Amateurs de maroquinerie de luxe, sortez des sentiers battus : laissez derrière vous les grandes enseignes ayant pignon sur rue à Luxembourg, et tournez-vous du côté d’Esch-sur Alzette. C’est en tout cas le message lancé par Olivier Weis, jeune artisan qui a fondé sa marque Van Weis en 2019. « Je suis un peu caché, je n’ai pas de vitrine dans la capitale, mais venez me voir ! Il y a un parking… ». L’atelier d’Olivier est installé au Bâtiment 4, le tiers-lieu culturel de la commune. Depuis l’ancien bureau du directeur de ce site Arcelor-Mittal, entre boiseries et armoires vitrées, il ambitionne de constituer une alternative à Hermès ou Louis Vuitton.
Il se présente d’abord comme un passionné empreint depuis son plus jeune âge de culture technique, de la mécanique à l’informatique. À 17 ans, il s’est lancé dans la construction de sa propre machine-outil afin de développer une marque de ceintures. Un projet abandonné, mais la machine reviendra plus tard dans son parcours. « Aujourd’hui je mets en avant ma curiosité technique pour dire que je peux créer tout type d’objet avec les pratiques de la maroquinerie, explique-t-il. Il faut sortir de l’idée que la maroquinerie, ce sont seulement les sacs ou les portefeuilles ». Olivier apprend l’art du cuir cousu à la main auprès de Peter Nitz, à Zurich, avant de faire une autre rencontre décisive : sa première création sur-mesure, le sac à main Arlette, doit son nom à une « business angel » qui lui a passé commande d’un sac unique. « J’aime dire que chez moi le designer, c’est le client », formule l’artisan. L’accessoire, réalisé en cuir de veau, devait être « sobre et élégant », avec un grand volume et des espaces pour accueillir un ordinateur portable, un portefeuille, des documents… Il comporte aussi des pièces de cuir spéciales, placées à l’extérieur du sac, où l’heureuse cliente pourra visser les pierres polies qu’elle collectionne. Depuis, Olivier a développé un beach bag et le Rivalvia, inspiré des anciens modèles de porte-monnaie.
Il donne naissance à ses créations aiguille à la main (« Je suis le seul au Luxembourg à travailler ainsi, sans machine à coudre. »), penché sur un « poney », un support en bois dont l’aspect se situe quelque part entre la pince et le violoncelle. Le geste de la couture a d’ailleurs quelque chose à voir avec celui de l’archet. Chaque trou est percé à la main avant d’accueillir l’aiguille, les différentes pièces sont façonnées afin d’être assemblées avec soin. Pour les bracelets de montre, il nous fait la démonstration d’un artisanat minutieux, ponçant les tranches, dont il travaille ensuite l’aspect avec une fileteuse manuelle avant de les teindre soigneusement de la couleur demandée. « Le mariage de différentes couleurs, c’est exigeant et rare dans la maroquinerie : c’est l’une de mes signatures », précise Olivier. Sa marque se distingue également par l’élaboration de tampons uniques, réalisés avec la fraiseuse créée au début de son aventure, puis marqués à chaud : un symbole de l’identité de Van Weis, tournée vers la personnalisation et le fait-main. « Le choix des cuirs, la création de petites pièces exclusives, y compris en métal, les couleurs, les tampons, jusqu’aux boîtiers… tout est unique » résume Olivier.
Travaillant avec de grandes tanneries comme Conceria Walpier en Italie, le jeune trentenaire explique utiliser des cuirs tannés sans produits chimiques de chèvre, de veau, de crocodile, de serpent, de raie… il a même testé une peau issue de champignons pour le Mycelis, un prototype créé pour l’édition 2025 de la biennale De Mains de Maîtres. « Apprendre de nouvelles techniques, trouver comment faire aboutir le projet d’un client, ça me passionne ». Sur son site, son sac Arlette est proposé à partir de 8 000 euros. Une coquette somme, mais somme toute raisonnable en comparaison de ce que demandent les grandes marques de luxe pour un travail comparable. « Et chez eux, il faut d’abord décrocher un statut VIP, qui implique de dépenser des sommes folles, avant d’avoir droit à une commande personnalisée, précise Olivier. Moi, tout le monde peut venir me rencontrer et me soumettre ses demandes ». Une pièce pas comme les autres, de fabrication cent pour cent luxembourgeoise, frappée du sceau d’un jeune artisan passionné… ça vaut bien un petit détour.