que les dépenses consacrées à la justice. Quatre fois plus que pour la culture ou l’université.

Les dépenses militaires augmentent d’un tiers de milliard en l’espace d’un an. Elles représentent 3,7 % de l’ensemble des dépenses publiques. Il s’agit du pourcentage le plus élevé depuis 63 ans. En 1963, c’était la période entre la crise de Cuba et la guerre du Vietnam. L’époque du service militaire obligatoire. La création d’un bataillon d’artillerie luxembourgeois au service de l’infanterie américaine.

La manière dont est déterminé le montant des dépenses d’armement n’a aucun sens sur le plan économique. Ce montant n’est pas calculé en fonction des besoins de la défense nationale. Il est fixé en proportion du revenu national brut. Cela en fait un impôt de guerre de 2 %. Sur ces recettes, 635 millions sont versés au Fonds d’équipement militaire : à l’industrie internationale de l’armement.

Ces dépenses militaires élevées n’ont aucun sens, même d’un point de vue stratégique. Elles ne permettent ni de gagner une guerre, ni d’assurer la paix. Les pompiers de Paris sont sept fois plus nombreux que l’armée luxembourgeoise. Le gouvernement ne se fait aucune illusion. Le Premier ministre Luc Frieden tient à « éviter de nuire davantage à la réputation du Luxembourg » (Radio 100,7, 15 mai 25).

Après la crise bancaire, la pandémie de Covid, la guerre en Ukraine et la prise de pouvoir aux États-Unis, un nouveau régime d’accumulation voit le jour. Celui-ci menace de devenir autoritaire, inégalitaire, néfaste pour le climat, protectionniste et belliqueux. Les blocs économiques et les blocs de pouvoir se montrent prêts à régler militairement leur rivalité pour des ressources limitées.

C’est pourquoi l’Union européenne doit devenir une puissance militaire. À l’instar des États-Unis, de la Chine et de la Russie. Sous commandement allemand, avec des bombes atomiques françaises. Afin de faire valoir, par la force si nécessaire, ses revendications sur les marchés étrangers, les sites de production, les terres rares, les voies maritimes, le gaz naturel et les puces informatiques.

L’État luxembourgeois s’acquitte donc de son « impôt de guerre ». Afin que les alliés défendent militairement, si nécessaire, les intérêts du secteur financier et de l’industrie d’exportation : « Si nous voulons bénéficier d’une certaine solidarité, nous devons tout simplement apporter notre contribution. » C’est ce qu’a déclaré le ministre des Affaires étrangères Xavier Bettel (RTL, 23/10/25).

Les Verts et l’ADR rêvent d’une croissance nulle. Depuis le début de la décennie, leur rêve devient réalité. En période de stagnation économique, les dépenses d’armement sont censées relancer l’activité. Au début du mois, le Statec a établi, dans ses prévisions conjoncturelles à moyen terme, un « scénario favorable ». Celui-ci repose sur une « intensification des mesures de relance […] ainsi que sur une hausse des dépenses de défense » (Statnews, 8 octobre 25). Le commentaire sur le projet de budget promet : « L’implication des entreprises luxembourgeoises et le renforcement du tissu économique dans le domaine de la défense seront prioritaires dans l’engagement des fonds » (p. 74).

La militarisation de la société est à la fois la conséquence et la condition préalable des dépenses d’armement exorbitantes. La militarisation, c’est le manichéisme qui oppose les amis aux ennemis, la diabolisation des compromis, des négociations et de la conciliation des intérêts. Elle attise la peur face à des images caricaturales de l’ennemi : le terroriste, l’immigré, le Russe. Face à l’ennemi invisible qui se trouve parmi nous, à ses « tentatives d’ingérence malveillantes visant à mettre hors service des entreprises ou des administrations et à saper la confiance de la société en l’État » (Stratégie nationale de résilience « Lëtz Prepare », octobre 2025, p. 14).

La peur vise à empêcher la pensée critique et les débats démocratiques. Elle sert à instaurer un esprit de suive-le-chef. La militarisation est synonyme de propension à la violence, d’intolérance et de nationalisme. Ces éléments font partie de l’arsenal idéologique de l’extrême droite. Ils lui ouvrent la voie.