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Politique européenne et internationale 5 min de lecture

Ce n’est pas une promenade jusqu’à la Hofburg

AUTRICHE

Article paru dans Édition septembre 2022
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Tassilo Wallentin entend mener une campagne « olympique » pour briguer la plus haute fonction d’Autriche. Cet avocat et ancien chroniqueur du journal à sensation Kronen-Zeitung est l’un des 13 candidats probables qui briguent la présidence de la République fédérale d’Autriche le 9 octobre. Ou, dans un cas précis, conserver ce poste, car le chef de l’État sortant, Alexander van der Bellen, se présente à nouveau aux élections, malgré un accident de randonnée. On peut d’ailleurs sans hésiter parler uniquement de « candidats », car on ne trouve pas une seule femme parmi les prétendants, mais en revanche une diversité remarquable de personnalités issues de milieux politiques ou non politiques : du professeur de yoga au député du parti anti-vaccins MFG (Menschen-Freiheit-Grundrechte), en passant par des entrepreneurs engagés politiquement et le fondateur du « Parti de la bière », Marco Pogo.

Aussi sportif et décontracté que Wallentin puisse paraître, l’idéal olympique s’évapore rapidement face à une concurrence issue d’un univers politique similaire. Ce juriste de 50 ans déconseille désormais de voter pour son rival de droite, le candidat du Parti de la liberté Walter Rosenkranz. Un membre d’une fraternité étudiante pratiquant l’escrime comme candidat, qui plus est « par la grâce de Kickl », c’est-à-dire avec le soutien du chef du Parti libéral Herbert Kickl, qui fait lui-même l’objet de critiques croissantes au sein de son propre parti pour son attitude provocatrice, un tel candidat ne remportera pas « au XXIe siècle » une élection présidentielle.

Wallentin ne précise pas d’où lui vient cette appréciation, mais il démontre ainsi qu’il se considère comme un candidat modéré, en opposition aux Libéraux. Cette attitude pourrait bien cacher une certaine déception, Wallentin ayant en effet mené, sans en faire grand mystère, des discussions en ce sens afin de se présenter comme candidat des Libertins malgré son absence d’adhésion au parti. Sur le fond, à en croire ses chroniques, il n’est pas très éloigné de la rhétorique anti-immigration et d’autres positions du Parti libéral.

Pendant longtemps, tout semblait indiquer que le retour à la Hofburg serait pour le président sortant une « promenade de santé », c’est-à-dire une victoire sans effort pour Alexander van der Bellen. Mais les événements se sont enchaînés. Les répercussions du mandat de Sebastian Kurz, court dans le temps mais exigeant sur le plan politico-juridique, ont mis au jour un nouveau scandale : L’hebdomadaire viennois Falter a été le premier média à faire état d’un rapport préliminaire accablant de la Cour des comptes concernant la Cofag, l’agence de financement liée à la Covid, mise en place en mars 2020 par le ministère des Finances sous la direction de Gernot Blümel, un proche de Kurz.

Son objectif était de gérer le financement des aides liées au coronavirus destinées aux entreprises. À ce jour, la Cofag a versé aux entreprises un total de 17 milliards d’euros sous forme d’aides et de garanties, notamment des primes de compensation de pertes, des compensations de chiffre d’affaires et des subventions pour les coûts fixes. C’est trop, estime désormais la Cour des comptes dans un premier avis, et ce n’est pas tout : l’existence même de la Cofag aurait été coûteuse, inutile et opaque. Il est incompréhensible que les compétences et l’expertise des fonctionnaires du ministère des Finances aient été ignorées et que les données existantes des services fiscaux n’aient pas été utilisées pour gérer ces aides, et qu’au lieu de cela, une structure parallèle ait été mise en place par le biais de consultants externes, moyennant des honoraires supplémentaires colossaux.

Même la décision du ministre expliquant pourquoi, selon quelle logique, dans quel but et sur quelle base la CoFag a été créée n’est donc pas documentée. Il est en revanche certain qu’un petit groupe de conseillers et de dirigeants a énormément profité de la CoFag : 21 millions d’euros auraient été versés, et parmi les personnes ayant contribué à la mise en place de la CoFag, on trouve un nombre frappant de personnes proches du Nouveau Parti populaire, alors dirigé par Kurz.

Ce scandale met désormais les Verts, qui faisaient déjà partie de la coalition au pouvoir à l’époque, dans une situation délicate et entache la perception de l’action gouvernementale des Verts. Mais ce n’est pas le seul obstacle auquel le président van der Bellen doit faire face lors du scrutin pour sa réélection. Les sociaux-démocrates de Vienne sont en effet actuellement au cœur d’un scandale brûlant : « Wien Energie », une entreprise entièrement gérée par la ville de Vienne, qui ne produit pratiquement pas d’électricité mais agit en tant que négociant et alimente deux millions de personnes dans la capitale autrichienne, s’est apparemment ruinée en spéculant de manière risquée sur la baisse des prix de l’énergie. Des milliards de garanties de la part de l’État fédéral sont désormais nécessaires pour maintenir ce géant à flot.

Outre l’inquiétude massive de la population face à la hausse des prix qui menace de toute façon, il en résulte une perte de confiance extrême envers la classe politique traditionnelle. Les turbulences qui agitent la scène politique nationale et la scène viennoise n’épargnent donc pas non plus Van der Bellen et entachent l’image du président sortant. Si cet économiste et parlementaire de longue date a réussi, notamment pendant la crise d’État qui a suivi l’affaire d’Ibiza, à jouer un rôle modérateur avec le calme et la sérénité nécessaires, en tant que personnalité non partisane et toujours pondérée, il est désormais assimilé tantôt au « système » » ou aux Verts, critiqués pour leur action au sein du gouvernement.

Qu’elle soit plus ou moins « olympique », qu’il y ait plusieurs candidats de droite ou moins : la campagne pour l’élection du président de la République ne sera pas une affaire de routine. Elle servira de baromètre des humeurs et des clivages dans le pays. Il faudra déployer beaucoup d’efforts pour que le débat reste courtois.