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Politique européenne et internationale 5 min de lecture

La Grande-Bretagne, sa patrie d’adoption

Grande-Bretagne

Article paru dans Édition août 2021
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« Je me suis simplement présentée à l’agent des frontières et je lui ai montré mon passeport BNO. L’agent s’est absenté un instant. À son retour, il m’a dit que j’étais la bienvenue », raconte Ruth Lee (54 ans), qui est arrivée en septembre dernier par avion depuis Hong Kong via Heathrow et vit désormais à Liverpool. Pour Lee, comme pour beaucoup d’autres, l’arrivée au Royaume-Uni a marqué la dernière étape d’un départ définitif et prévu de longue date de sa ville natale. Dès 1997, à l’époque où Hong Kong était encore une colonie de la Couronne britannique, elle avait déposé une demande pour obtenir le statut de ressortissant britannique d’outre-mer (BNO).

Le BNO est un statut spécial que le gouvernement britannique avait négocié avec la Chine dans les années 1980 pour les citoyens de Hong Kong. Pour l’obtenir, il suffisait à l’époque de s’enregistrer, ce qui n’était possible que jusqu’en 1997, date de la fin de la colonie de la Couronne et de la rétrocession de Hong Kong à la Chine. Au départ, ce statut ne faisait que permettre à ses titulaires d’effectuer des séjours de courte durée au Royaume-Uni avec un peu moins de formalités. « Nous pensions que cela pourrait peut-être servir à autre chose un jour », raconte Lee.

Lee ajoute qu’elle a constaté une détérioration progressive de la situation à Hong Kong depuis la répression des manifestations. À cela s’est finalement ajoutée la loi sur la sécurité nationale adoptée par la Chine, qui a encore davantage criminalisé les manifestations et continué à éroder le statut spécial protégé de Hong Kong. Grâce à ses voyages d’affaires, cette ancienne experte en logistique connaissait bien la situation en Chine. Elle en est venue à la conclusion que Hong Kong ne se distinguerait bientôt plus de la Chine, en raison d’une liberté d’expression fortement restreinte et du pouvoir croissant du Parti communiste chinois.

En juillet 2020, elle a décidé de ne plus attendre et d’émigrer, après que le ministre britannique des Affaires étrangères, Dominic Raab, eut annoncé que le gouvernement britannique accueillerait des citoyens de Hong Kong au Royaume-Uni et leur ouvrirait la voie vers la nationalité britannique. Il s’agit là d’un engagement historique du Royaume-Uni envers Hong Kong, mais aussi d’une mesure visant à préserver la démocratie et la liberté, avait déclaré M. Raab à l’époque, tout en condamnant le recours à la violence et les restrictions croissantes imposées par la Chine à Hong Kong.

Concrètement, cette offre signifie que le Royaume-Uni propose à tous les Hongkongais bénéficiant du statut BNO, auquel est associé un passeport spécial, la possibilité de se rendre au Royaume-Uni sans formalités administratives trop lourdes. Cela peut déboucher sur un séjour permanent. Les enfants et petits-enfants des personnes bénéficiant du statut BNO, ainsi que les personnes directement à leur charge, sont également autorisés à entrer sur le territoire. À leur arrivée, ils se voient d’abord délivrer un visa de 36 mois, qui peut ensuite être prolongé jusqu’à cinq ans.

Ces droits ont toutefois un coût. Les personnes entrant sur le territoire doivent s’acquitter d’une redevance d’enregistrement auprès de l’État britannique et prendre en charge les frais liés à leurs soins de santé. Pour une famille de trois personnes, cela représente pas moins de 23 600 euros sur cinq ans. Ce n’est qu’à l’issue d’un séjour de cinq ans qu’il est possible de demander un droit de séjour permanent en effectuant un nouvel enregistrement, ce qui entraîne des frais supplémentaires à la charge des demandeurs. D’un autre côté, cette voie permet théoriquement à 72 % de l’ensemble des habitants de Hong Kong d’émigrer au Royaume-Uni, soit tout de même 5,4 millions de personnes au total.

Selon Peter Walsh, de l’Observatoire des migrations de l’université d’Oxford, la mesure annoncée en grande pompe par le gouvernement britannique ne correspond en rien à ce qu’on pourrait réellement qualifier de programme d’accueil des réfugiés. Walsh la décrit plutôt comme un programme d’entrée sur le territoire s’appuyant sur les droits de séjour déjà existants pour les ressortissants de Hong Kong. En 2019, seules 13 véritables demandes d’asile avaient été déposées par des Hongkongais. « La plupart des personnes qui arrivent aujourd’hui sont des individus aisés et diplômés, capables de subvenir à leurs propres besoins », poursuit Walsh. Il existe toutefois désormais une nouvelle dérogation permettant aux immigrants potentiels plus modestes en provenance de Hong Kong de solliciter l’aide sociale. Pour ceux qui doivent recourir à cette aide, la durée minimale pour déposer une demande de naturalisation britannique passe toutefois automatiquement de cinq à dix ans.

Avec de telles règles, beaucoup de personnes suivront-elles l’exemple de Ruth Lee ? L’Observatoire des réfugiés d’Oxford estime qu’entre 257 000 et 322 000 personnes s’installeront au Royaume-Uni au cours des cinq prochaines années. Une nouvelle offre d’admission destinée aux Hongkongais, proposée par le gouvernement américain de Joe Biden, pourrait permettre de maintenir ce chiffre à un niveau légèrement inférieur.