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Politique européenne et internationale 3 min de lecture

Soirée « post-post-héroïque »

Lundi dernier, aucun des intervenants du « public forum » n’a défendu la devise « Instaurer la paix sans armes ». Sur la tribune installée dans les rotondes, Stéphanie Empain (déi Gréng), Rainer Hesse (sociologue…

Article paru dans Édition mars 2025
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Lundi dernier, aucun des intervenants du « public forum » n’a défendu la devise « Instaurer la paix sans armes ». Sur la tribune installée dans les rotondes, Stéphanie Empain (déi Gréng), Rainer Hesse (sociologue militaire) et l’historien Claude Ewert s’accordaient à dire que seule une militarisation de la société pouvait garantir la sécurité de l’Europe. À des fins de défense, et non d’attaque, ont-ils souligné. Cela a néanmoins sonné un peu grossier lorsque la présidente du parti des Verts a déclaré : « J’espère aussi qu’en Europe, le moment venu, nous pourrons envoyer nos propres gens. » « Vous, les Verts, vous étiez autrefois des pacifistes. Aujourd’hui, vous êtes réactionnaires », lui a notamment reproché le politologue Armand Clesse lors du débat public. Elle est toujours pacifiste, mais on ne peut pas désamorcer cette situation avec une « approche simpliste », a répondu Mme Empain. Ce à quoi une partie de l’assistance a applaudi. Il faut s’armer pour empêcher une guerre, selon son analyse.

Rainer Hesse a lui aussi estimé qu’agir de manière responsable signifiait se préparer. « Personne n’est prêt à sacrifier ses concitoyens. Et c’est en mettant en place les conditions techniques nécessaires, comme le font les États-Unis, et en investissant de l’argent qu’on évite les pertes humaines. » Il est peu probable qu’un nouveau front se forme en Europe centrale ou occidentale. Mais une catastrophe civile, elle, n’est pas à exclure : si l’on coupait l’électricité au Luxembourg, cette société fondée sur les services ne fonctionnerait plus, selon M. Hesse.

Au cours du débat, on n’a pas fait de lien entre la sphère privée et la sphère politique. Personne dans la salle n’a indiqué s’il souhaitait envoyer ses enfants faire leur service militaire ; d’ailleurs, le service militaire obligatoire n’a pas été abordé ce lundi. Une personne dans le public a fait remarquer qu’on parlait beaucoup de réarmement militaire, mais pourquoi l’Europe n’exploitait-elle pas sa puissance économique de manière plus ciblée et ne renforçait-elle pas ses sanctions ? Les exportations de pétrole russe montraient qu’il existait une marge de manœuvre en matière de sanctions. « C’est trop “facile” de faire du commerce et de contourner les sanctions », a déclaré Claude Ewert avec scepticisme. Il faudrait un projet de paix ; on ne peut pas continuer à « envoyer les Ukrainiens à la mort », a déclaré un autre homme dans le public. Il a laissé entendre qu’il faudrait peut-être accepter la perte de territoires. On a alors mis en garde contre l’effet domino : en Corée du Nord et en Chine, les dirigeants en tireraient une leçon. De plus, l’attitude des États-Unis reviendrait à abandonner un ordre fondé sur des règles. En effet, dans le cadre du Mémorandum de Budapest, les États-Unis ont donné des garanties de sécurité à l’Ukraine en échange de l’abandon de ses armes nucléaires, a expliqué M. Hesse.