Gebongt : maintenant, on est plus malin qu’avant. Se vanter, ça pue. Mais dans ce cas-là, j’étais plutôt sceptique dès le début. En effet, je ne faisais pas confiance aux déclarations officielles, j’avais toujours l’impression qu’on en savait plus qu’on ne le disait. Et c’était bien le cas.
En résumé : un certain Philipp F. s’est donc rendu ici, à Hambourg, et a abattu sept Témoins de Jéhovah avant de se suicider ; la police est arrivée sur les lieux presque immédiatement. Ça s’est passé dans notre quartier, à seulement 4 kilomètres à vélo ; j’y suis allé, c’est un immense bâtiment carré aux lignes épurées, en pierre, verre et béton, devant lequel j’étais déjà passé une dizaine de fois. C’est un quartier très animé : un pont sur l’Alster, une station-service, Car-Glass, une grande artère, et même un mur, en plein cœur de la ville. À 500 mètres en face de l’église des Témoins de Jéhovah se trouve l’hôpital israélite.
Près de l’église, le long du trottoir, on cherchait encore, après la fusillade de Schierbelen, des traces de sang. Il y avait des fleurs. Et une voiture de police était postée là, pendant une demi-semaine, avec deux agents, un homme et une femme, à son bord.
Après cette fusillade, il y a eu toute une série de conférences de presse. La police a été sévèrement critiquée pour son intervention. Mais ce qui, au début, semblait être un beau succès policier contre un type qui s’en était pris à son ancienne église, se transforme peu à peu en scandale. Selon un schéma bien connu : on passe du coupable à la police, puis au ministre. À propos du coupable. On l’appelle toujours Philipp F. Mais comme on en sait tellement sur lui, même moi, qui ne suis pas particulièrement doué pour les recherches sur Internet, j’ai mis à peine une minute à découvrir son vrai nom et à voir à quoi il ressemblait sans que son visage soit flouté.
Retour à la police. Celle-ci avait reçu, quelques mois avant la fusillade, un avertissement anonyme selon lequel F. était dangereux. La police, le parquet et le sénateur chargé des affaires intérieures ont confirmé ces faits ; ils ont également indiqué que, lors d’une perquisition inopinée au domicile de F., son arme avait été retrouvée dans un coffre-fort, et que l’homme semblait parfaitement lucide. Son livre délirant sur Dieu, Jésus et Satan n’a fait parler de lui que plus tard. Et le fait que les agents n’aient ni vu ni trouvé ce livre sur Internet. Hum, je me disais bien : quelle enquête de la part des services des armes ! Et maintenant – un bon moment après l’attaque – des recherches menées par le journal « Die Zeit » révèlent qu’un policier savait à quel point Philipp était dangereux et dérangé, mais que ce policier n’en a pas fait part à ses collègues. Et la question se pose de savoir quelle était exactement la nature des relations entre Philipp F. et ce policier, s’ils se connaissaient, se connaissaient, par exemple, au Hanseatic Gun Club, où Philipp F. s’entraînait au tir. Quoi qu’il en soit : le policier qui n’a pas transmis ce qu’il savait fait désormais l’objet d’une procédure disciplinaire. Et toute la machine politique est mise en branle, notamment la question de savoir qui sait quoi et qui a omis de dire quelque chose. Au centre de l’attention se trouve le sénateur chargé des affaires intérieures, Andy Grote – également appelé Andy P. (ce qui rime avec « Himmel » ; mais c’est une autre histoire). Selon l’opposition, composée de la CDU et de Die Linke, le sénateur n’aurait pas dit tout ce qu’il savait, notamment au sein de la commission des affaires intérieures du Parlement régional, et il devrait donc démissionner.
Des informations et des questions désagréables qui ont été évitées ou éludées. Une histoire abstruse qui finit par révéler qu’une rumeur circulait dans les milieux policiers selon laquelle quelqu’un aurait été couvert alors qu’il aurait dû être arrêté – et après la terrible fusillade, ce sont des collègues tenaces qui doivent découvrir que tout aurait pu être évité si l’on avait agi et communiqué de manière appropriée.
Est-ce que ça vous dit quelque chose – en luxembourgeois –, non ? Une histoire d’initiés qui part complètement en vrille, justement parce qu’à Hambourg, l’enquête avance bien plus lentement que pour les attentats à la bombe de 1985.
Les collègues se relaient et un autre collègue sait qu’il n’a rien à faire. Un schéma, quoi. C’est justement au Luxembourg que le début de l’enquête a pris beaucoup plus de temps. À tel point que l’enquête n’était pas seulement laborieuse, mais qu’elle a également été entravée, mais qu’il y a également eu des tentatives pour la faire traîner en longueur, comme l’a d’abord constaté le courageux procureur Robert B. Un certain Luc F. aurait également joué un rôle dans cette affaire, selon une rumeur qui circule au Palais de justice. Il y aurait eu une vive altercation dans le bureau de Robert B., entre le ministre F. et le procureur. Rumeurs issues du milieu judiciaire. Ce qui n’est toutefois pas une rumeur, c’est que le ministre F. aurait un jour demandé à des journalistes s’ils n’avaient rien de mieux à faire que d’enquêter sur l’affaire Bommeleeër, car cela ne mènerait de toute façon à rien. Mais personne ne peut exiger la démission de Luc F. pour une telle raison, car Luc F. n’est plus là.