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Politique européenne et internationale 4 min de lecture

La fête continue

Grande-Bretagne

Article paru dans Édition mai 2022
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Des bouteilles vides, du vin et des spiritueux, des verres et des gobelets sont posés sur la table ; la pièce compte au moins neuf personnes, dont Boris Johnson, qui lève son verre. Quelques instants plus tard, il semble prononcer un discours, un verre à la main. Plusieurs photos publiées par ITV News, prises le 13 novembre 2020 lors d’une fête d’adieu organisée en l’honneur de Lee Cain, alors responsable de la communication au 10 Downing Street, soulèvent de nouvelles questions concernant les festivités qui se sont tenues dans le quartier du gouvernement britannique pendant les confinements. Au moment où ces photos ont été prises, des règles strictes de distanciation sociale étaient encore en vigueur au Royaume-Uni. Seules deux personnes issues de foyers différents étaient autorisées à se réunir à l’intérieur d’un même logement.

L’enquête policière sur le « Partygate », qui a coûté 500 000 euros, s’est achevée la semaine dernière seulement. Résultat : 126 amendes infligées a posteriori à 83 personnes ayant participé à huit fêtes différentes. La publication des conclusions détaillées du rapport d’enquête par la haute fonctionnaire Sue Gray est imminente.

Boris Johnson s’était vu infliger une amende pour une autre fête – celle de son anniversaire – le 19 juin 2020, mais pas pour celle du 13 novembre de la même année. Les forces d’opposition exigent désormais des explications de la part de la police, car au moins une personne présente à la fête du 13 novembre a déjà dû payer une amende. La vice-présidente du Parti libéral-démocrate, Daisy Cooper, a adressé cette semaine une lettre à ce sujet au directeur général de l’Office indépendant chargé de la conduite de la police (IOPC).

De plus, Johnson avait déjà été interrogé au Parlement en décembre dernier au sujet de la fête du 13 novembre. Il avait alors répondu qu’il n’y avait pas eu de fête. Or, les photos prouvent désormais le contraire. Par ailleurs, Johnson s’était ensuite mis en quarantaine pendant deux jours, car il avait été en contact avec des personnes infectées par la Covid-19, comme on peut le lire sur son compte Twitter. S’il peut être prouvé qu’il a fait une fausse déclaration, il est d’usage, selon les règles de conduite assez souples du Parlement britannique, de démissionner de ses fonctions ministérielles, même s’il s’agit du Premier ministre. L’excuse avancée jusqu’à présent par Johnson : il pensait que ces fêtes étaient considérées comme des réunions de travail.

Une nouvelle enquête de la BBC cite désormais trois collaborateurs et collaboratrices du 10 Downing Street, qui affirment que 30 personnes étaient présentes à la fête organisée en l’honneur de Lee Cain, et que certains employés étaient assis sur les genoux d’autres personnes. Il y aurait eu chaque vendredi une soirée arrosée au siège du Premier ministre, même pendant la pandémie. Sue Gray avait déjà évoqué, dans son rapport préliminaire, une consommation d’alcool effrénée de la part des collaborateurs sur leur lieu de travail. Une collaboratrice a déclaré à la BBC que Johnson était toujours présent et n’avait jamais rien dit contre cela.

Angela Rayner, vice-présidente du Parti travailliste, qui fait elle-même l’objet d’une enquête pour avoir prétendument enfreint les règles de distanciation sociale l’année dernière, a déclaré que que Johnson avait déshonoré sa fonction en enfreignant les règles qu’il avait lui-même instaurées, alors que « le peuple britannique a consenti d’énormes sacrifices pendant la pandémie ».

Du côté des conservateurs également, ces révélations ont suscité de nouvelles critiques. Ces derniers mois, le climat à l’égard de Johnson s’était quelque peu apaisé, notamment en raison de la guerre en Ukraine. Mais Steve Baker, député conservateur de second rang, a récemment publié sur Twitter une affiche du service de santé britannique datant de la période de la pandémie, qui met en garde contre les infractions aux règles. On y voit une femme malade portant un masque à oxygène, accompagnée de la mention : « Dis-lui que tu n’as jamais enfreint les règles liées au Covid. » D’autres députés de second rang, comme le vétéran ultra-conservateur Peter Bone, défendent Johnson en affirmant qu’il ne s’agissait pas d’une fête. Son argument a été réfuté sur Twitter par l’ancien chef de cabinet du 10 Downing Street, Dominic Cummings : « La police métropolitaine a qualifié cela de rassemblement illégal dans un lieu clos et a infligé des amendes. » Bone est connu pour être un imbécile, a ajouté Cummings.