« Renforcer la contribution du Grünewald au bien-être de la population », telle est l’ambition affichée par le Grand-Duc Guillaume et l’Administration des biens de la famille royale. L’explication a été donnée après la révélation par RTL de la volonté du souverain de résilier la convention de 2009 en vertu de laquelle les droits de superficie de ses 850 hectares de forêt en bordure de Luxembourg-Ville sont cédés à l’État (jusqu’en 2034). Selon les informations du Land, cette ambition se matérialiserait par le projet « d’université dans la nature » porté par Raymond Schadeck et sa fille, Julie, à travers l’Asbl UNature.
Raymond Schadeck, 71 ans, est un ancien « disciple » de Norbert Becker, président de l’administration des biens. Diplômé d’économie et de droit, Schadeck avait été recruté en 1981 par Becker le libéral (ancien conseiller de Gaston Thorn) alors qu’il dirigeait Arthur Andersen à Luxembourg, cabinet d’audit du Big Eight qui intègrera le Big Four sous le sigle Ernst & Young (puis EY). Raymond Schadeck, qui voulait initialement devenir menuisier, n’a quitté la firme qu’en 2010 après avoir dirigé l’antenne luxembourgeoise (et transmis le relais à Alain Kinsch, une autre tête pensante du DP, aujourd’hui vice-président du Conseil d’État). À côté de son parcours classique (pour un ancien managing partner d’un des Big Four) d’administrateur de sociétés, Raymond Schadeck conduit des actions à portée sociétale. Il s’impose cela depuis une retraite bouddhiste en Thaïlande avec son fils. « Un mois, sans téléphone, sans montre, sans argent, à dormir sur une planche de bois », avait-il raconté (d’Land, 31.7.2020). Il avait alors pour livre de chevet The Monk Who Sold His Ferrari, l’histoire d’un avocat à succès qui redonne un sens à sa vie grâce à un exil en Himalaya auprès des moines.
Un ancien avocat de stars a justement aiguillé « de Raym’ » vers la reconnexion avec la nature : Hubert Mansion. Rencontré à Chamonix en 2018, l’ancien avocat des artistes U2 et Serge Lama a enseigné à Raymond Schadeck les vertus des balades dans les bois pour la santé morale et physique. « L’épidémiologie a ainsi démontré que les gens qui habitent dans un environnement plus ‘vert’ bénéficient, par exemple, d’une meilleure santé cardiovasculaire que ceux qui habitent dans un environnement plus ‘gris’ », avait prêché Hubert Mansion chez Paperjam, groupe de Mike Koedinger qui a plusieurs fois offert une vitrine médiatique aux activités de Raymond Schadeck. UNature, initiative fondée au Canada, propose aux collectivités, entreprises ou institutions publiques, des séminaires et des formations à la reconnexion dans la forêt. « Changer de rythme. Renforcer son système immunitaire. Retrouver le contact. Nettoyer son regard. La douche du cerveau. Sentir les phytocides (activité autrement appelée bain de forêt ou shinrin-yoku, ndlr). Renforcer sa cognition. » Voilà ce que propose UNature (entre autres) avec son parcours immersif. L’entité luxembourgeoise, dirigée par Julie Schadeck, a notamment pour partenaires le ministère de la Santé, l’Œuvre nationale de secours Grande-Duchesse Charlotte, Spuerkeess, mais aussi des sociétés que Raymond Schadeck a administrées (Luxexpo, Intesa Sanpaolo, Minusines). L’intéressé, président d’UNature Europe, ne fait d’ailleurs pas de mystère de sa volonté d’utiliser ses réseaux et d’insuffler ses principes ESG aux entreprises qui lui offrent un siège au conseil d’administration.
Face au Land, Nobert Becker confirme être « en pourparlers » avec UNature, un projet « en voie de réalisation dans une première phase dans notre forêt de Fischbach ». La famille royale possède 625 hectares de bois autour de la résidence encore temporairement occupée par le Grand-Duc (d’Land, 23.4.2021) avant de rejoindre Colmar-Berg. L’Administration des biens se dit ouverte à une discussion avec le gouvernement sur « les perspectives de valorisation du Grünewald ». Selon les informations du Land, cette discussion avec le ministère de l’Environnement (contrepartie de l’AdB dans la convention) n’a pas été entamée. Contactés par le Land lundi et relancés à plusieurs reprises, les services de Serge Wilmes (CSV) n’ont pas (encore ?) répondu aux différentes interrogations que le public peut avoir sur l’exploitation du Grünewald. Ironie de l’actualité : le ministère de l’Éducation a fermé cette année la Bëschklass à l’école de Beggen… qui jouxte le Gréngewald.