Nouveauté Lancement du nouveau site internet du Land Voir la boutique en ligne →
Cinéma 4 min de lecture

Des dents blanches, revisitées

Dans les années 1980, Hollywood a produit une multitude de films dans lesquels l'action est devenue le principal moteur narratif. Ces films de divertissement, qui, sur fond d’esthétique publicitaire, mettaient en scène…

Article paru dans Édition juin 2022
Partager l'article sur

Dans les années 1980, Hollywood a produit une multitude de films dans lesquels l’action est devenue le principal moteur narratif. Ces films de divertissement, qui, sur fond d’esthétique publicitaire, mettaient en scène des thèmes tels que la vengeance liée à la guerre du Vietnam (Rambo, Missing in action, Delta Force…), la condamnation des dérives de la société américaine (Cobra, Robocop, Death Wish, Dirty Harry…) ou la représentation manichéenne de héros victorieux (Rocky, Die Hard, Conan le Barbare…) sur fond d’esthétique publicitaire, ont très vite été considérés à l’époque comme les « porte-avions » de la propagande reaganienne. Un véritable film « porte-avions » fut Top Gun (1986), réalisé par Tony Scott avec Tom Cruise et Kelly McGillis dans les rôles principaux – une mobilisation idéologique à l’époque d’un monde divisé en deux, entre l’Est et l’Ouest, avec une vision du monde qui est peut-être redevenue plus virulente aujourd’hui.

36 ans plus tard, une suite intitulée « Top Gun : Maverick » sort en salles : Pete Mitchell, alias Maverick (Tom Cruise), ancien pilote de chasse et diplômé de l’école Top Gun, commence à travailler comme instructeur de vol pour la base. Sa mission consiste à préparer les meilleurs pilotes à une opération d’une ampleur sans précédent : l’attaque d’une installation nucléaire souterraine. Il se heurte alors à toutes sortes d’obstacles et, conformément à la structure narrative classique du héros, il s’agit pour lui de se racheter par ses actes. Maverick doit d’abord se défendre contre plusieurs préjugés généralisés : ses supérieurs n’apprécient pas ses méthodes impétueuses, veulent l’expulser, et de toute façon, l’ancien as de l’aviation semble être devenu obsolète à une époque où les drones sans pilote remplacent les pilotes. Mais la blessure la plus profonde concerne sa relation avec le jeune pilote de chasse Bratshaw (Miles Teller), le fils de son ancien coéquipier Goose…

Top Gun : Maverick est un film dépourvu d’identité propre. Le renouveau est fortement limité par le retour aux sources, tant cette suite s’attache à reproduire les mêmes effets visuels qui avaient fait le succès de l’original des années 80. Cela fonctionne tantôt avec plus, tantôt avec moins de nostalgie. Là comme ici, le film s’ouvre sur le tube « Danger Zone » de Kenny Loggins ; là comme ici, on voit les corps d’hommes nus et bronzés, le large sourire de Tom Cruise qui met en valeur ses dents blanches – seuls les sons de synthétiseur grandiloquents de Giorgio Moroder sur fond de couchers de soleil rouge sang manquent pour que ce film s’épanouisse pleinement dans son enveloppe de romantisme à outrance. Quoi qu’il en soit, Top Gun : Maverick est un blockbuster qui sait habilement et sans détour susciter les émotions d’un large public aux moments opportuns, une partition mêlant pathos, héroïsme et culte de la virilité. Si l’on fait abstraction de la propagande militaire évidente et de son cofinancement par l’armée américaine, si l’on ignore en outre sa sortie retardée en raison de la pandémie de coronavirus, qui a lieu désormais en pleine invasion de l’Ukraine par la Russie, et si l’on fait abstraction du fait que, curieusement, les femmes semblent vieillir différemment des hommes au cinéma hollywoodien – Kelly McGillis a pour ainsi dire été remplacée par Jennifer Connelly – et si, de surcroît, on fait abstraction dès le départ du scénario insignifiant et prévisible dans chacun de ses rebondissements pour se concentrer plutôt sur les scènes riches en action, alors Top Gun : Maverick, dans ses meilleurs moments, cette tension cinématographique qui sait captiver un large public, et ce malgré la certitude rassurante des spectateurs que cette mission quasi impossible n’est finalement pas si impossible que ça pour ce héros « Maverick », dont le charisme a depuis longtemps brouillé les frontières entre le personnage et l’image publique et médiatique de l’acteur Tom Cruise.

Voir à ce sujet : Gimello-Mesplomb, Frederick (dir.) :
Le cinéma des années Reagan : Un modèle hollywoodien. Éditions Nouveau Monde, Paris 2007