Il y a deux semaines, le LCGB a tenu son congrès. En amont de cet événement, le Tageblatt, journal de l’OGBL, avait consacré deux pages au président du LCGB. À la fin de l’interview, la question cruciale a été posée : ce nouveau front syndical serait-il « le précurseur d’un syndicat unique » ?
Dans l’esprit du CSV et du LCGB, Patrick Dury aurait dû s’écrier « Vade retro ! » et défendre avec indignation le pluralisme syndical. Au lieu de cela, il a répondu que la « coopération ad hoc » pourrait être « structurée différemment ». Et : « Je ne peux que dire : laissez-vous surprendre… »
Pour le CSV, la Confédération syndicale chrétienne constituait un réservoir de voix. Et un outil permettant de diviser le mouvement ouvrier : l’aumônier contre la social-démocratie impie.
À la fin de la Seconde Guerre mondiale, puis lors de la crise de l’acier, la possibilité d’un syndicat unique s’est brièvement profilée. Un modèle qui existe avec succès dans la fonction publique et au sein des organisations patronales. En 1978, la direction du CSV a exhorté le président du LCGB et député du CSV, Jean Spautz, à ne pas s’en mêler. Pendant des mois, le député du CSV et éditorialiste de référence Jean Wolter a fustigé le LAV « socialiste-communiste ». Il soupçonnait ce « syndicat fourre-tout » de bolchevisme. Un « honorable correspondant » a répandu des rumeurs de corruption à l’encontre du président du LAV.
En contrepartie, le CSV doit faire de temps à autre des concessions sociales. En période de libéralisme, les entrepreneurs jugent cela superflu. Le CSV est allé trop loin en désignant Luc Frieden, président de la Chambre de commerce, comme tête de liste et Premier ministre. En 2023, la corrélation entre l’électorat ouvrier et la part des voix du CSV était plus faible qu’avec celle du DP.
Il existerait désormais « une alliance étroite entre le chef de file de l’UEL et son bras droit de la Fédération des artisans, d’une part, et le Premier ministre et son ministre du Travail, d’autre part ». Le président du LCGB, Patrick Dury, s’est indigné contre le CSV. Il a rappelé au congrès
du Premier ministre du DP « Gaston Thorn, qui, avec le président de l’OGBL John Castegnaro, a mis en place le modèle tripartite ». Et il a tenu à remercier ostensiblement le prédécesseur libéral de Friedens : « Merci mille fois, Monsieur Bettel ». Un délégué a sifflé.
Avec l’extension du travail dominical, l’affaiblissement des syndicats lors des négociations collectives et la réforme des retraites, Luc Frieden pousse le LCGB dans les bras de l’OGBL. Le congrès a ratifié à l’unanimité une résolution d’urgence. Afin que « les syndicats LCGB et OGBL structurent et coordonnent leurs actions syndicales pour former un front commun ». Le Tageblatt a consacré une page à ce congrès. Le Wort n’y a pas consacré une seule ligne.
La présidente de l’OGBL, Nora Back, était assise au premier rang. Elle a emporté la résolution avec elle afin que le congrès de l’OGBL puisse également se prononcer à ce sujet fin mars. Un rassemblement commun est prévu le 28 juin. Patrick Dury a attisé la jalousie envers la fonction publique. Afin de tenir la CGFP à distance.
En 2011, le CSV a laissé le ministre du Travail du LSAP, Nicolas Schmit, décider du sort du LCGB et de Proactif. Patrick Dury a limogé Marc Spautz, responsable du LCGB et président du groupe parlementaire du CSV. Il a promis de « s’engager sur la voie de la neutralité politique ». En 2022, l’OGBL s’est opposé à une nouvelle manipulation de l’indice. Le LCGB est devenu le syndicat préféré du DP et des Verts.
Lorsque Patrick Dury a répondu au Tageblatt au sujet du syndicat unique, il pensait peut-être au Conseil national des syndicats des années 70. Peut-être estimait-il que celui-ci n’allait pas assez loin. Peut-être voulait-il simplement menacer son propre camp. Quoi qu’il en soit, il a brisé un tabou : un syndicat unique ne fait plus trembler le président du LCGB. Luc Frieden fait du bon travail.