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Société 4 min de lecture

Commerce de gros

CONVERSATION FORTUITE AVEC L'HOMME DANS LE TRAIN

Article paru dans Édition juin 2024
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Il y a trois semaines, le marathon annuel s’est déroulé dans la capitale. La banque ING a acheté les droits du nom de cette course. 16 000 sportifs amateurs, hommes et femmes, ont donné le meilleur d’eux-mêmes afin d’incarner la clientèle grand public d’ING, une banque très populaire.

« Le nombre de clients s’élève à 124 000 ; 48,5 % de nos clients particuliers choisissent ING comme banque principale », indique ING dans son rapport annuel 2022 (p. 8). Elle classe dans la catégorie « banque de détail » les particuliers « dont les avoirs en compte sont inférieurs à un million d’euros » (rapport annuel 2018, p. 6).

ING, à Amsterdam, procède actuellement à un rachat d’actions propres pour un montant de 2,5 milliards d’euros, afin d’augmenter le rendement de chacun de ses actionnaires. Dans le même but, l’ancien Crédit européen, au Luxembourg, met à la porte des dizaines de milliers de clients.

« [I]l n’y a pas de croissance durable possible dans un avenir proche pour ING au Luxembourg dans le secteur de la banque de détail destinée aux particuliers ». C’est ce qu’indique un communiqué de presse du 29 mai : les ménages ne sont pas suffisamment rentables.

La mise en conformité des clientes sans patrimoine a un coût : toute la paperasse liée à la lutte contre le blanchiment d’argent. En 2018, ING a payé une amende de 775 millions d’euros aux Pays-Bas. Parce qu’elle tirait profit du patrimoine de clients douteux. Au lieu de les signaler.

D’autres banques sympathisent secrètement avec ING. Elles sont favorables à une scission des activités bancaires. Elles détestent les règles en matière de blanchiment d’argent. Les résiliations de contrats rendent la clientèle docile.

Le principe de base de l’activité bancaire consiste à rémunérer les dépôts des clients à un taux d’intérêt bas et à les prêter à des taux d’intérêt élevés. Jusqu’à la spéculation euphorique sur les prêts hypothécaires toxiques. En 2008, l’État néerlandais a sauvé ING de lui-même en lui accordant une aide de dix milliards d’euros.

Lors de la crise de la dette, les banques centrales ont baissé les taux d’intérêt. Les marges d’intérêt des banques se sont réduites. Elles ont augmenté leurs frais et en ont inventé de nouveaux. La liste des « Extraits des tarifs des clients particuliers – Retail Banking » d’ING compte 26 pages. Les retards dans l’encaissement des virements et les taux d’intérêt excessifs sur les cartes de crédit font également partie des pratiques courantes.

Il y a deux ans, les taux d’intérêt ont de nouveau augmenté. Les banques ont relevé les taux d’intérêt sur les crédits. En revanche, elles ont pris leur temps pour augmenter les taux d’intérêt sur les dépôts. En 2022, les marges d’intérêt d’ING ont augmenté de 39 % %. Les banques n’ont pas baissé leurs frais.

Pour leurs activités de banque privée, les banques disposent de villas en ville. Là, des hôtesses conduisent des rentiers, de riches héritiers et des entrepreneurs dans des salons cossus. Dans le même temps, les banques chassent les employés, les ouvrières, les étudiants et les retraitées de leurs agences. Ils sont censés effectuer le travail des employés de banque depuis leur ordinateur personnel. Cela permet de réduire les coûts salariaux. Les banques de guichet tiennent à distance une clientèle aux moyens insuffisants. Le conseil à la clientèle est assuré par des FAQ et des bots. ING a fermé des agences au Luxembourg, à Belval, Differdange, Diekirch, Wiltz, Weiswampach et Echternach.

Les capitaux bon marché ne manquent pas. D’autres banques aussi se débarrassent des clients peu rentables. Elles présentent cela comme des cas isolés et discrets. La Poste ne verse aucun intérêt. Elle souhaitait néanmoins se débarrasser du service de chèques postaux. Seule la Raiffeisenkasse était intéressée par une collaboration. Personne ne voulait de la petite Fortuna.

Vivre dans un paradis fiscal a ses inconvénients. Une place financière se consacre au commerce de gros avec les millionnaires : « dédiée à l’industrie des fonds d’investissement, aux clients institutionnels et aux entreprises ». C’est ce qu’indique ING dans son communiqué de presse. Au « Private Banking », aux « clients ayant des besoins d’investissement à long terme ».

Une place financière n’est pas faite pour les petits épargnants. Ni pour les salariés moyens qui ont un compte salaire, un crédit à la consommation et quelques sous de côté. Ceux-là devraient s’estimer heureux de pouvoir confier leur argent à une banque.