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Politique européenne et internationale 4 min de lecture

Fuesvakanz

CONVERSATION FORTUITE AVEC L'HOMME DANS LE TRAIN

Article paru dans Édition février 2026
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La veille de Noël 1977, le Parlement a adopté la loi mère de toutes les lois tripartites. Elle a ouvert la voie à des décennies de manipulation des indices. Les gouvernements ont acquis une grande dextérité dans cet art.

Le Parlement devrait transposer en droit national la directive « relative à des salaires minimums adéquats dans l’Union européenne » d’ici le 15 novembre 2024. Selon cette directive, le salaire minimum national est trop bas par rapport au niveau général des salaires. C’est pourquoi la directive n’a toujours pas été transposée à ce jour. Le gouvernement cherche toujours le moyen approprié de manipuler le salaire minimum.

L’objectif du salaire minimum est de « fixer les salaires considérés comme indispensables […] au maintien d’un niveau de vie suffisant » (arrêté grand-ducal du 22 janvier 1945). Le montant de ce minimum vital varie selon les époques et les pays.

Le marché de l’offre et de la demande ne peut garantir un minimum vital : la concurrence pousse chaque entrepreneur à baisser les salaires. Dans le commerce et la restauration, les syndicats ne comptent pas suffisamment d’adhérents pour imposer des salaires plus élevés.

C’est pourquoi la loi doit fixer un salaire minimum. Dans l’intérêt des salariés, qui ont besoin d’un minimum vital. Dans l’intérêt des entrepreneurs, qui ont besoin de préserver la main-d’œuvre.

Le débat porte sur le montant du salaire minimum légal. Il est acharné, car il s’agit de la répartition de la valeur du produit du travail entre les salariés et les entrepreneurs. Il ne s’agit pas d’une redistribution par l’État, mais d’une répartition primaire au sein de l’entreprise – comme dans le cas de l’indice.

Conformément au paragraphe 28 de la directive, le salaire minimum peut correspondre à « 60 % du salaire médian brut », à « 50 % du salaire moyen brut » ou à « 50 % ou 60 % du salaire moyen net ». En 2022, le salaire moyen s’élevait à 6 327 euros, tandis que le salaire médian était de 4 844 euros. Le salaire moyen est supérieur de 30 % au salaire médian (Statec, Salaires au Luxembourg, 07/2024). Cet écart reflète l’ampleur des disparités salariales dans le pays.

Depuis le 1er mai 2025, le salaire minimum s’élève à 2 704 euros. Par rapport au salaire médian de 2022, il devrait être porté à 2 906 euros. Si l’on se base sur le salaire moyen, il devrait s’élever à 3 163 euros. Ce qui augmenterait la masse salariale annuelle du secteur privé de 359 millions, voire 635 millions d’euros. C’est ce qu’a déclaré l’ancien ministre du Travail Georges Mischo le 8 janvier 2025 devant la commission parlementaire de l’emploi. Il a évoqué une « explosion des coûts difficilement envisageable ». Sur une masse salariale totale de 40,7 milliards d’euros, cette augmentation représente respectivement 0,9 % et 1,6 %.

Le gouvernement veut faire supporter des centaines de millions de coûts liés aux renonciements aux vendeuses, serveurs et femmes de ménage. Il n’est prêt à accorder qu’une faible augmentation. Le salaire minimum se situe à deux pour cent en dessous du seuil de pauvreté. Beaucoup travaillent à temps partiel. Ils disposent de moins de 2 704 euros pour vivre.

La première tentative de manipulation était un peu maladroite. Le 30 août 2024, le gouvernement a présenté un projet de loi sans fixer de montant. Le Conseil d’État avait émis des réserves.

Deuxième tentative. Le 7 mai 2025, un amendement a été déposé visant à calculer le niveau des salaires sans tenir compte de la fonction publique. Le salaire minimum s’élèverait alors à 2 470 euros ou 2 608 euros : soit 234 euros, respectivement 96 euros de moins qu’aujourd’hui. Cela allait à l’encontre de la directive.

Troisième tentative. Il fallait ensuite déduire les aides sociales et les crédits d’impôt. Quatrième tentative. Georges Mischo a demandé « si nous prenions en compte les prestations gratuites telles que les transports en commun, les manuels scolaires et les maisons relais » (Luxemburger Wort, 14/11/25).

Cinquième tentative. Certains entrepreneurs souhaitent une solution plus simple : la prise en charge par l’État de leurs charges salariales. Comme en 2019, 2022 et 2023, lorsque l’État a pris en charge les coûts liés à l’augmentation du salaire minimum et aux indexations pour les entrepreneurs.

Sixième tentative. Le ministre du Travail, Marc Spautz, a annoncé que « pour les congés payés, ce ne sera peut-être pas encore avec un montant précis, mais que la facture sera alors posée sur la table » (RTL, 16 janvier 2025).