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Politique européenne et internationale 4 min de lecture

Un pari

CONVERSATION FORTUITE AVEC L'HOMME DANS LE TRAIN

Article paru dans Édition décembre 2025
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La semaine prochaine, les chefs d’État et de gouvernement de l’Union européenne se pencheront à nouveau sur le financement de la guerre en Ukraine. Le gouvernement espère parvenir à un compromis qui concilie ses intérêts contradictoires entre la guerre en Ukraine et la place financière.

La Russie veut prendre le contrôle de l’Ukraine par la force. L’Union européenne, quant à elle, par l’argent. Friedrich Merz, Emmanuel Macron, Ursula von der Leyen et Kaja Kallas rejettent toute concession et tout compromis. Ils sabotent tous les plans de paix. Ils souhaitent que la guerre de position se poursuive jusqu’à la victoire de nos valeurs.

Les États-Unis veulent encaisser, mais ne veulent plus payer. L’Union européenne et le Royaume-Uni restent les seuls bailleurs de fonds. Leurs déficits publics sont chroniques, leur dette publique ne cesse de croître. Ils veulent poursuivre la guerre. Mais ils n’en ont plus les moyens.

L’Ukraine est au bord de l’effondrement économique. Elle consacre l’intégralité de ses recettes fiscales à la guerre. L’éducation, la santé, l’aide sociale, les infrastructures, les institutions et la lutte contre la corruption sont financées par la dette et les dons étrangers. Au cours des deux prochaines années, il lui manquera 130 milliards.

La semaine dernière, la Commission européenne a promis 90 milliards d’euros à l’Ukraine. L’Union européenne pourrait emprunter cette somme, et les États membres pourraient se partager les coûts. Mais la classe moyenne allemande rejette toute forme de solidarité, qu’elle qualifie d’« union de la dette ».

Les réserves de la Banque centrale russe offriraient une autre possibilité. Elles sont déposées auprès de la société de compensation belge Euroclear. Elles ne doivent pas être saisies. Elles doivent servir de garantie pour des prêts accordés à l’Ukraine. Elles ne seront donc saisies qu’ultérieurement.

Le gouvernement belge s’y oppose. Il craint d’être poursuivi par la Russie pour obtenir des indemnités se chiffrant en milliards. La Banque centrale européenne ne souhaite pas devenir le prêteur de dernier recours d’Euroclear. Les autres États hésitent à se porter garants pour la Belgique.

Le gouvernement luxembourgeois souhaite faire partie de la « coalition des volontaires », comme on appelle le cœur de l’Europe en temps de guerre. Il ne veut pas se mettre à dos les gouvernements allemand et français, qui réclament les fonds russes. Il ne veut pas passer pour un capitulard ou un pacifiste, alors qu’il est justement en train de vendre de nouveaux emprunts de guerre.

Mais le secteur financier n’est pas pour autant moins cher au cœur du gouvernement. Les banques, les fonds d’investissement et les Soparfi exigent une sécurité juridique dans la gestion des capitaux étrangers. Même la Banque centrale européenne met en doute la légalité de toute cette opération.

Une Union européenne pour laquelle même les réserves d’une banque centrale ne sont pas sacrées fait fuir. Partout dans le monde, les détenteurs de capitaux risquent de perdre confiance dans la place financière. Dans l’euro en tant que monnaie de réserve. La suppression du secret bancaire et l’échange automatique d’informations étaient déjà suffisamment préjudiciables aux affaires.

« Le Luxembourg ne dispose pas d’une grande quantité de fonds publics russes », a déclaré Luc Frieden le 23 octobre à Bruxelles. Des milliards provenant de Russie et appartenant à des particuliers sont gelés sur les comptes de Clearstream au Luxembourg. Y toucher discréditerait la place financière aux yeux des détenteurs de ces fonds. Cela entraînerait de nouvelles poursuites judiciaires. Le milliardaire russe Mikhaïl Fridman a déjà intenté un procès au Luxembourg pour un montant de 14,6 milliards d’euros, soit un tiers du budget de l’État.

Luc Frieden, Xavier Bettel et Gilles Roth espèrent que le Premier ministre belge Bart De Wever prendra le relais la semaine prochaine. Qu’il impose un compromis favorable à la paix et à la place financière. Selon Frieden, ils sont eux-mêmes « virsiichteg ». Y compris en matière de solidarité avec le pays voisin.

Lors du sommet d’octobre, Luc Frieden a estimé qu’il était désormais « moralement juste » d’utiliser les fonds publics russes « pour indemniser l’Ukraine ». La Commission européenne promet elle aussi que personne n’aura à prendre en charge la dette ukrainienne. L’Ukraine la remboursera après la guerre grâce aux réparations versées par la Russie. Ces « prêts de réparation » supposent que la Russie perde la guerre. C’est un pari risqué qui porte sur des milliards.