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Société 4 min de lecture

Dr s.a.

CONVERSATION FORTUITE AVEC L'HOMME DANS LE TRAIN

Article paru dans Édition novembre 2025
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Sous la bannière de l’Association des médecins et médecins-dentistes, une fraction du corps médical tente de se rebeller. Elle appartient à la classe moyenne aisée, qui ne dispose pas du poids politique dont jouissent l’association bancaire, le lobby des fonds d’investissement ou Arcelor-Mittal. L’époque où les médecins faisaient valoir leurs intérêts professionnels au Parlement, tous partis confondus, est révolue. Désormais, l’ordre des médecins doit se faire entendre avec d’autant plus de détermination. L’association des artisans de la classe moyenne n’est pas mieux lotie.

Les mouvements de protestation répétés des médecins mettent en évidence la contradiction entre une médecine libérale et un financement socialisé. Cette contradiction touche pratiquement chaque médecin : il s’agit d’un conflit entre les idéaux hippocratiques et les intérêts économiques. Ces frictions entraînent des « faux frais » pour les assurés. L’AMMD aime draper les intérêts économiques dans des idéaux hippocratiques. Afin de monter les patients contre le gouvernement.

Avant tout, le libre choix du médecin et la liberté thérapeutique impliquent une médecine libérale, avant tout sur le plan économique : une grande partie des prestations médicales est assurée par plus d’un millier de micro-entreprises. Il n’existe aucun lien avéré entre le statut d’indépendant dans les PME et le succès thérapeutique.

La fraction des médecins de l’AMMD, dotée d’un sens aigu des affaires, considère ses micro-entreprises artisanales comme inefficaces et anachroniques. Elle souhaite passer du statut de petits bourgeois à celui de capitalistes. Elle réclame l’autorisation de concentrer et de centraliser le capital fixe dans les locaux de consultation et les équipements médicaux. Grâce aux capitaux extérieurs apportés par Becca, Giorgetti et des fonds d’investissement. Pour le capital, la santé publique n’est qu’une valeur d’usage permettant de générer une valeur d’échange. L’objectif final est l’accumulation. Y compris celle de la plus-value des médecins exerçant dans le secteur privé.

C’est pourquoi l’AMMD rejette le « carcan […] du conventionnement obligatoire ». C’est ce qu’indique un communiqué daté du 31 octobre. En tant que communauté solidaire, l’assurance maladie repose sur l’assurance obligatoire de tous les actifs. Parallèlement, tous les médecins sont soumis au conventionnement obligatoire et à son barème de rémunération.

94 % de l’ensemble des actifs travaillent contre rémunération. Le barème des honoraires définit ce qu’est une maladie et quel en est le coût maximal autorisé. Dans ce cadre, le médecin peut, d’un simple trait de plume, « mettre en arrêt maladie » n’importe quel salarié. Ou le déclarer à nouveau apte au travail.

Fin octobre, le groupe parlementaire AMMD a résilié la convention conclue avec l’assurance maladie. Il souhaite se libérer du barème des honoraires pour se spécialiser dans des prestations rentables au sein de cabinets dentaires industrialisés, et proposer des services sur mesure à des patientes disposant d’un pouvoir d’achat élevé.

Dans le cadre d’une « autonomie tarifaire », elle souhaite facturer les prestations médicales à leur juste valeur, voire plus cher, afin d’augmenter le rendement du capital social. Sans pour autant renoncer à un « conventionnement sélectif » ni à un « financement des frais réels pour les cabinets » par les pouvoirs publics. Après la surabondance de laboratoires, de dentistes et de kinésithérapeutes, c’est à nouveau à la caisse d’assurance maladie de payer. Aux confrères idéalistes et aux hôpitaux, il restera les personnes à faibles revenus, les malades graves, les pathologies non rentables, les équipements sous-utilisés et les déficits.

Luc Frieden souhaitait mettre en place, à titre temporaire, un modèle « cappuccino » pour l’assurance retraite. Le groupe parlementaire AMMD souhaite désormais appliquer ce modèle au domaine médical : les patients affiliés à la sécurité sociale qui souhaitent plus que le « café noir » d’une couverture de base devront, en plus de la « crème fouettée » CMCM, acheter leur « cacao » auprès d’un « assureur privé ». Les primes de ce dernier ne seront pas fixées en fonction du niveau de revenu, mais en fonction du risque de maladie.

Comme tous les entrepreneurs, les médecins de l’AMMD sont déçus par Luc Frieden, du DP. Les entrepreneurs soupçonnent sans cesse le corps médical de piller la caisse de maladie et d’encourager l’absentéisme pour cause de maladie. Mais la « médecine cappuccino » leur convient, à condition qu’elle leur promette une baisse des cotisations patronales. Peut-être que l’Association des médecins et médecins-dentistes rejoindra bientôt l’Union des entreprises luxembourgeoises.