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Politique européenne et internationale 6 min de lecture

Troisième choix

Allemagne

Article paru dans Édition décembre 2021
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La ténacité porte ses fruits. La persévérance aussi. C’est particulièrement vrai dans la carrière politique de Friedrich Merz, désormais enfin président de l’Union chrétienne-démocrate d’Allemagne (CDU) et en passe de se présenter aux prochaines élections à la chancellerie, adversaire désigné de Markus Söder (CSU) et d’Olaf Scholz (SPD). Merz doit désormais enfin diriger le parti, le moderniser, le recentrer sur les enjeux politiques et sociétaux de l’avenir, mais surtout faire oublier la débâcle électorale des dernières élections fédérales. En bref : apaiser les âmes meurtries des chrétiens-démocrates. Pour cela, le parti a appelé à l’aide un homme fort. Et celui-ci a répondu à son appel. Même s’il n’était que le troisième choix.

L’élection de Merz n’a toutefois été possible qu’après que la CDU a été reléguée dans les rangs de l’opposition au Bundestag allemand. Cela a ainsi soulagé le parti de la pression qui pesait sur lui de devoir présenter, en vue des négociations de coalition à venir et des éventuelles responsabilités gouvernementales, une personnalité aussi conciliante que possible à sa tête, capable d’unir et de diriger. Désormais – libérés de leurs responsabilités gouvernementales –, les chrétiens-démocrates peuvent à nouveau se concentrer sur leur identité politique fondamentale, l’affiner, l’adapter à l’évolution des temps, la moderniser et la perpétuer. On peut à nouveau se permettre d’adopter un ton bruyant, de retrouver l’ambiance des tables de bistrot et la convivialité des tentes à bière. Ce n’est pas forcément l’univers de Friedrich Merz.

Le parcours politique de Merz se résume rapidement : autrefois étoile montante de la CDU au début du millénaire, il a rapidement accédé à des fonctions et des honneurs au sein du parti. Il a fait son entrée au Bundestag en 1994 et a été, de 2000 à 2002 – en tant que successeur de Wolfgang Schäuble –, chef du groupe parlementaire de la CDU et de la CSU, et donc également chef de l’opposition. Mais dans la lutte interne pour le pouvoir au sein du parti, il n’a pas pu s’imposer face à Angela Merkel. Lorsqu’elle a revendiqué la direction du groupe parlementaire, il s’est d’abord retiré, boudeur, au poste de vice-président, avant de quitter le Bundestag en 2009 pour faire carrière dans le secteur privé. Après l’annonce par Merkel de son retrait de la vie politique, Merz est revenu sur la scène politique pour revendiquer immédiatement le pouvoir et un poste. À deux reprises, le parti lui a refusé cette fonction ; à la troisième tentative, il a cédé aux manœuvres de Friedrich Merz – sans doute aussi par manque d’alternatives.

D’une manière générale, ce sont toujours les mises en scène de Friedrich Merz qui lui ont donné plus d’apparence que de substance. En se présentant comme un adolescent audacieux du Sauerland, qui aimait traîner devant une friterie, arborait les cheveux longs et fonçait sur les pavés des ruelles de la petite ville au guidon de son cyclomoteur, il s’est rapidement forgé une image de « jeune rebelle » au sein du parti. Il a créé l’image idéalisée du jeune homme politique rebelle dont les chrétiens-démocrates avaient alors tant soif, après seize années de plomb sous la présidence et le mandat de chancelier d’Helmut Kohl. Aujourd’hui, après seize ans de centrisme sous la chancellerie et la présidence d’Angela Merkel, il met en avant le parcours du millionnaire conservateur, néolibéral, fervent défenseur du marché et qui s’est fait tout seul, et qui, après son départ de la politique, a connu le succès, amassé une fortune et acquis deux avions privés. Mais hier comme aujourd’hui, cette image qu’il se fait de lui-même se heurte à la réalité. Ses camarades de classe et ses camarades de classe ont contredit son récit d’une jeunesse audacieuse, affirmant à l’époque que la seule chose qui correspondait à la vérité, c’était qu’il avait été un marginal. Aujourd’hui, on affirme qu’il n’existe aucune information fiable concernant les revenus de Friedrich Merz.

Pourtant, la CDU se place sous sa direction. Dans l’espoir qu’il redonne au parti ce qu’il était autrefois : un grand parti populaire fier de lui-même, élément incontournable de tout gouvernement allemand. Et la CDU se remet entièrement entre les mains de Merz, pour le meilleur et pour le pire, car après quatre changements à la tête du parti en à peine quatre ans, le calme doit revenir au sein de la formation. Cela exige de la discipline, de la cohésion, mais aussi de la soumission – surtout de la part des membres. En tant que défenseur d’une vision économique néolibérale et d’une conception traditionnelle de la société, il replacera clairement la CDU dans le spectre politique conservateur allemand. Il cherchera à reconquérir pour la démocratie chrétienne le créneau occupé ces dernières années par l’AfD, parti d’extrême droite. Le fait que l’AfD continue de se radicaliser pour pouvoir encore fidéliser ses membres et ses électeurs joue clairement en sa faveur. À cela s’ajoute le fait que, en période d’instabilité politique et sociale, les démocraties offrent volontiers aux hommes supposés forts l’occasion de se mettre en avant. Merz a clairement l’air du temps de son côté. Là encore, le rôle d’opposition lui est favorable, car il permettra aux contre-projets conservateurs de se faire à nouveau entendre face à la politique actuelle du gouvernement.

On peut toutefois se demander si, et dans quelle mesure, le parti le suivra sans broncher dans cette voie. En effet, une vision traditionaliste du monde n’apporte pas de réponse aux questions urgentes qui se posent actuellement : la pandémie, la protection du climat, la numérisation et la mondialisation, les migrations et les conflits internationaux. La composition de la base du parti constitue un autre problème urgent. Il s’agit d’un parti composé d’hommes âgés et blancs, désormais dirigé à nouveau par un homme âgé et blanc. Les tentatives du parti pour hisser des personnes plus jeunes à des postes clés ont lamentablement échoué. Merz doit, au-delà de son attitude personnelle, reconnaître la réalité des faits et apporter des réponses conservatrices aux questions pressantes de notre époque, réponses qui ne peuvent se résumer à un déni des faits. Mais ce qui sera également déterminant, c’est de savoir quand Merz trébuchera sur une nouvelle de ses mises en scène ou s’empêtrera dans son propre ego. Le risque est grand qu’il jette à nouveau l’éponge en boudeant si les choses ne se déroulent pas comme il le souhaite.