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Politique européenne et internationale 6 min de lecture

Et les élections législatives suivront

France

Article paru dans Édition avril 2022
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La soirée électorale de Marine Le Pen, le 24 avril, se déroule au Pavillon d’Armenonville, dans le 16e arrondissement. C’est une soirée de printemps étouffante ; depuis la terrasse, on voit le soleil disparaître derrière le Bois de Boulogne et les invités enchaînent les amuse-bouches. À 20 heures, le résultat est projeté sur un écran. Les invités s’indignent brièvement des maigres 42 points de pourcentage obtenus par Marine Le Pen, puis se précipitent vers le buffet. Quelques minutes plus tard, ils reviennent, verre à la main, devant la scène, où leur candidate prononce un discours de clôture. Marine Le Pen parle d’une « victoire éclatante », puisqu’elle a obtenu le meilleur résultat électoral de l’histoire de son parti populiste de droite. « C’est pourquoi nous lançons ce soir la campagne pour les élections législatives », a déclaré la candidate malheureuse devant son électorat en liesse. Ils peuvent ensuite se consacrer exclusivement à manger et à boire.

Le résultat des élections ne la déçoit-il pas ? Andréa, une Parisienne, affirme, à l’instar de Trump, que le scrutin a été truqué. D’autres, comme Jean-Pierre, coiffeur à la retraite, souhaitent ignorer le président réélu Emmanuel Macron pendant les cinq prochaines années. « Je vais m’acheter une maison en Bretagne, je vais me tirer d’ici et j’oublierai tout ça », explique le retraité, un verre de rosé à la main. La grande majorité, en revanche, a digéré la défaite de Marine Le Pen après une part de foie gras et parle déjà des prochaines élections. Les élections législatives devraient être l’occasion pour le Rassemblement national d’introduire tout de même son idéologie d’extrême droite au sein du gouvernement.

Les 12 et 19 juin, les 577 députés de l’Assemblée nationale seront élus. Le parti qui remportera la majorité au Parlement pourra former le nouveau gouvernement avec ses ministres. Cela n’est pas prévu par la loi, mais historiquement, les présidents s’y sont toujours conformés. Lorsque le gouvernement n’est pas formé par le président mais par le parti majoritaire, on parle en France de « cohabitation ». À l’époque où les élections législatives avaient lieu deux ans après les élections présidentielles, cela s’est produit à trois reprises : en 1986, avec le Premier ministre de droite Jacques Chirac et le président socialiste François Mitterrand ; en 1993, avec Édouard Balladur comme Premier ministre et le même président ; et en 1997, avec le Premier ministre socialiste Lionel Jospin et Jacques Chirac comme président.

Cependant, comme les élections législatives ont lieu quelques semaines après les élections présidentielles, il n’y a encore jamais eu de cohabitation. Le président fraîchement élu bénéficie généralement, après sa victoire, d’un « état de grâce » et, grâce à sa popularité (souvent éphémère), il remporte sans difficulté la majorité des sièges au Parlement.

Il en va autrement pour Emmanuel Macron, réélu : les Français connaissent sa politique et en sont en partie déçus. Ses adversaires tentent de tirer parti de son impopularité lors des élections législatives. Il s’agit d’une part du pacte d’extrême droite. L’essayiste islamophobe Éric Zemmour (7 % au premier tour) tend la main à sa rivale Marine Le Pen et souhaite, grâce à une « union nationaliste », décrocher la majorité au Parlement.

Mais à gauche aussi, les négociations en vue d’une alliance entre le parti de Jean-Luc Mélenchon, La France Insoumise, les socialistes, les écologistes et les communistes battent leur plein. En début de semaine, le chef de file de la gauche a même fait imprimer des autocollants portant l’inscription : « Mélenchon Premier ministre ». En effet, si la coalition de gauche remporte les élections législatives de juin sous la bannière de l’Union populaire, elle pourrait également désigner le Premier ministre.

Pourtant, lors de ses meetings électoraux, Jean-Luc Mélenchon a régulièrement insisté sur le fait que la véritable force de l’Union populaire résidait dans son parti et non en lui-même. À cet égard, son nouveau slogan « Mélenchon Premier ministre » semble quelque peu égocentrique – à l’image d’un auto-couronnement à la Napoléon. Le politicien de gauche croit-il lui-même à sa nomination au poste de Premier ministre ? Probablement pas. Car même si une alliance de l’ensemble de la gauche venait à se former, elle ne remporterait, selon les sondages actuels, que 93 sièges sur 577 au maximum, tandis que le parti d’Emmanuel Macron, La République en Marche, pourrait en obtenir 368.

La grande différence réside dans le fait qu’il est plus difficile d’obtenir de bons résultats aux élections législatives qu’aux élections présidentielles. Pour passer le cap du premier tour, le 12 juin, un candidat doit recueillir au moins 12,5 % des électeurs inscrits dans sa circonscription ; il ne s’agit pas de 12,5 % des suffrages exprimés. Si, par exemple, seule la moitié des électeurs se rend aux urnes, le candidat doit recueillir 25 % des suffrages pour se qualifier. La participation à ces élections étant généralement assez faible, la tâche s’annonce donc difficile pour Mélenchon. À titre de comparaison : cette année, il a obtenu le meilleur résultat de toute sa carrière politique avec près de 22 % des voix au premier tour.

Par ailleurs, on peut se demander dans quelle mesure une cohabitation avec Jean-Luc Mélenchon ou Marine Le Pen serait réellement souhaitable. Non pas que ce concept soit à rejeter en soi, car la dernière cohabitation entre Jacques Chirac et Lionel Jospin reste dans la mémoire de la plupart des Français comme un souvenir plutôt positif. Le Premier ministre socialiste Jospin a réussi à faire adopter un grand nombre de réformes sociales dont la population bénéficie encore aujourd’hui.

La différence entre la cohabitation Chirac-Jospin de 1997 à 2002 et la situation actuelle réside dans le fait qu’à l’époque, les deux hommes politiques partageaient les mêmes grandes visions, bien qu’ils fussent issus de deux familles politiques opposées. Tous deux souhaitaient par exemple renforcer l’Union européenne autour de l’amitié franco-allemande. Aujourd’hui, ni Jean-Luc Mélenchon ni Marine Le Pen ne partagent les ambitions pro-européennes du président Macron, notamment parce qu’ils prônent tous deux un modèle économique protectionniste.

Ce que les partis perdants appellent le « troisième tour », c’est-à-dire les élections législatives, ne devrait probablement pas aboutir à un résultat concret. Leur discours a néanmoins des conséquences. Ils laissent ainsi entendre indirectement que la victoire électorale d’Emmanuel Macron n’est pas légitime. De la part de Marine Le Pen, proche de Poutine, ces propos sceptiques à l’égard de la démocratie ne surprennent pas. Mais le fait que, désormais, même à gauche, on tente de placer un adversaire d’Emmanuel Macron à l’Hôtel Matignon témoigne d’une conception plutôt discutable de la démocratie.