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Politique européenne et internationale 6 min de lecture

Réflexes antipolitiques

Autriche

Article paru dans Édition octobre 2021
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Il est possible de traverser Linz le dimanche des élections sans apercevoir la moindre affiche du parti inquiétant MFG, alors que les premières estimations laissent présager l’entrée de la nouvelle formation « Menschen Freiheit Grundrechte » au Parlement régional de Haute-Autriche. Dans le même temps, à 200 kilomètres au sud, lors des élections municipales de Graz, une surprise se profile, que même la grande gagnante a d’abord du mal à croire. « C’est une erreur, n’est-ce pas ? », demande Elke Kahr, présidente du Parti communiste, lorsque la barre rouge foncé du graphique des estimations dépasse celle, noire, de l’ÖVP. Après 18 ans, « Elke la Rouge » évince le maire conservateur Siegfried Nagl de ses fonctions ; la deuxième plus grande ville d’Autriche s’apprête à avoir une municipalité communiste.

Parallèlement aux élections législatives allemandes, deux scrutins ont eu lieu en Autriche, dont les résultats doivent donner à réfléchir non seulement au gouvernement, mais aussi aux partis traditionnels en général. En Haute-Autriche, troisième région du pays en termes de population après Vienne et la Basse-Autriche, marquée par une tension entre une forte culture ouvrière dans les villes et un caractère rural dans les régions, le gouvernement régional a été remanié. À Graz, la deuxième plus grande ville du Land, c’est le conseil municipal qui était en jeu. Dans les deux cas, une coalition « noir-bleu » était au pouvoir, les conservateurs ayant chacun une longue tradition en tant que parti dominant au sein d’alliances politiques changeantes. Lors de ces deux élections, les Libéraux ont perdu leur place de copilote.

En Haute-Autriche, le gouverneur conservateur Stelzer a certes pu se réjouir d’un léger gain et restera à la tête du gouvernement régional pendant six années supplémentaires. Mais la composition politique du Landtag est en train de se redéfinir : le FPÖ, qui occupait jusqu’alors la deuxième place, a subi de lourdes pertes et se retrouve désormais à égalité avec les sociaux-démocrates ; les Verts ont gagné un siège ; quant au MFG, nouveau venu au Parlement régional, il a d’emblée atteint le seuil nécessaire pour former un groupe parlementaire avec trois mandats ; enfin, les Neos, partisans du libéralisme économique, entrent dans la course avec deux mandats.

L’alliance inquiétante MFG n’a été fondée qu’en février et puise tant ses motivations que ses membres dans le milieu des sceptiques vis-à-vis de la vaccination et des détracteurs des mesures prises contre la pandémie de Covid. « Nous sommes le parti qui reprend le pouvoir au nom du peuple et le lui restitue », peut-on lire dans ses statuts. Ce groupe hétérogène a dû mener sa campagne électorale avec un budget quasi nul et s’est à peine fait remarquer sur les canaux habituels, mais il a su toucher une corde sensible dans un climat tendu, compte tenu du potentiel d’indignation lié au coronavirus. C’est surtout aux Libéraux, qui, dans l’ère post-Strache, manquent de thèmes autres que l’hystérie autour des réfugiés et qui ont eux aussi misé exclusivement sur l’opposition aux mesures anti-Covid, que le MFG a pris des voix – même s’il a également puisé dans le vivier des électeurs de centre-droit.

À Graz, la présidente du FPÖ, Mme Kahr, a poursuivi sur une voie couronnée de succès qui semble n’avoir que peu de points communs avec les petites blagues qui font actuellement surface, telles que « Stalingraz » et « St. Leninhard » (pour St. Leonhard). Dans le fondement idéologique du KPÖ de Styrie, les critiques identifient certes des positions staliniennes et bolcheviques et renvoient notamment à l’intervention télévisée d’un responsable du KPÖ de Graz sur la chaîne d’État biélorusse, où il a tenu des propos élogieux à l’égard du chef de l’État Loukachenko. Kahr n’a toutefois pas remporté la campagne électorale grâce à des slogans idéologiques, mais en se présentant comme une sorte de Vierge protectrice vêtue d’une cape rouge.

Cette femme politique, qui dirige la section municipale de Graz depuis 2011 et qui a déjà contribué à façonner le destin de la métropole de la Mur en tant qu’adjointe au maire et conseillère municipale, s’est imposée comme une figure de la politique sociale jouissant d’une grande crédibilité. Elle organise des permanences au cours desquelles elle prête une oreille attentive au « petit peuple » et cherche une solution à chaque cas particulier : qu’il s’agisse d’un arriéré de loyer dû à une incapacité de travail suite à un accident, ou du besoin d’un logement accessible aux personnes à mobilité réduite après une maladie. Tout comme son collègue du conseil municipal Robert Krotzer, elle ne conserve que 1 950 euros de son salaire et reverse la majeure partie au fonds social de son parti. Aux yeux de la population, « Elke », avec son apparence modeste et discrète, n’est pas une « politicienne typique » – et c’est précisément avec cet élan antipolitique que les communistes de Graz ont mené une campagne électorale professionnelle.

« Différent des autres » et « Agir plutôt que parler » : face à ces critiques cinglantes à l’encontre de la politique traditionnelle, Siegfried Nagl, maire en poste depuis 18 ans, n’a pas réussi à s’imposer avec ses slogans mielleux du type « Tout donner pour Graz ». Ce conservateur, qui gouverne depuis cinq ans en coalition avec les Libéraux, avait lui-même anticipé les élections et s’était lourdement trompé dans ses calculs : des projets grandioses, comme un métro pour cette ville de 350 000 habitants, et un urbanisme qui, au lieu de miser sur un aménagement respectueux du climat, privilégie sans cesse de nouveaux projets de construction, ont suscité, même au sein de son propre parti, un tollé contre « Betons-Siegi ».

Les Libéraux ont misé sur le thème bien connu de la campagne anti-réfugiés, mais cela ne leur a pas permis de gagner du terrain et ils ne disposent plus que d’un seul siège au sein du conseil municipal de Graz. Le fait que les Verts aient tout de même légèrement progressé lors de ces deux élections n’est qu’une maigre consolation pour le parti : ils n’ont pas réussi à faire de la question brûlante du climat un enjeu décisif pour le scrutin. La victoire d’une quasi-travailleuse sociale ici et d’une « guérillera de la pleine conscience » se définissant résolument comme anti-politique là-bas constitue en tout cas un camouflet pour les partis établis, en particulier pour la coalition au pouvoir.