Avec seulement deux films à son actif, le réalisateur et scénariste américain Ari Aster s’est imposé comme l’un des cinéastes les plus en vue de la nouvelle vague du cinéma d’horreur. Après *Hereditary* (2018) et *Midsommar* (2019), Aster s’éloigne désormais, avec *Beau is Afraid*, des formules du cinéma d’horreur pour ancrer son film beaucoup plus fermement dans les codes de la comédie, car l’horreur semble ici tout simplement privée de sa fonction : Il ne s’agit plus de provoquer des états d’angoisse qui font plaisir, car la peur elle-même est le sujet de tout le film, sans pour autant chercher à mener une véritable réflexion à ce sujet. Le titre est aussi pertinent et explicite dans son sens qu’il est peu surprenant et carrément ridicule : Beau (Joaquin Phoenix) est censé rendre visite à sa mère. Mais une série de circonstances imprévues et tout à fait malheureuses l’en empêche sans cesse. À partir de là, divers épisodes de misère structurent l’intrigue ; Beau se retrouve sans cesse confronté à divers scénarios angoissants, mais il ne les affronte pas vraiment, il se contente plutôt de les subir. C’est une insécurité profondément ancrée qui constitue le fondement de l’intrigue. Ce qui commence comme une réflexion tout à fait captivante et absurdement dystopique sur la peur, brossant un tableau abscons de la société dans des rues désolées et rappelant une image exagérée de la pandémie de Covid-19, s’intensifie de plus en plus pour devenir une véritable dissertation pseudo-psychanalytique sur les abus, de justifications et de questions de culpabilité dans une relation perturbée avec une mère possessive. Et à partir de là, le film ne parvient même plus à se faire passer pour une comédie. Midsommar était un film qui, à l’instar du classique de l’horreur païenne *The Wicker Man* (1979), comme un miroir de l’inconscient collectif, tout en mettant en lumière, de manière détournée, la situation politique actuelle aux États-Unis, voire en tentant précisément de dévoiler les fissures de la façade. Beau is Afraid manque de niveaux d’interprétation supplémentaires ; le film ne fait référence à rien d’autre qu’à sa propre psychothérapie cauchemardesque, que nous sommes censés vivre avec ce Beau grâce à l’expression tourmentée de Joaquin Phoenix. Il en résulte une dialogicité sans cesse croissante, qui comprend même un récit enchâssé très habilement intégré, mais qui, bien sûr, sait tout dire sans rien expliquer. Pendant plus de 180 minutes, au fil d’une succession d’images parfois tout à fait fantasmagoriques, la même situation de départ est formulée, tandis que les accusations vont et viennent.
Tout dans ce film est à tel point surréaliste, absurde, grotesque et exagéré qu’on hésite à lui reprocher un manque de sérieux, car le sérieux, en tant que critère d’ordre, n’a ici tout simplement pas sa place. Lorsqu’un phallus monstrueux fait son apparition dans le grenier, on pense alors irrésistiblement aux premières œuvres parodiques de Peter Jackson ; Braindead (1992), notamment, était encore une réinterprétation extrêmement comique du film Psychose (1960) d’Alfred Hitchcock. On ne peut pas considérer Beau is Afraid comme une réflexion crédible sur le refoulement et les traumatismes psychologiques : ses thèmes restent trop superficiels et servent davantage à enchaîner des rebondissements choquants, à la manière des films de M. Night Shyamalan, sans parvenir à transmettre un message vraiment percutant. Il suffit de penser à la virtuosité des œuvres d’Hitchcock, comme *Les Oiseaux* (1963), *Marnie* (1964) ou encore *L’Inconnu du train* (1951), que Aster cite directement. Peut-être faut-il également lire *Beau is Afraid* comme une parodie de Sigmund Freud et de la psychanalyse, car Aster mêle horreur et comédie dans une focalisation interne bien définie. Jamais le narrateur et son public n’en savent plus que le personnage, car ainsi, tout et en même temps rien peut paraître plausible. Les rebondissements se présentent donc plutôt comme des tours de passe-passe narratifs qui imbriquent sans cesse de nouveaux niveaux narratifs les uns dans les autres et donnent naissance à un film qui menace de s’effondrer sous le poids de son enchevêtrement narratif.