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Politique européenne et internationale 8 min de lecture

Empêcher le FPÖ

La « coalition des bonbons » autrichienne n'est toujours pas formée

Article paru dans Édition décembre 2024
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Après la victoire électorale du Parti libéral aux élections du Conseil national en septembre, le chancelier sortant Karl Nehammer (ÖVP) avait décidé assez rapidement de tenter de former une coalition avec les sociaux-démocrates et le parti Neos, respectivement classés troisième et quatrième. Il avait déjà écarté l’idée d’une coalition avec le FPÖ et son chef de file Herbert Kickl avant même le début de la campagne pour les élections européennes. Le parti dirigé par Kickl serait trop radical. Il tente désormais, avec le Neos – qui a devancé lors des élections son partenaire de coalition actuel, les Verts – et les sociaux-démocrates, de s’engager sur la voie des réformes. Cela semble plus nécessaire que jamais, alors que de nouvelles mauvaises nouvelles sont rendues publiques presque quotidiennement.

Il y a quelques jours à peine, on a appris que le gouvernement sortant laissait derrière lui un trou budgétaire considérable : avec un déficit de 4,1 % du PIB, l’Autriche enfreint l’un des critères de Maastricht. En conséquence, il faudrait réaliser 24 milliards d’euros d’économies au cours de la prochaine législature. À cela s’ajoutent les faillites d’entreprises et les licenciements collectifs. Cela concerne surtout l’industrie manufacturière, dont les entreprises, comme le constructeur de motos KTM, sont confrontées à d’énormes difficultés de vente.

Le fait que Gazprom ait soudainement interrompu ses livraisons au géant de l’énergie OMV a également provoqué un bref choc et relancé la question de l’avenir de l’approvisionnement en gaz en Autriche. Le groupe public russe avait brusquement interrompu ses livraisons, qui couvraient encore 86 % des besoins en septembre, à la mi-novembre. OMV n’avait pas reçu les dommages-intérêts qui lui avaient été accordés par la justice pour les quantités de gaz non livrées. L’entreprise a alors suspendu ses paiements à Gazprom, en guise de compensation, pour ainsi dire. Malgré les sanctions de l’UE contre la Russie en raison de la guerre en Ukraine, l’Autriche reste dépendante du gaz russe. Et comme si cette crise ne suffisait pas, de nouveaux détails ne cessent d’émerger sur les liens entre le magnat de l’immobilier René Benko, désormais recherché par mandat d’arrêt, et des responsables politiques et fonctionnaires autrichiens.

Tels sont donc les défis auxquels sont confrontés les dirigeants du SPÖ, du Neos et de l’ÖVP. C’est surtout le point le plus délicat, à savoir le déficit budgétaire, qui fait l’objet de débats publics. Or, comme l’a récemment souligné Christoph Badelt, économiste et président du Conseil budgétaire, sa réduction ne pourra probablement pas être obtenue uniquement par des mesures d’austérité. Et pourtant, il n’y a même pas encore d’accord sur les mesures d’austérité proposées. Les sociaux-démocrates ne renoncent pas à leur proposition d’introduire un impôt sur la fortune, bien que ce point soit considéré comme un « no-go » par l’ÖVP. Lors de la réunion des présidents de parti mardi, le chef du SPÖ, Andreas Babler, avait apporté les résultats d’une nouvelle enquête de l’Institut de recherche sociale empirique (Ifes), dans laquelle plus de la moitié des personnes interrogées se sont prononcées en faveur de l’introduction d’un « impôt sur les millionnaires ». Pour la négociatrice de l’ÖVP, cela est toutefois hors de question pour l’instant. En revanche, la suppression du bonus climatique et du congé parental pour formation fait l’objet de discussions. Le « frein aux prix de l’électricité », qui, grâce à une subvention de l’État, a surtout soulagé les petits ménages face à la forte inflation et à la hausse des prix de l’énergie ces dernières années, sera supprimé dès le début de l’année prochaine. En Basse-Autriche, on alimente déjà le débat contre le congé de formation – une interruption de la relation de travail financée par l’Agence pour l’emploi à des fins de formation continue – en relayant dans les médias des cas d’abus présumés. Or, la suppression de cette mesure toucherait avant tout les couches les plus défavorisées de la population, qui n’ont guère de chances de progresser professionnellement sans aide.

Certaines mesures sur lesquelles l’ancienne coalition entre l’ÖVP et les Verts n’était pas parvenue à s’entendre présenteraient également un potentiel d’économies. La suppression du « privilège diesel », par exemple, c’est-à-dire l’augmentation de la taxe sur les carburants, jusqu’ici plus faible pour le diesel, ainsi qu’une réforme de l’indemnité forfaitaire de déplacement et du « privilège voiture de fonction » selon des critères écologiques. Selon l’économiste Katharina Rogenhofer, de l’Institut Kontext, cela représenterait un potentiel d’économies annuel d’un milliard, comme le rapporte le journal Oberösterreichische Nachrichten. Ces réformes auraient également des effets positifs sur l’environnement, car elles supprimeraient les avantages accordés aux véhicules polluants et pourraient ainsi favoriser le passage à des moyens de transport plus respectueux de l’environnement ou aux transports en commun.

« Un plan d’austérité ne suffit pas à garantir l’avenir », a déclaré Gabriel Felbermayr, directeur de l’institut de recherche économique Wifo, aux négociateurs. On ne perçoit toutefois guère encore le rôle actif que le futur gouvernement doit désormais jouer pour empêcher la compétitivité de l’Autriche de continuer à se dégrader. Les conclusions des 33 groupes de travail thématiques sont gardées secrètes ; les parties souhaitent poursuivre les négociations pendant les fêtes et ne les rendre publiques qu’une fois qu’un résultat aura été obtenu.

C’est ainsi que le vainqueur des élections, le Parti libéral, n’a aucun mal à mettre les négociateurs, en premier lieu le chancelier Nehammer, sur la sellette devant les médias et à les ridiculiser. Son entourage est lui aussi mobilisé, et c’est ainsi que les partisans du FP se retrouvent volontiers, comme ils le font depuis des années, le samedi à Vienne aux côtés de manifestants issus des milieux complotistes et négationnistes du Covid, pour protester haut et fort contre une coalition turquoise-rouge-rose, et réclamer leur « chancelier du peuple », Herbert Kickl. Ce parti d’opposition chevronné souligne en outre, dans de nombreux communiqués, les échecs et les manquements du gouvernement, et mobilise ses partisans via ses propres médias et canaux de communication.

Dans le Land de Styrie, elle vient tout juste de remporter sa dernière victoire électorale et a pu y faire valoir son droit à assumer les responsabilités gouvernementales. Avec Mario Kunasek, c’est donc la première fois depuis Jörg Haider qu’un gouverneur du FPÖ dirige le gouvernement d’un Land ; celui-ci a réussi à conclure les négociations de coalition avec son partenaire minoritaire, l’ÖVP, en seulement trois semaines. L’ancien ministre de la Défense du gouvernement « turquoise-bleu » (2017-2019) est acclamé ; les multiples levées de son immunité, l’ouverture d’enquêtes suite à une affaire financière, ainsi que sa proximité avec des personnes peu éloignées des idéologies nazies n’ont, jusqu’à présent, apparemment pas trop nui à Kunasek.

Dans quatre autres Länder, les Libéraux font déjà partie du gouvernement régional. On entend peu de plaintes publiques concernant d’éventuels problèmes de collaboration, et les partenaires de la coalition soutiennent même des décisions contestables, comme ce fut récemment le cas dans le cadre d’une procédure d’octroi de la nationalité. Un candidat n’ayant pas chanté l’hymne national lors de la cérémonie d’attribution, la nationalité lui a été retirée par une décision du Landtag, sur proposition de l’adjoint du FPÖ auprès de la présidente du Land.

Il y a déjà plusieurs années, l’ÖVP a commencé à adapter à son propre programme des concepts politiques de la droite, tels que la lutte active contre l’immigration. Sans doute aussi dans l’espoir d’attirer ainsi des électeurs du camp de la droite. Les résultats électoraux de cette année, qui ont vu le FPÖ dépasser l’ÖVP, montrent que cette stratégie ne semble pas porter ses fruits à long terme.

De nouvelles élections auront lieu à la mi-janvier. Mais même dans le dernier Land dirigé seul par le SPÖ, le Burgenland, les sondages laissent entrevoir une nette progression des voix en faveur du FPÖ, ce qui ferait de ce parti un partenaire de coalition potentiel. Avec Norbert Hofer, ancien président du FPÖ et troisième président du Conseil national, c’est un homme politique bien connu du FPÖ qui se présente contre le gouverneur en difficulté Peter Doskozil. Ce dernier est connu pour ses dissidences au sein de son parti et n’est plus considéré comme un espoir pour l’avenir du SPÖ, du moins depuis sa défaite face à Andreas Babler lors du vote pour la présidence du SPÖ l’année dernière.

De tous côtés, on entend désormais : « Il faut accélérer le rythme pour parvenir rapidement à un accord ! » Sinon, la tentative de contourner les Bleus au niveau fédéral pourrait bien finir par échouer, et le prochain chancelier fédéral pourrait bien s’appeler Herbert Kickl.