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Arts plastiques 4 min de lecture

Proto-Instagram

Grande Région

Article paru dans Édition février 2023
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En principe, les 30 cartes postales agrandies devaient être retirées des murs du musée Gaspar d’Arlon cette semaine : la fin de l’exposition était prévue pour fin janvier. Mais la reconstitution de l’histoire des villages à partir de cartes postales avait touché une corde sensible chez les visiteurs. C’est pourquoi la directrice du musée, Valérie Peuckert, a décidé de prolonger de six mois l’exposition « Environs d’Arlon, vues de nos villages ». Les cartes postales illustrent les environs de la ville de la fin du XIXe siècle jusqu’à l’entre-deux-guerres. C’est-à-dire la période qui a suivi la désignation d’Arlon comme chef-lieu de la province de Luxembourg en 1839 et qui a vu la ville connaître une première phase d’urbanisation liée à ce statut (comme par exemple la construction d’un établissement d’enseignement supérieur et d’une caserne militaire).

Ces cartes postales représentent la vie du village : des femmes en tablier, des gendarmes ou des enfants se tiennent à côté de charrettes ou de vaches laitières sur des routes non goudronnées. Ce sont surtout le centre du village et ses maisons qui ont été photographiés. Certaines faces avant comportent des inscriptions, comme c’était l’usage jusqu’en 1904 ; ce n’est qu’après cette date que les expéditeurs ont commencé à écrire au verso. On utilisait ces cartes postales pour convenir de rendez-vous entre proches ou entre hommes d’affaires, ou pour envoyer de brefs messages pendant un voyage. Le prix de l’affranchissement était alors calculé en fonction du nombre de caractères. Certaines cartes postales ne comportent que le nom de l’expéditeur et aucun autre message. Elles rappellent ainsi une sorte de proto-Instagram : « l’image est le message ». Leur popularité était d’ailleurs étroitement liée à l’invention des procédés de photomécanisation dans les années 1890. Mais pas exclusivement ; elles constituaient avant tout une alternative bon marché au téléphone et aux lettres classiques. De plus, les cartes postales arrivaient relativement rapidement, parfois même le jour même de leur envoi.

Bien plus que des détails sociologiques sur la vie villageoise, la conservatrice et directrice du musée, Mme Peuckert, a privilégié les informations politiques et géographiques. Concernant Heckbous, par exemple, le visiteur apprend : « Le comte catholique qui y régnait s’opposait à passer sous la domination protestante des Orange-Nassau. C’est pourquoi la localité de Heckbous, encerclée par le territoire grand-ducal, n’a pas été intégrée au Luxembourg actuel pour des raisons religieuses. » Concernant Clairefontaine, on apprend qu’on y trouve le seul couvent cistercien de femmes dont les plans d’origine ont été conservés. Mais des détails contemporains sont également fournis sur les villages. On peut ainsi lire à propos de Weyler que la localité connaît une « explosion démographique en raison de la proximité du Grand-Duché de Luxembourg ». Le caractère poreux des frontières entre la Belgique et le Luxembourg dans l’Arelerland est en outre mis en évidence par des particularités linguistiques : le nom de lieu-dit Udange provient du germanique « Udingen ». Le village relevait par ailleurs du comté de Koerich.

Arlon, l’une des plus anciennes villes de Belgique, remonte à la colonie romaine d’Orolaunum, fondée vers 52 av. J.-C. À cette époque, des villages et des hameaux existaient déjà aux alentours de la ville ; mais les dates officielles de fondation des villages environnants se situent entre le XIIIe et le XVe siècle. Outre les 30 cartes postales agrandies, 490 illustrations sont projetées sur un mur. La collection a été léguée par Jean Dujardin (1916-1999) au Musée archéologique de la province de Luxembourg. Les personnes qui s’intéressent au « long XIXe siècle » trouveront également leur bonheur au Musée Gaspar, au-delà de l’exposition « Environs d’Arlon ».