La semaine dernière, le gouvernement a émis un emprunt d’État à court terme d’un montant de 150 millions d’euros. Celui-ci est divisé en parts de 1 000 euros, afin que les petits épargnants puissent eux aussi y investir leurs économies, a expliqué Gilles Roth, ministre des Finances du CSV.
Sur une durée de trois ans, cette obligation rapporte 2,25 %. Au cours des deux dernières années, l’État a émis trois obligations d’un montant de plusieurs milliards destinées aux grands investisseurs : banques, compagnies d’assurance. Elles ont une durée de dix ans et rapportent entre 2,625 et 2,9 %.
Supposons qu’un petit épargnant touchant un salaire moyen de 6 327 euros ait acheté des obligations pour le montant d’un mois de salaire. Pour les payer, il a retiré 6 000 euros de son compte d’épargne. En effet, la banque lui verse un taux d’intérêt inférieur d’un demi-point de pourcentage sur ce compte. De plus, l’État prélève une retenue à la source de 20 % sur les intérêts perçus.
Le 17 décembre, le CSV, le DP, le LSAP, l’ADR, les Verts et le Parti pirate ont exonéré le « Defence bond » de la retenue à la source. Dans l’intérêt de la sécurité nationale. Ils ont ainsi encouragé les petits épargnants à placer temporairement jusqu’à 150 000 euros de capital improductif en bénéficiant d’avantages fiscaux.
Ce petit épargnant percevra chaque année, jusqu’au 5 février 2029, 135 euros d’intérêts. Soit un total de 405 euros. Cette obligation permet d’acheter un tiers d’un satellite militaire, des drones, des appareils radio et des munitions. C’est ce qu’affirme la ministre de la Défense du DP, Yuriko Backes. Cet argent ne constitue pas un capital productif, les intérêts ne proviennent pas d’une plus-value : le petit épargnant paie ces intérêts sur ses impôts. Il en va de même pour les contribuables qui n’ont pas les moyens d’acheter des obligations.
À 2,25 %, le taux d’intérêt fixe de l’emprunt est légèrement supérieur au taux d’inflation. Le budget pluriannuel 2026-2029 table sur un taux d’inflation de 1,4 % pour l’année en cours, de 2 % pour l’année prochaine et de 2,1 % pour 2028 (p. 8). Sur ces 6 000 euros, 330 euros sont perdus en raison de la dépréciation monétaire. Au bout de trois ans, il reste 75 euros de revenus d’intérêts réels, à condition que l’inflation n’augmente pas plus rapidement.
Selon les banques, les frais de garde et de coupon s’élèvent à un quart de pour cent par an. Le petit épargnant doit souvent s’acquitter d’un forfait minimum plus élevé, majoré de 14 % de TVA. Au final, il est complètement privé de son rendement. Le ministre des Finances et les banquiers se disent : « Petits porteurs, petits cons. » Sans exonération de la retenue à la source, ses revenus d’intérêts s’élèveraient à 324 euros. Après correction de l’inflation, il ferait une opération déficitaire.
Les emprunts de guerre font systématiquement partie des préparatifs de guerre. Jusqu’à ce que le marché obligataire s’essouffle. Ensuite, l’industrie de l’armement fond les bijoux en or, l’argenterie et les cloches d’église. Après la guerre, les emprunts sont remboursés par l’inflation et une réforme monétaire. Les petits épargnants sont ruinés ou morts. Les grands investisseurs possèdent des terrains, des maisons, des usines.
Le terme « Defence bond » relève du jargon de l’OTAN. Il vise à faire comprendre que l’après-guerre est terminé et que la période d’avant-guerre a commencé. Le CSV et le DP veulent intégrer les préparatifs de guerre dans le quotidien des fonctionnaires, des salariés et des indépendants. Tout en rassurant leur électorat : même la destruction du capital peut être une affaire lucrative.
Cette émission obligataire était un test. Un test visant à mobiliser l’épargne privée et à évaluer l’acceptation d’une militarisation de la société. C’est pourquoi le gouvernement a encouragé sa commercialisation par tous les moyens. Il n’a même pas hésité à dénoncer le faible taux d’intérêt pratiqué par les banques. En guise de consolation, celles-ci peuvent conserver un demi-pour cent des recettes. 750 000 euros en récompense de leur participation à la commercialisation.
Au bout de 24 heures, le ministre des Finances triomphait dans un communiqué de presse : l’emprunt « a été entièrement alloué ce vendredi matin ». Il voulait écrire : « Les petits rentiers dévots des quartiers tranquilles, les pauvres prêtres de campagne débarqués le matin du chemin de fer, bâillaient de béatitude devant la porte, en ressortaient rouges de plaisir d’avoir des fonds là-dedans » (Émile Zola, L’Argent, p. 251).