Nouveauté Lancement du nouveau site internet du Land Voir la boutique en ligne →
Politique européenne et internationale 4 min de lecture

L’UE ne contrôle rien

Ce n’est qu’après coup que le président ukrainien Volodymyr Zelensky a appris par Donald Trump lui-même que le président américain avait passé une heure au téléphone mercredi avec Vladimir Poutine pour mettre fin à la…

Article paru dans Édition février 2025
Partager l'article sur

Ce n’est qu’après coup que le président ukrainien Volodymyr Zelensky a appris par Donald Trump lui-même que le président américain avait passé une heure au téléphone mercredi avec Vladimir Poutine pour mettre fin à la guerre en Ukraine et entamer « sans délai » des négociations à ce sujet. Les dirigeants européens l’ont appris par les réseaux sociaux. Ils ne contrôlent rien.

Trump ne semble vouloir reconnaître aucun rôle dans les négociations ni à l’Ukraine, ni à l’UE. Le fait que le président du Conseil de l’UE, António Costa, ait insisté sur ce point le mois dernier n’a apparemment aucune importance. Le fait que la haute représentante de l’UE pour les affaires étrangères, Kaja Kallas, ait écrit mercredi soir sur X que l’UE devait jouer un « rôle central » dans de telles négociations n’a apparemment aucune importance non plus. C’est avant tout Trump qui a mis l’Ukraine dans une situation difficile : sous Joe Biden, la devise était « rien sans l’Ukraine ». Cela semble désormais appartenir au passé.

En l’état actuel des choses, Trump souhaite conclure un accord de paix, mais laisser aux Européens le soin de le mettre en œuvre. Le ministre américain de la Défense, Pete Hegseth, a déclaré mercredi à Bruxelles devant le Groupe de contact sur l’Ukraine, composé de 50 États, que le maintien de l’ordre en Ukraine après la guerre devrait être assuré par des troupes européennes. Les États-Unis n’en mettraient pas à disposition. Pour les États-Unis, la sécurité de l’Ukraine et celle de l’Europe ne constituent plus une priorité. Le gouvernement Trump se concentre sur la « dissuasion » de la Chine. Une adhésion de l’Ukraine à l’OTAN serait « irréaliste ». Il serait « illusoire » que l’Ukraine récupère son territoire reconnu par le droit international (avant l’occupation de la Crimée et de certaines parties du Donbass par la Russie en 2014). Les pays européens membres de l’OTAN devraient investir davantage dans leur défense. Cinq pour cent du PIB ; les États-Unis augmenteraient également leurs dépenses.

Les craintes que les gouvernements européens préféraient ne pas aborder publiquement se confirment donc. Hegseth a certes rapporté un engagement de l’administration Trump en faveur de l’OTAN et du « partenariat de défense avec l’Europe ». Mais ces derniers jours, des spéculations avaient déjà circulé sur ce à quoi pourrait ressembler une garantie de sécurité pour l’Ukraine, fournie par l’Europe seule. On parlait d’au moins 150 000 hommes nécessaires à cet effet. À condition que la Russie y consente. Et à condition que les États-Unis apportent leur soutien si la Russie venait à mettre à l’épreuve les forces européennes.

Les historiens se prononceront un jour pour savoir si les États-Unis ont laissé les pays européens seuls face à une guerre dont ils ne voulaient pas. En tout cas, ceux-ci ne sont pas prêts à imposer une paix armée en Ukraine face à la deuxième puissance nucléaire mondiale. La question de savoir s’il peut y avoir une solution négociée n’impliquant pas de troupes de combat en Ukraine relève de la pure spéculation. Et cela semble peu probable sans la participation de l’Ukraine aux négociations avec la Russie. En revanche, il est presque certain que le simple fait de mobiliser une force de 50 000 hommes serait déjà très difficile.

Et qu’est-ce que cela signifierait pour l’« architecture de sécurité » européenne ? Qui, en fin de compte, ne pourra se passer de la Russie, car on ne choisit pas ses voisins ? Trump a en partie sorti Poutine de l’isolement diplomatique imposé par l’Occident et lui a promis une nouvelle « coopération ». Alors que l’Europe est censée s’engager dans une confrontation avec la Russie – en grande partie seule. Pour l’UE, cela se traduira par un réarmement. Et la Chambre des députés luxembourgeoise pourrait bientôt débattre à nouveau de la conscription.